Viral 7 / Il n'y a pas de consensus

Un prétendu consensus scientifique sert la plupart du temps à justifier les mesures sanitaires, les moyens utilisés pour traiter le Covid ou ce qu'il convient d'en dire. Il relève surtout de l'argument d'autorité permettant d'entraver un débat pourtant nécessaire à l'avancée de la connaissance.

Pour lutter contre le Covid, le pass vaccinal et l'obligation du port du masque s'avèrent sans intérêt. Ce n'est pas moi qui le dit, mais Olivier Véran au micro de France Info TV. Interrogé le 16 mars sur la chaine info où l'on a commencé par lui demander s'il avait pris la bonne décision en suspendant ces mesures sanitaires par temps de campagne électorale malgré un net rebond de l'épidémie, le ministre répondit sans hésitation par l'affirmative, évidemment. Il balaya ensuite les remarques de la journaliste lui signalant son non respect des conditions  qu'il avait lui même posées à la levée du pass, et en vint à déclarer : « Regardez l'Allemagne et l'Italie. Ils ont maintenu le pass sanitaire et parfois le pass vaccinal, ils ont maintenu le port du masque dans les lieux fermés. En Italie c'est même le FFP2 qui est obligatoire dans les commerces, et ils ont le même rebond que nous. » En somme, peu importe ces mesures, pourtant jugées indispensables par le Gouvernement cet hiver, alors qu'Omicron s'en jouait déjà.

Présenté depuis deux ans comme un incontournable geste barrière par ce même Gouvernement qui prétend systématiquement s'appuyer sur des recommandations formulées par « les scientifiques », l'utilisation du gel hydro-alcoolique aurait pour sa part été superflue, si l'on en croit cette fois Science et Avenir  qui nous dit « pourquoi le coronavirus ne se transmet pas par les surfaces ». Et ce grâce à une étude menée par des chercheurs de l'université de l'Utah selon laquelle une protéine présente dans les postillons fait perdre sa transmissibilité au virus après qu'il se soit déposé sur une poignée de porte ou un paquet de pâtes, par exemple. Cette protéine produite par les muqueuses, la mucine, aurait un pouvoir protecteur se trouvant renforcé par l'évaporation de l'eau des postillons qui l'ont véhiculé avec le virus, car ce dernier se retrouve alors lié à la mucine qui empêcherait ainsi l'infection. Même si vous avez touché un objet contaminé, le lavage de main ne serait donc pas nécessaire pour éviter une contagion qui se produirait seulement par voie aérosol, bien qu'on nous ait seriné le contraire en incitant à faire couler le gel à flot.

Un Covid encore largement inexpliqué

Laissant le virologue Etienne Decroly sceptique car « des contaminations de surface ont été très clairement démontrées avec le SARS CoV1 », prédécesseur du virus du Covid qui utilisait le même récepteur cellulaire, l'étude américaine ne saurait exclure des transmissions autres qu'aérosols. Mais la relativisation de l'utilité du lavage de main qu'elle suscite, de même que les récents propos d'Olivier Véran, témoignent du côté très discutable de directives emblématiques que le ministre de la santé comme bien d'autres ont longtemps considéré comme s'imposant en raison d'un prétendu consensus scientifique. Or en cette matière encore récente et donc largement inexpliquée qu'est le Covid, il y a eu des discours dominants mais guère de consensus, et revendiquer ce dernier en se faisant le porte voix de « la science » revient surtout à user de l'argument d'autorité. Rappelez-vous Jean Castex qui assurait sur TF1, en s'appuyant comme toujours sur « les avis des autorités scientifiques », qu'avec deux doses de vaccin on n'avait « plus de chance d'attraper la maladie », quelques mois avant que le Premier ministre ne contracte le Covid.

Les millions de contaminations de vaccinés des mois derniers ne permettent plus de promettre ce type d'immunité, mais j'ai trouvé plus fort sur le site d'Open Access Government dont l'objet est d'offrir « une perspective approfondie sur les principaux domaines de politique publique du monde entier ». Un article y a pour titre : « Les réponses mondiales à la Covid-19 pourraient aider à mettre fin au VIH ». Vous avez bien lu, et ça serait vraiment extraordinaire, mais le texte ne dit pas comment on arriverait à un tel résultat. Il est seulement expliqué que les zones où le taux d'infection au virus du sida est élevé sont aussi celles où l'on vaccine peu contre le Covid. En y développant cette vaccination, on aurait ainsi l'occasion de la coupler avec le traitement par tri-thérapie des malades du sida qui se trouvent être aussi immunodéprimés. Or des immunodéprimés « pourraient être à l'origine de variants préoccupants du SARS-CoV-2 », précise l'article, en faisant plus particulièrement référence à Omicron apparu en Afrique du Sud. Bref, on laisse entendre que vacciner les Africains contre le Covid ferait éviter de nouveaux variants, comme s'il était acquis que le vaccin avait ce pouvoir, et qu'Omicron proviendrait bien d'un immunodéprimé, ce qui est loin d'être le cas car il pourrait aussi nous avoir été transmis par une souris après un long aller retour entre l'homme et ce rongeur . La seule chose de sûre est que tout cela ne mettra pas fin au sida qu'on peut certes soigner mais pas guérir ni éradiquer avec les tri-thérapies.

