Les carnets de la COP #01 : deux salles, deux ambiances !

Nous y sommes ! La tant attendue COP26 a commencé… Cela fait déjà deux jours que je suis à Glasgow, sans avoir vu une minute passer.

Première leçon : une COP, c’est intense ! 

30 000 participants : médias, délégués, observateurs…10 000 policiers déployés… A eux seuls, les chiffres de la COP26 (comme ceux de toute COP) donnent le vertige. C’est la première chose qui m’a frappée : voir toutes ces personnes venues des quatre coins du monde, se rencontrer autour d’un même sujet, mais avec des perspectives (très) différentes et souvent une compréhension de l’urgence qui n’est pas la même… Au coeur de la COP (officielle), on croise des ministres en costard, des caméras - beaucoup de caméras - des journalistes affairés, des chefs caciques, des représentants de peuples autochtones, des chefs d’entreprises, des associations…


(c) Paloma Moritz

Des populations qui ne sont jamais toutes au même endroit, au même moment et ont rarement l’occasion de discuter ou de se rencontrer. Si une COP avait une utilité - je reviendrais là-dessus - c’est peut-être la première : permettre des rencontres, des projets. Et pour une journaliste comme moi, il n'y a rien de mieux que des rencontres, pouvoir interviewer et discuter avec des personnes de dizaines de pays (sans avoir à parcourir le monde en avion), c’est assez incroyable. Ici, en plein cœur de l’Ecosse, on fait le tour du monde, de ses contradictions, de ses violences, et on visualise le mur qui se dresse… 

D’un point de vue extérieur, on a du mal à imaginer l’ampleur d’un tel événement : des queues interminables pour entrer dans le Scottish Event Campus (pour les personnes qui sont accréditées), un auto test Covid à faire par jour… Après toutes les contraintes administratives et sécuritaires, un peu de sport : le lieu est immense. Ma première journée : 13 kilomètres parcourus à pied entre les actions à couvrir dans la ville et l’accréditation à récupérer. À la COP26, tout le monde marche pour (ou contre) le climat. Tout ceci, sans compter les centaines d’agendas différents à vous faire perdre la tête : entre les conférences spéciales, les conférences de presse des organisations, associations, ONGs, les événements officiels, les discours et - ce qui me concerne surtout - les actions de la société civile en dehors du lieu, et un peu partout dans la ville de Glasgow. 

Il y a en réalité deux COPs, peut-être même plus 

Ce que j’ai vite compris, c’est qu’il y a en réalité deux COPs : la COP officielle, celle des belles déclarations et des négociations entre délégués et diplomates de 196 pays, et la COP de la société civile, celle des mouvements climat et jeunesse de dizaines de pays du monde, qui se retrouvent pour s’unir et peser sur les négociations avec force. 


(c) Paloma Moritz

Symboliquement à Glasgow, c’est le fleuve Clyde qui sépare ces deux COPs. Lundi 1er novembre, alors que les rues de tout le périmètre étaient bloquées, pour accueillir les 120 chefs d’Etat présents sur deux jours, de jeunes activistes (de Fridays For Future notamment) organisaient une conférence de presse au bord du fleuve, littéralement en face du lieu officiel, et donc des dirigeants. Plus qu’un fleuve, c’est un océan qui semble les séparer à présent.

Une conférence de presse pour accueillir notamment quatre jeunes qui venaient tout juste d’arriver à Glasgow, à bord du Rainbow Warrior, le voilier de Greenpeace. Ces activistes issus des pays les plus touchés par le changement climatique, Faith Kandanga (Namibie), 

Edwin Namakanga (Ouganda), Maria Reyes (Mexico) et Farzana Faruk Jhumu (Bangladesh) ont affronté tous les obstacles administratifs (vaccins, restrictions de voyage…) et un long voyage jusqu’à Glasgow pour demander aux chefs d’Etat « d’arrêter d’échouer ». 

 S’ils pensent qu’ils peuvent tenir un sommet pour décider de notre futur sans nous, ils rêvent !  

