A EDF, la corrosion frappe (aussi les diesels d’ultime secours)

Avec déjà douze réacteurs arrêtés à cause d’un problème de corrosion sur des tuyauteries, l’électricien vient de faire une autre découverte : selon les informations de Blast, une partie des diesels d’ultime secours, qui équipent les centrales, sont touchés par le même mal. Un incident générique qui n’aurait pas été déclaré pour le moment à l’Autorité de sureté nucléaire (ASN).

Et une tuile de plus pour EDF ! D’après nos informations, le groupe public fait face à un nouveau gros problème dans son parc nucléaire : tout ou partie de ses diesels d’ultime secours (DUS) seraient rongés par la corrosion. Au point que chez l’électricien on parle en interne « d’incident générique » - le genre de problème qui peut mettre l’ensemble des réacteurs à l’arrêt ! Pourtant selon nos sources, à ce jour, EDF n’aurait rien déclaré à l’ASN.

Refroidir Fukushima…

Les DUS - un par réacteur – relèvent des mesures imposées par l’autorité de contrôle après l’accident de Fukushima, en mars 2011. Il s’agit de garantir en permanence l’approvisionnement en électricité des centrales nucléaires, pour permettre notamment le refroidissement des réacteurs, en cas d’accident. Les diesels d’ultime secours sont ainsi construits dans un bâtiment bunkérisé, résistant aussi bien aux inondations qu’aux séismes.

Interrogé, EDF reconnait bien un problème de corrosion, mais le minimise : « Une surveillance spécifique est réalisée sur les équipements situés à l’extérieur et exposés aux intempéries, plus particulièrement sur les sites situés en bord de mer, précise un porte-parole. Dans ce cadre, des traces de rouille ont été repérées sur certains composants des DUS situés en extérieur, principalement sur de la boulonnerie. Ces points de corrosion surfaciques font l’objet d’un traitement approprié, par brossage puis remise en peinture par exemple. Ces constats n’ont aucun impact sur le bon fonctionnement des DUS, qui font l'objet d’essais périodiques pour s’assurer de leur capacité à assurer leur mission ».

Rien… dans la nuit

Un problème de corrosion donc qui n’en serait pas véritablement un, selon EDF. L’électricien a quand même pris le soin de répondre tard à Blast (à… 23h55) dans la nuit du lundi 14 juin. L’entreprise précise également que ces constats, qui portent donc sur un problème sans grande importance, ont pourtant donné lieu à information de l’Autorité de sureté nucléaire…

La corrosion est susceptible

A l’ASN, contactée également, tout en affirmant n’avoir pas « connaissance de problématique de corrosion générique spécifique aux DUS, susceptible de mettre en cause leur aptitude à assurer leur mission », on reconnait que, « comme pour l'ensemble des matériels, en particulier sur les sites situés en bord de mer, la corrosion est susceptible d'affecter des matériels liés aux DUS. »

L’ASN donne aussi un exemple de corrosion sur un DUS, relevé au cours d’une inspection de ses services. Elle a été menée « le 17 novembre 2021 sur le site du Blayais », précise l’autorité : « l'ASN a constaté des points de corrosion se présentant sur des supportages métalliques du groupe froid et du dispositif de refroidissement d’un des DUS. » Le groupe froid des moteurs Diesel d’ultime secours est en effet installé sur le toit des bâtiments.

Un système de refroidissement d’un DUS à la centrale de Flamanville. Photos EDF.


La réaction de l’Autorité de sureté est néanmoins suffisamment bien troussée pour... rester dans le vague. Est-elle ou non au courant d’un problème de corrosion généralisée sur les DUS ? Impossible de le savoir.

Une quinzaine qui dure

Mais ce n’est pas le seul problème qu’EDF doit gérer sur ses Diesel d’ultime secours. L’autre gros souci - et cette fois l’ASN est clairement au courant - porte sur le niveau de disponibilité des moteurs. Dans son dossier d’options de sureté des DUS, présenté et accepté par l’ASN, EDF affirmait ainsi que le taux d’indisponibilité des moteurs n’excéderait pas 15 jours, pour tenir compte des périodes de maintenances et de tests.

Raté : « L’indisponibilité des DUS monte jusqu’à 6 mois sur certains sites », affirme un ingénieur d’EDF, qui connaît bien le dossier. Et le même d’ajouter que « l’ASN nous a déjà fait savoir que ces délais devenaient inacceptables. »

Normalement, si un DUS n’est pas disponible, le réacteur qu’il devrait alimenter en courant en cas d’accident devrait être stoppé, le temps de remettre en état le moteur Diesel. On peut au moins espérer que les 12 réacteurs arrêtés en raison du problème de CSC sur les tuyauteries du circuit primaire profiteront de la situation - plusieurs mois de travaux - pour réparer les DUS défectueux.

Et pour éviter que la rouille n’attaque le système de refroidissement du moteur…

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analyse, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)