"Le Pen et Macron ne sont pas incompatibles" - François Ruffin

Une fois n’est pas coutume, c’est un Zoom arrière très politique ce soir avec cet entretien d’une heure de François Ruffin par Denis Robert au lendemain de sa belle victoire aux législatives en Picardie. Le député du groupe France Insoumise approche les 62% dans un territoire où le Rassemblement national fait un carton quasi plein. L’occasion d’aborder la question centrale de la reconquête par la gauche de ces territoires anciennement rouges qui deviennent bruns et de revenir sur son entrée en politique marquée par sa rencontre, dans un bar, avec Jean Luc Mélenchon en 2009 : "Je lui ai offert deux bouquins et une lettre...".

« Lutter c’est imaginé, pose François Ruffin qui veut renouer le dialogue avec les gens qui délaissent la politique ou se réfugient vers ceux qui proposent des solutions démagogiques et dangereuses, les électeurs de Mélenchon chez moi nous en voulaient, car nous avons fait barrage à Marine Lepen. Ils voient en elle une opposante à Macron alors qu’elle est devenue la bonne élève de la Macronie ».

Stratégie de lutte, combat mené à l’Assemblée, mais surtout sur le terrain, car, dit-il « L’assemblée est une machine à devenir con », Ruffin invente une forme d’autocritique des militants insoumis, socialistes ou communistes qui ont abandonné la bataille autour de la valeur travail et des ouvriers : « L’union populaire n’est réalisée qu’à moitié... On ne peut pas envoyer les gens à la castagne avec des petites cuillères si elles ne sont pas tordues dans le bon sens en plus » balance l’élu NUPES qui cherche toujours la formule qui pourrait faire mouche. Entendez par là qu’il faut réarmer la gauche idéologiquement autour de la lutte des classes : « Les gens sont de plus en plus pauvres et rationnés, pas seulement les chômeurs ou les plus pauvres, mais aussi et j’allais dire surtout ceux qui travaillent et n’ont plus de quoi se nourrir. Il faut résister à tout prix à la pente qui mène à l’extrême droite ».

Pour Ruffin, la société est bloquée, car trois blocs, dont aucun n’a la majorité, s’affrontent :

- Le bloc libéral

- Le bloc national autoritaire

- Le bloc social et écologiste.

Pour lui, nul doute que le rapprochement va se faire entre les élus nationalistes et les emmarcheurs. Il pointe le fait, pour les avoir lus et relus, qu’il n’y a aucune incompatibilité entre les programmes économiques d’Emmanuel Macron et de Marine Lepen. Les dernières déclarations d’Eric Woerth ou des lieutenants du RN semblent lui donner raison. Cet hypothétique rapprochement pourrait enfin, selon Ruffin, ouvrir les yeux des classes populaires : « On va se retrouver bientôt avec un projet libéral autoritaire, énonce celui qui pense que la situation sociale, rationnement et austérité obligent pourrait, rapidement devenir intenable... ça passera par les urnes ET par la rue... » postule-t-il en montrant une évidente préférence pour la rue.

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