La demande de ces jeunes - des femmes pour beaucoup - est simple : avoir un siège à la table des négociations. La plupart n’aura pas accès au fameux Scottish Event Campus puisqu’elles ne sont pas accréditées mais elles demandent aujourd’hui justice. Justice pour leur pays, justice pour leur avenir. 

 Il ne peut y avoir d’action climatique sans justice climatique 

Dans le froid, sous quelques néons, et le regard d’une dizaine de journalistes venus les écouter, les quatre jeunes prononcent un discours poignant. À tour de rôle, ils se passent le micro pour décrire ce que chacun subit dans son pays d’origine. Du Bangladesh qui vit de plein fouet la montée des eaux et l’érosion des côtes (qui ont forcé plus de 5 millions de personnes à migrer) au Mexique confronté au manque d’eau et dont le président Andres Manuel Lopez Obrador n’a même pas daigné venir à la COP (tout comme les chefs d’Etat de la Chine, la Russie, la Turquie…), la gravité de la situation climatique actuelle nous est racontée par ces jeunes inquiets pour leur avenir. 

Maria Reyes, 19 ans, impressionnante par son éloquence, déclare : «Les inégalités sociales, les discriminations sexistes et raciales, les migrations forcées, tout ceci est exacerbé par le changement climatique. En nous refusant, une voix, ces soi-disant « dirigeants » soufflent sur les braises des inégalités. Assez de promesses vides, il ne peut y avoir d’action climatique sans justice climatique ». (Vidéos à venir sur ces discours)

Ces jeunes vont multiplier leurs actions tout au long de la semaine, à l’image aussi de la pétition Avaaz lancée par la Suédoise Greta Thunberg, l’Ougandaise Vanessa Nakate, la Polonaise Dominika Lasota et la Philippine Mitzi Tan qui exige que les gouvernements agissent face à l’urgence climatique « pas l’année prochaine, pas le mois prochain, maintenant ». Pétition qui a déjà recueilli près de 1,5 million de signatures depuis son lancement le dimanche 31 octobre 2021 au premier jour de la COP. 

Ça c’est pour le décor et l’ambiance d’une première journée.

Venons aux enjeux, et ils sont nombreux ! 

“La COP 26 ne servira à rien” : pourquoi c’est un peu réducteur (si vous me le permettez) 

J’ai récemment publié une vidéo sur les grands enjeux et sujets de la COP intitulée « À quoi va servir la COP26 ? » : réponse majoritaire en commentaires : « À rien ! » Au moins c’est clair. Je peux donc remballer mes valises ?

Il y a, et je le comprends, une immense désillusion sur les COPs, cette impression que finalement elles ne sont qu’une « assemblée de co-propriétaires… où les chances de réussite sont nulles » comme l’a ironisé l’ingénieur Jean-Marc Jancovici, et qu’elles n’ont aucun impact sur nos vies, et la réductions des émissions de gaz à effet de serre. En réalité, et vous l’imaginez bien, c’est un peu plus compliqué que cela. 

Pour beaucoup, c’est encore un sommet de plus, un sommet pour rien mais pour d’autres c’est la COP de la dernière chance.

Alors j’entends déjà ceux qui diront qu’on a déjà entendu cette formule. C’est vrai, le problème avec la dernière chance, c’est qu’il ne peut y en avoir plusieurs, or en 2009 déjà on appelait la COP15 à Copenhague celle de la dernière chance. On se souvient aujourd’hui de Copenhague comme d’un échec, à l’inverse de l’Accord de Paris. En était ressorti, un accord non contraignant, peu ambitieux et non signé par tous les pays…

Mais c’est aussi à ce moment-là, en 2009, que les pays les plus riches dits « du Nord » ont pris leur engagement de verser 100 milliards d'euros d’aides par an d'ici 2020 aux pays pauvres. Aujourd’hui, nous sommes encore loin du compte. En 2019, seulement 80 milliards de dollars ont été versés. Les organisateurs de la COP26 jugent néanmoins cette promesse atteignable en… 2023. Cette question de la dette climatique est au cœur de la COP26, à l’image des actions de la jeunesse, qui se bat pour obtenir réparation.

