En Finir avec le capitalisme avant qu’il ne détruise tout

"Les belles âmes arrivent difficilement à croire au mal, à l'ingratitude, il leur faut de rudes leçons avant de reconnaitre l'étendue de la corruption humaine. Puis, quand leur éducation en ce genre est faite, elles s’élèvent à une indulgence qui est le dernier degré du mépris » Honoré de Balzac, The human comedy.

Comme souvent dans mes éditos, je me tiens sur un fil. Et je me mets à écrire sur un coup de tête.

Putain mais qu’est-ce qu’il veut dire ce con ?

Vous aurez remarqué qu’avec un sens inné du ridicule, je me traite de con.

Vous êtes devant votre écran de smartphone, tombé sur moi car un con, un autre, vous a envoyé un lien. Vous vous dites : « C’est qui déjà ce type ? »

Vous avez plusieurs hypothèses. Vous pouvez m’associer à un syndicat, à une religion, à un milliardaire, à un homme politique. Tout faux. Je ne suis d’aucune caste, d’aucun parti. Vous pouvez me traiter de gauchiste si ça vous chante. Vous pouvez me reparler de Clearstream ou de l’affaire de la Vologne…

Bon écoutez, je suis le gars qui avec ses 10 000 amis a lancé Blast en dépit des intempéries et des méchants virus. Et ceci est mon premier édito depuis la fin de la campagne de financement.

Nous sommes le souffle de l’info. Nous sommes une force montante. Nous sommes par vous portés.

Je sais, j’ai tardé à vous donner des nouvelles. Mais vous n’imaginez pas le boulot. On veut construire un gratte-ciel. Il faut que les fondations tiennent le choc.

Gratter un édito c’est comme gratter la terre. Il faut creuser, puis trouver un enchaînement malin et puissant. Ça demande un minimum de recul et le sens du verbe. Là je me pousse du col et je fais le beau parleur, mais c’est un peu casse gueule comme exercice. D’ailleurs je peux me casser la gueule. Surtout que je choisis toujours des sujets limite. Des sujets qu’on me demande de ne pas traiter. Sinon, ce n’est pas marrant.

Surtout fais gaffe avec les blagues, tout le monde ne comprend pas ton humour… Surtout fais gaffe avec les souverainistes, ils ne sont pas tous anti européens. Fais attention quand tu parles d’argent. C’est un sujet tabou. Fais gaffe avec Jadot, Montebourg et Mélenchon. Ah non, pas Xavier Bertrand… Fais gaffe avec les juifs et les antisémites. Fais gaffe avec les islamistes, les djihadistes, les macronistes…

Pfff… Non, pas les macronistes quand même.

Si fais très attention, tu n’as pas vu la une de Siné Mensuel ? Solé dessine un Macron ricanant avec une bagouse et un pif un peu pointu et bingo, Bernard Henri Lévy et Raphael Enthoven sortent la MPD, la machine à poncifs dégueulasses. Et Solé, l’ami de Gotlib, l’irréprochable Solé, devient la réincarnation de « je suis partout ». Le journal nazi qui dénonçait les juifs.

Si je vous jure. Ces deux cuistres accusent le journal de Siné dirigé par la très résistante et impeccable Catherine Siné-Weil de cette ignominie.

- Weil comme Simone ?

- Presque, c’est un W

- Mais elle n’est pas juive ?

- Ben si…

- Je n’y comprends plus rien…

- Tu sais avec BHL et Enthoven, comment dire… On touche le fond

- Le fond de quoi ?

- De la morale à deux balles. Ils s’en sont tellement servis pour se faire mousser que si j’étais juif, je demanderais leur herem

- Leur quoi ?

- Ça veut dire exclusion en hébreu. A ne pas confondre avec harem…

Je pourrais en faire des caisses sur ce sujet, mais je préfère arrêter là.

Je vous jure, il y a des bourre pifs qui se perdent…

Bourre pif, c’est pas antisémite ça ?

