Une femme dans la nuit afghane.

L’actualité est cruelle, il faut un drame pour parler de ceux qui font la fierté de l’humanité. L’Afghanistan nous offre le spectacle pitoyable d’un président afghan archi corrompu qui fuit dès qu’il en a la chance en abandonnant son peuple. Quant à Biden, déjà lui, il était le seul représentant en 1975 à ne pas vouloir accueillir de réfugiés vietnamiens sur le sol américain. Heureusement à l’époque aucun de ses collègues n’a écouté celui qui symbolise aujourd’hui la déroute américaine. Visiblement l’incompétence perdure au fil du temps.

Massouda Jalal n’a jamais eu d’autre soutien que sa propre détermination. Une vraie combattante pour la liberté, elle fait honneur au monde de la résistance.

« A l’heure si sombre encore de la civilisation ou nous sommes, le misérable s’appelle l’homme, il agonise sous tous les climats, et il gémit dans toutes les langues ». Cette phrase de Victor Hugo, Massouda ne l’a jamais lue mais elle résonne en elle. Sa soif de liberté l’emporte déjà sur toutes ses peurs.

Au milieu de la guerre qui faisait rage au début des années 1990, elle a fondé, avec ses collègues universitaires, la Commission des droits de l'homme qui a signalé les violations des droits de l'homme à l'envoyé spécial des Nations unies en Afghanistan. Elle a terminé ses études à l'université de médecine de Kaboul et a commencé à y enseigner jusqu'en 1996, avant d'être démise de ses fonctions par les talibans. Les barbus n’aiment pas les femmes qui sentent l’intelligence, c’est ainsi.

Quand elle sort de prison grâce au soutien des Nations Unis, c’est pour briguer la présidence de son pays. Elle n’a aucun autre espoir que de pouvoir hurler à la face du monde que les afghanes ont le droit d’être libres.

Après avoir été élue représentante à la Loya Jirga (Grande Assemblée) en 2002, elle est devenue l'un des principaux candidats au poste de président par intérim, face à Karzai et au cancer de la corruption. Personne à l’occident ne fera rien pour elle ni pour empêcher les métastases de progresser. La corruption va tout détruire jusqu’à nous laisser le squelette du désespoir et de l’abandon. Voilà bien notre responsabilité envers ce peuple. Cet argent a bien été siphonné sans que personne ne soit inquiété. Kleptocrates de tous les pays réjouissez-vous !

De 2001 à 2004, elle a fait partie de la délégation afghane lors des négociations de paix. À ce titre, elle a été la seule femme afghane à être incluse et à participer activement aux négociations de paix officielles. Elle a servi le gouvernement afghan en tant que ministre des femmes de 2004 à 2006, laissant derrière elle une série d'héritages, dont le cadre du plan d'action national pour les femmes d'Afghanistan (NAPWA), un plan décennal pour les femmes visant à libérer les Afghanes de la pauvreté et à promouvoir leur participation à la vie publique, ainsi qu'un projet de loi sur l'élimination de la violence à l'égard des femmes (EVAW).

Pour narguer un peu plus ses ennemis, elle fonde un journal, le « Freedom Message », et la parole de la liberté devient hebdomadaire. Quel homme cette femme !

En 2019, sa maison, son bureau, ce qu’elle représente, font l’objet d’attentats, mais elle s’obstine à vivre.

Elle a fondé une famille de trois enfants, en Occident son mari lui aurait dit de laisser tomber depuis longtemps. Elle aurait eu droit au soutien d’un psychologue qui lui parle de « burn out ». Seulement voilà, Massouda Jalal combat pour la Liberté, à l’ancienne, comme au bon vieux temps où le sens de l’honneur avait encore un écho.

Son livre “Hanging by the Thread : Afghan Women's Rights and Security Threats" évoque l’Etat de droit pour tout le people afghan. Elle a obtenu la reconnaissance internationale et une liste de prix impressionnante (1), puis rien, personne ne l’a soutenue.

Elle est restée quelque part dans la nuit afghane à regarder un ex président s’envoler.

Elle est restée parce que les tyrans sont grands quand nous sommes à genoux.

Chère Madame Jalal, ce serait l’honneur de la France si nous pouvions vous accueillir chez nous.

(1) Assala Jamal a reçu le "Prix mondial des droits de l'homme" des Nations unies, le "Leadership Award for Outstanding Contribution to Women Upliftment" du World CSR Congress et le "Outstanding Visionary Women Leadership Award" du World Women Leadership Congress. Les efforts de Mme Jalal ont également été récompensés par des prix et des distinctions décernés par d'autres organismes internationaux tels que le Groupe international des droits de l'homme et du droit, le Center for Development and Population Activities (CEDPA), l'Association sud-asiatique de coopération régionale (SAARC)

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Blast.

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