Surtout, ces 100 milliards sont aujourd’hui jugés bien insuffisants, au regard de l’accélération immense des effets du réchauffement climatique avec la recrudescence des sécheresses, incendies géants, ouragans inondations. "100 milliards ne répondent pas aux besoins" a estimé ce lundi 1er novembre, Christiana Figueres, responsable climat de l’ONU. Enfin, ces 100 milliards apparaissent un peu maigres face aux plans de relance post-Covid de centaines de milliards des pays riches. 100 milliards, pour rappel, c’est le budget du plan de relance de la France. Le groupe des G77 qui rassemble dans la négociation climat la plupart des pays en développement à la COP – 130 pays environ - estime à 782 milliards par an le montant à investir, soit sept fois plus que la promesse actuelle...

Bref, si cette COP est bien la COP de la dernière chance, c’est pour ces pays en première ligne du dérèglement climatique, la survie de certains Etats - comme les petites îles du Pacifique - dépend de la tenue de l’objectif des 1,5 degrés. Au-delà de cette limite, leur ticket ne sera plus valable. Certains disparaîtront sous les eaux, d’autres vivront l’ingérable. Et c’est justement ces pays-là, comme les petites îles du Pacifique, qui pour beaucoup n’ont pu se rendre à la COP26 (un tiers des îles du Pacifique pour rappel) à cause des restrictions sanitaires et des prix exorbitants des logements à Glasgow. Un manque de représentativité qui n’est pas nouveau mais est exacerbé cette année. Il faut le reconnaître, les conférences internationales ont en réalité toujours été dominées par des pays riches et des intérêts économiques.

Au regard de tout cela, je considère que j’ai une chance immense d’être ici, une chance qui me responsabilise. C’est l’une des multiples raisons pour lesquelles, je tiens autant que possible à donner une voix à celles et ceux qui se battent pour leur survie, vous montrer un “à-côté”, que l’on voit moins et qui pourtant devrait être central. (Et je récolte déjà beaucoup d’images pour cela). 


(c) Paloma Moritz

Pour un récapitulatif de tous les enjeux de cette COP, vous pouvez retrouver ma récente vidéo ici. Et pour ce qui est des négociations, nous en saurons plus au fur et à mesure de la semaine mais pour le moment le sommet du G20 tout comme les déclarations successives des chefs d’Etat sont loin d’être encourageants pour espérer atteindre les 1,5°C. Selon les dernières estimations, les engagements cumulés des Etats nous mènent vers un monde à +2,7 C, “un aller simple vers un désastre” selon les mots du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. Ici, les bruits de couloirs disent que l’on peut espérer, au fil des nouveaux engagements nationaux, ramener cette tendance alarmante à un réchauffement de + 2°C par rapport à l’ère préindustrielle. (N’oublions pas que nous avons atteint les 1,1°C de réchauffement et les conséquences en sont déjà visibles partout dans le monde). Je vous en dis plus très vite sur les négociations. 

D’ici là, je vous laisse avec les cinq demandes de la pétition lancée par Avaaz et Greta Thunberg, qui résument plutôt bien les enjeux de cette COP : 

Conserver l’objectif de 1,5°C de réchauffement climatique par rapport à l’ère préindustrielle « en réduisant immédiatement et radicalement les émissions annuelles, comme jamais auparavant ».

Mettre fin à tous les investissements et nouvelles explorations de combustibles fossiles.

Publier les émissions carbone totales de tous les secteurs de consommation.

Remplir la promesse de 100 milliards de dollars d’aide aux pays les plus vulnérables au changement climatique.

Adopter des mesures qui « protègent les travailleurs et les plus vulnérables » et « réduisent toutes les formes d’inégalité ».

Nous pouvons encore le faire. Il est encore temps d’éviter les pires conséquences si nous sommes prêts à changer. Cela demandera un leadership déterminé et visionnaire et un courage immense mais sachez que quand vous vous lèverez, des milliards de personnes seront seront juste derrière vous 

À demain ou ce soir, j’espère ! 

Et pour plus d’information, vous pouvez suivre mes stories sur le compte instagram de Blast. 

Paloma Moritz, correspondante de Blast à Glasgow.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat / Blast

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