Pff

On glisse vers de plus en plus de police et de moins en moins de justice

Prenez Viry-Châtillon et l’affaire de la bande de jeunes gens décérébrés qui enflamme deux voitures de polices, avec des policiers à l’intérieur. Toute la semaine, les chaines d’infos, leurs chroniqueurs de droite (euphémisme), les syndicats de police énervés et les politiques pressés de surfer sur la vague sécuritaire nous ont rabâché que les juges étaient trop cléments ou n’étaient pas assez solidaires de nos forces de l’ordre. L’indignité judiciaire versus la douleur des policiers. Ce vieux serpent de mer lénifiant sur le supposé laxisme de la justice. Allez dire ça aux gilets jaunes jugés en flag. Allez dire ça à Rémi Fraisse. Allez dire ça à Zineb Redouane, à Cédric Chouviat, à Steve Maia Caniço. Et à tant d’autres…

Pourquoi cette ignorance crasse ? Comment oublier, à ce point, ce qu’est un état de droit ? Que l’indépendance des juges du siège est un pilier de notre démocratie ? Comment perdre de vue que le doute doit profiter à l’accusé ? Que l’enquête des policiers sur l’agression de Viry Chatillon était bâclée, partiale ? Voyez cette séquence révélée par Mediapart… Les juges ont jugé en leur âme et conscience et ont acquitté huit innocents. Les policiers peuvent se pourvoir en cassation s’ils ne sont pas contents. Et basta.

La loi sécurité globale vient de passer à l’assemblée. On glisse. Nos libertés sont atteintes. Celle d’informer d’abord car on ne pourra plus reproduire la photo d’un policier qui tabasse un manifestant… Celle d’avoir une vie privée aussi, car n’importe quel drone pourra nous suivre et nous fliquer.

On glisse vers de plus en plus de police et de moins en moins de justice. Emmanuel Macron qui n’a pas les moyens de sauver l’hôpital vient d’embaucher 10 000 policiers supplémentaires. Et de débloquer 2,8 millions d’euros supplémentaires cette année pour surveiller nos écrits sur les réseaux sociaux.

Comment nommer un État et un président qui durcit à ce point sa politique de surveillance et de répression ?

Harry Truman disait « Chaque fois que vous avez un gouvernement efficace, c’est une dictature ». Certes, mais ici, le gouvernement n’est pas efficace.

« Il n’y a pas de dictature de transition » disait Robert Aron. J’ai bien dit Robert et pas Raymond…

On n’est peut-être pas en dictature, mais on dérive chaque jour et de plus en plus loin sur les chaînes tout infos, où l’extrême droite à maintenant table ouverte. Et n’est presque plus contredite.

Tous les jours, sur Cnews surtout, on frôle l’outrage démocratique. Et le déni de réalité.

Regardez avec quelle complaisance sont traités les invités nationalistes et xénophobes

Et avec quelle condescendance on traite les autres

Le monde est violent. Les jaloux, les cyniques, les haineux, les fachos bas de plafond, les élus RN relookés dans leurs costumes tout neuf piaffent d’impatience. On les sent jouir après tant d’années où ils ont été maltraités. Ils sont partout.

Mais je m’éloigne.

Le football est une métaphore et un laboratoire du capitalisme

Revenons aux choses sérieuses. Le sens de l’équilibre, du temps de cerveau disponible. De l’instinct, de la tolérance, une bonne connaissance de l’actualité. De la littérature aussi. Et du cinéma. Balzac. Dewaere. Macron. La gauche. La corruption. Le business. La justice. La police. La vie, la mort de la planète. Je vais brasser large et ramer sévère.

Oh les belles âmes qui arrivent si difficilement à croire au mal… Vous ne sentez pas ce vent mauvais ? Ce parfum de compétition qui tourne à l’aigre ?

Le football est une métaphore et un laboratoire du capitalisme.

Ce qui s’y invente, ce rapport très spécial entre supporters, propriétaires de clubs et professionnels du terrain laisse présager de ce que nous allons devenir. Comment nous allons être mangés.

Nous les amateurs. Nous les petits joueurs du capitalisme mondialisé.

Nous, les footeux.

Le problème, ce n’est pas le jeu ni le ballon, c’est ce qu’ils en ont fait.

Ce dévoiement.

Le problème, ce n’est pas le capitalisme, c’est ce qu’ils en font.

Du moins c’est ce que j’ai pu penser.

La corruption s’est généralisée dans ce beau pays, dirigé par un président clientéliste qui a voulu interdire Anticor pour faire plaisir à ses amis. Heureusement Jean Castex, après des mois d’hésitation et un lobbying intense, n’a pas cédé aux pressions de l’Elysée.

Le vent mauvais, toujours.

J’aime le foot. Tout petit déjà, ma main dans celle de mon père, quand je gravissais les marches de Saint Symphorien, c’était l’extase. J’allais voir mes idoles en short et maillot grenat. Metz-Saint Etienne. Metz-Nantes. Metz-Nancy.