Entrave au débat scientifique

Grâce à la biologiste Rossana Segreto qui l'a partagée sur Twitter, j'ai aussi découvert cette semaine une publication très intéressante parue le mois dernier dans le British Medical Journal. Elle concerne l'origine du Covid et s'attaque à la « chronologie canoniquement acceptée » d'une émergence à Wuhan en novembre ou décembre 2019. Un nombre croissant de données indique pourtant que SARS-CoV-2 pourrait s'être propagé dans le monde durant les mois précédents. Aux USA, au Brésil, au Royaume Uni, en France et surtout en Italie, premier pays d'Europe lourdement frappé par la pandémie. Qu'il s'agisse d'anticorps réagissant à SARS-CoV-2 retrouvés dans des sérums issus de dons du sang ou de traces d'ARN viral détectées dans des eaux usées, les indices sont nombreux, mais contestés en raison de la possibilité de faux positifs ou de problèmes de séquençage dus à un manque d'ARN de bonne qualité. Reste que la multiplication de ces indices suggère une circulation précoce hors de Chine, jusqu'ici dédaignée dans les grandes revues qui écartent ces données en refusant de publier ceux qui les mettent en avant. Cela entrave un débat scientifique constructif, comme le déplorent les auteurs de cet article qui change la donne par sa publication dans l'illustre BMJ.

Une circulation précoce du virus dans le monde ne trancherait pas la question de son origine, mais en invalidant l'hypothèse d'une émergence au marché de Wuhan fin novembre ou début décembre, elle contredirait les deux récentes pré-publications qui se sont attachées à la consacrer, avec un accueil médiatique digne d'un consensus retrouvé sur la provenance de SARS-CoV-2. Le journaliste scientifique américain Nicolas Wade le fustige en dénonçant un parti pris chez ses confrères qui ont fait croire que l'affaire était close et l'hypothèse du laboratoire morte, sans relever ni les lacunes de ces pré-publications qui ne prouvent absolument pas une origine zoonotique, ni les conflits d'intérêts évidents de certains de ses auteurs. La faute selon lui à une collusion entre ces journalistes spécialisés et les scientifiques faisant autorité qui nuirait grandement à la fiabilité de l'information sur des découvertes largement enjolivées. Son propos rappelle celui de l'astrophysicien Jean-Pierre Luminet qui justifiait l'été dernier sur facebook son opposition au pass sanitaire en rappelant la réalité d'un supposé consensus scientifique, soulignant que « bidonnages, coups tordus et autres fraudes » constituent une vraie plaie dans le monde de la recherche, et que ce n'est pas parce qu'une apparente majorité écrasante de scientifiques dit qu'une chose est vraie qu'elle l'est forcément.

La porte d'entrée des maladies

Dans son livre Mega Gâchis, le médecin en santé publique Martin Blachier dénonce, lui, un fiasco pandémique dû au fonctionnement en circuit fermé d'une technocratie de la recherche médicale pétrie de conflits d'intérêts et symbolisée par le Conseil scientifique, « là pour fabriquer du consensus », nous précise l'expert médiatique. Ce conseil aurait aussi eu comme rôle de décider quelles voies de recherche devaient être prises pour trouver des traitements contre le Covid, et Martin Blachier donne l'exemple d'un ami psychiatre qui découvrit au début de l'épidémie l'action potentielle de deux anti-dépresseurs, la fluoxétine et la fluvoxamine, dont les utilisateurs semblaient beaucoup moins atteints par le Covid. Le psychiatre a voulu effectuer un essai clinique dans le cadre de l'institution publique qui l'emploie. Après maints rendez-vous prometteurs le menant jusqu'à l'Elysée, son dossier aurait finalement été refusé par l'Agence nationale de sécurité du médicament sur les conseils du Pr Yazdan Yazdanpanah, membre du Conseil scientifique en charge de coordonner une recherche française sur le Covid qui « n'aura pas réussi à terminer un seul essai clinique » et « pas découvert le moindre traitement », note Blachier. Quant à son ami, il collabore aujourd'hui avec des Américains et des Allemands sur cette piste de l'anti-dépresseur qu'il a détectée.

Un autre Français pourrait avoir trouvé une voie d'exploration scientifique menant à l'utilisation d'un autre produit, la vitamine D. Directeur de recherche au CNRS basé à Marseille, Jean-Marc Sabatier l'explique par une approche de biologiste moléculaire qui l'aurait conduit à découvrir rien de moins que le mode d'action et de nuisance de SARS-CoV-2. Il a pour cela travaillé avec des chercheurs chinois de Wuhan avec qui il a publié dès le printemps 2020 un article exposant sa théorie. Elle repose sur le rôle clé du système rénine angiotensine (SRA), un système de régulation physiologique très important que le coronavirus contribuerait à dérégler en se fixant via sa protéine spike sur le récepteur cellulaire enzymatique ACE2. Cette occupation contrarierait la dégradation de l'hormone angiotensine 2 qui arriverait ainsi en masse sur son propre récepteur, AT1R. Ce dernier se retrouverait suractivé, et s'en suivrait de multiples dysfonctionnements, ce qui a conduit Jean-Marc Sabatier à lister un grand nombre d'effets pathologiques liés à cette dérégulation du SRA, notamment aux niveaux cardiaque, vasculaire et neurologique. Estimant que l'avancée de la connaissance sur le Covid tend à lui donner raison, il vient de publier dans la revue Molécules un nouvel article, toujours avec les Chinois. Il y décrit pourquoi le récepteur AT1R est « la porte vers les maladies associées au Covid ». Il y dit aussi que des médicaments régulateurs de ce sytème SRA perturbé par la venue de SARS-CoV-2 pourraient aider à y remédier, la vitamine D et les bloqueurs du récepteur AT1R étant les meilleurs candidats pour y parvenir. Personne n'a à ce jour contredit les travaux de Jean-Marc Sabatier, qui restent largement méconnus. De quoi alimenter un débat scientifique qui a besoin d'avancer plutôt que de chercher du consensus.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

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