Affaires des “écoutes” : Nicolas Sarkozy condamné à 3 ans de prison dont un an ferme pour corruption

L'ancien président de la République Nicolas Sarkozy a été déclaré coupable lundi à Paris de corruption et de trafic d'influence dans l'affaire dite des «écoutes», qui avait éclaté en 2014, deux ans après son départ de l'Elysée.

C’est une première historique. Nicolas Sarkozy est devenu lundi le premier ancien président de la Ve République condamné pour corruption. Ont aussi été condamnés à la même peine l’ancien magistrat Gilbert Azibert et l'avocat de l’ancien président, Thierry Herzog, avec 5 ans d'interdiction professionnelle pour ce dernier. Tous deux ont aussi été reconnus coupables de violation du secret professionnel.

Une décision historique

La présidente de la 32ème chambre correctionnelle de Paris, Christine Mée a estimé que “Nicolas Sarkozy qui a été garant de l'indépendance de la justice, s'est servi de son statut d'ancien président pour gratifier un magistrat ayant servi son intérêt personnel. Un pacte de corruption a bien été constitué.”

Nicolas Sarkozy est le deuxième chef d'État français à être sanctionné par la justice, après Jacques Chirac, condamné en décembre 2011 à deux ans de prison dans le dossier des emplois fictifs de la ville de Paris.

A l’origine de l’affaire, “Paul Bismuth”

Nicolas Sarkozy est mis en cause dans de nombreux dossiers, notamment celui où il est soupçonné d’avoir fait financer sa campagne présidentielle de 2007 par la Libye du colonel Kadhafi. C’est dans cette affaire qu’il avait été placé sous écoute en 2013. Les juges ont alors découvert qu’il utilisait une ligne téléphonique secrète pour communiquer avec son avocat sous le pseudonyme de Paul Bismuth.

Au cœur de l’accusation de corruption, la promesse que l’ex-président aurait faite à Gilbert Azibert, d’appuyer sa candidature pour un poste judiciaire à Monaco, en échange d’informations privilégiées sur un pourvoi en cassation. Alors déjà empêtré dans l’affaire Bettencourt, Nicolas Sarkozy voulait tenter d’annuler la saisie de ses agendas présidentiels. Gilbert Azibert aurait essayé d’influencer trois autres magistrats dans ce sens.

«Quelle indignité»

Pendant les trois semaines du procès, les avocats des prévenus ont tenté de décrédibiliser l’enquête du PNF qualifié de “dossier poubelle” reposant sur des écoutes illégales violant le secret des échanges entre un avocat et son client.

Dans ce contexte tendu, le patron du parquet financier, Jean-François Bohnert, qui ne chôme pas ces temps-ci, est venu en personne défendre son institution pour assurer que “personne ici ne cherche à se venger d'un ancien président de la République". Le tribunal est resté en-deçà des réquisitions du PNF, qui avait demandé les mêmes peines de quatre ans d'emprisonnement dont deux ferme à l'encontre des trois prévenus.

Nicolas Sarkozy, dont l’actualité judiciaire est bien chargée, devra encore faire face aux juges, dès le 17 mars prochain, au procès de l'affaire "Bygmalion", portant sur les frais de sa campagne présidentielle de 2012.

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AFP