Quand on est môme, la magie opère toujours. La semaine, on a lu les comptes rendus de match et la vie du club et le samedi, on arrive au stade. Il y a le murmure de la foule, la montée des marches. Puis le rectangle vert éclairé comme une piste aux étoiles. Et l’attente du gémissement collectif quand le but est marqué en pleine lucarne. Ce vacarme si plaisant. Ensuite, on rigole au bistrot avec les vieux et on refait le match. Et on attend le samedi suivant, l’oreille collée à la radio.

On est biberonné à des rituels ancestraux, nous les footeux.

Bien sûr, on vieillit. On regarde le foot à la télé. On vit mal sa captation par Vincent Bolloré. 40 balles l’abonnement à Canal Plus multisport.

Va … Bolloré.

On a les boules de voir les Qataris rafler la mise et nous faire croire qu’ils aiment le même sport que nous.

La coupe du monde peut-elle avoir lieu dans leur pays ? Trop de corruption pour emporter la mise, trop d’esclaves à Doha.

Mais on tient le choc. On enfile les matchs comme des perles de rendez-vous ratés. On s’accroche.

On n’arrive pas à appeler le stade de Lyon Groupama stadium, ni celui de Nice Allianz Riviera, ou celui de Marseille Velodrome Orange. On n’arrive pas. Car on se dit que ce sera bientôt au tour des villes de prendre les noms des marques, comme dans les romans de Damasio.

On résiste.

On se dit qu’Mbappé a peut-être le melon mais quand il prend de vitesse n’importe quel défenseur anglais ou allemand, c’est quand même pas mal.

On est conscient des dérives. On voit bien qu’on est en train de tuer un à un tous nos rêves d’enfant.

Pourquoi je dis ça ? Quel est le rapport ?

Le rapport c’est ce parallèle que j’essaie de faire.

Le foot. Le capitalisme. Le vent mauvais.

Cette super ligue faite par les riches pour encaisser encore plus de droits télé a fait couler tellement d’encre ces derniers jours.

Souvent, on m’a interrogé là-dessus. Le capitalisme. L’hypercapitalisme… Tu n’es pas anticapitaliste toi ? Et j’avais une formule… Le capitalisme, c’est comme l’air qu’on respire ou le football. Tu auras beau essayer de le virer, de le pulvériser. Il reviendra par la petite porte. Comme un gaz asphyxiant. C’est ce que j’avais trouvé. C’était une formule. Un peu creuse, et clinquante j’en conviens, mais elle me permettait d’éviter le débat de fond. De détourner l’attention. Pas envie de palabrer sur la redistribution des richesses…

Dans ce monde complètement détraqué où la lutte contre les microbes a remplacé la lutte des classes, le foot reste l’opium d’un peuple asservi. Je sais.

Mais je m’égare.

Et en foot, comme dans la vie, on a trop laissé faire. On s’est laissé berner par leur propagande. Nous les prolétaires du ballon et du cash-flow

Le problème du foot, c’est ce que les oligarques, les banquiers, les investisseurs, les propriétaires de club en ont fait. Grâce aux agents et en bout de chaine aux joueurs. Du spectacle. Du rutilant. Du sans âme. Du huis clos. Du combat de gladiateurs. De la pornographie. Voilà, c’est ça. Le coté répétitif et débandant d’un match vendu par les pubards de Canal comme un must absolu. Avec des bruits de foule enregistrés. Et des caméras partout.

Va … Bolloré… On retrouve toujours les mêmes aux manettes. Je veux dire, les mêmes profils. Des multimilliardaires, des magnats de Wall Street, des Jeff Bezos et des Bernard Arnault.

Et en foot, comme dans la vie, on a trop laissé faire. On s’est laissé berner par leur propagande. Nous les prolétaires du ballon et du cash-flow.

Un des problèmes du capitalisme, c’est qu’il est devenu financier, qu’il a oublié l’industrie et les ouvriers. Un autre problème du capitalisme, c’est que nos ressources ne sont pas illimitées. Et puis, on le voit bien maintenant, le capitalisme et sa course au profit, ont pourri la planète.

Malgré les promesses lancinantes, plus rien n’est régulé. Et les richesses accumulées penchent toujours du même côté.

En France en 2021, grâce aux réformes de notre bienaimé président, le CICE, le retrait de l’ISF et tout le package… grâce à celui qui nous fait croire qu’il est supporter de l’OM alors que bon, vous l’imaginez dans le virage Nord… Grâce aux emmarcheurs et à leur délire de startup nation, nous sommes arrivés à un stade très élaboré du capitalisme. Et très vicieux. Une excroissance qui veut que, malgré la pandémie et les morts, les riches soient de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres. Tout cela sous nos yeux endormis.

D’un côté un million de pauvres en plus, on a allègrement franchi la barre des dix millions en 2021. Et en face les 10% les plus riches ont gratté 25 milliards. Ni vu, ni connu, je t’embrouille. Passons… Ces histoires de riches, de pauvres, c’est toujours la même rengaine.

C’est d’un manichéisme !

Peut-être mais l’écart se creuse.

Peut-être, mais au fond on s’en fout, car on s’est habitué.

Le foot nous endort. Le basket aussi. Et les séries sur Netflix. Vous avez vu le Serpent ? Et la reine des échecs ? Et Lupin avec Omar Sy ?

Est-ce que ça va pouvoir durer ? Est-ce que le peuple va continuer à regarder docilement les fortunes gonfler chaque année dans le classement Forbes ? va continuer à accepter le spectacle avilissant des nantis paradant sous nos yeux humides en une de Match ou de BFM Business ?

J’ai vu passer une information décapante. Elle concerne Marc Zuckerberg.

Essayons d’imaginer la vie d'un homme qui dépense 23 millions de dollars pour sa sécurité.

2 millions par mois... Et sa vision du réel. Elle devient quoi dans ce contexte ?

Ca ne donne pas vraiment envie d’être milliardaire. En équivalent humain, c'est en gros 50 gardiens à payer par mois. Frais compris. H24/j7.

Les patrons de multinationales en sont là. Ils ont peur. Ils se protègent.

En 2006, j’ai écrit un livre sur le football. Le milieu du terrain.

J’y racontais mon désamour du ballon. La manière dont ce sport glissait vers une inhumanité, vers l’oubli des supporters et des prolos du samedi qui claquaient leur paie pour un billet, une bière et une saucisse.

Le foot, grâce à Canal plus, Being, RMC, est devenu un sport d’abonnés, de gens aisés et bienpensants. Une affaire de marques et d’asservissement.

Quinze ans et quelques champions leagues se sont écoulés et les plus gros clubs de la planète, La Juve, ManU, le Réal se sont réunis pour inventer une ligue professionnelle en circuit fermé avec 12 clubs toisant les autres, jouant ensemble en vase clos, draftant des footballeurs à gros salaires. Annonceurs, droits télé exorbitants, pur spectacle télévisuel, jeu du cirque numérique : on est arrivé avec ce coup de force financier à une quintessence du foot-spectacle. Une acmé capitalistique.

Ils ont temporairement échoué. Mais le phénomène est intéressant par ce qu’il révèle. Cet inéluctable glissement vers le mercenariat. Puis le néant. Puis l’implosion du système.

Cet épisode qui a vu les supporters surtout anglais sortir leurs pics, étaient une sonde. Ils y reviendront. Je note deux choses. D’abord que les douze clubs soit-disant les plus riches étaient surtout les plus endettés. C’est ça le paradoxe du capitalisme. Vivre et mourir à crédit. Comme dans un roman de Louis Ferdinand.

Ensuite, que les tenants du foot, ceux qui ont eu très chauds aux fesses ces derniers jours, ont fabriqué le venin qui les tuera. En foot comme à la guerre et dans les affaires, on se vend maintenant au plus offrant sans affect, sans mémoire de l’endroit d’où on vient.

On dessèche le monde. On le tue à son profit. On se barde et on se garde. On s’attend au pire. On prépare des milices. On se replie.

Contrairement à ce que j’imaginais, le football peut aujourd’hui péricliter et mourir parce qu’il joue trop perso. C’est la leçon de cette histoire.

Le capitalisme aussi peut mourir. C’est la bonne nouvelle de l’histoire, non ? Pas sûr… car rien ne se fera sans dégât. Les dégâts sont déjà là. Bientôt plus d’éléphants, plus de tigres, plus d’oiseaux, plus de glaciers. La course aux profits va tout faire sauter. Il suffit d’observer les dégâts qu’ils font un peu partout sur la planète.

Cette Terre qui brûle et ce vent mauvais qui peut finir par tout emporter.

Même le ballon…

Qu’est ce qu’on attend pour siffler la fin du match ?

« Quand le dernier arbre sera abattu, la dernière rivière empoisonnée, le dernier poisson capturé, alors le visage pâle s’apercevra que l’argent ne se mange pas » Sitting Bull.

Allez, salut.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Timbuktu, un film de Abderrahmane Sissako (2014)