"ultra gauche", "écolos radicaux" : comment Darmanin s'attaque à nos libertés

Après deux tentatives d’interdiction pour l’instant retardée contre « Nantes révoltée » et le GALE, groupe antifasciste Lyon et environs, Gérald Darmanin vient d’écrire, via sa directrice aux libertés publiques Pascale Léglise, à une association née à la suite du mouvement des gilets jaune, le Bloc lorrain, pour demander sa dissolution. Le signe évident d’un durcissement de la politique répressive du gouvernement d’Emmanuel Macron qui, dans sa stratégie de diabolisation de la gauche et des révoltes post gilets jaunes, cherche à mettre au même niveau militants néo nazis ou identitaires et militants antifascistes que les médias proches du pouvoir continuent avec un inlassable aveuglement à appeler « ultra gauche ».

Comptant 200 membres, organisant essentiellement des maraudes pour venir en aide aux SDF, mais aussi des manifestations contre la pauvreté, anticapitalistes et peu avares de critiques vis à la vis de la police, le Bloc lorrain et sa possible interdiction est un nouveau test pour le Ministère de l’intérieur. « On est une épine dans leur pied. On les emmerde car on est déterminé mais organisé, mais on est avant tout pacifiste » explique son président destinataire de la missive. Kevin Grillo a eu la surprise de recevoir une lettre de quatre pages le 21 octobre dernier. Elle est téléchargeable ici. « Je vous informe que le gouvernement a l’intention d’engager la dissolution de l’association Le Bloc lorrain dont vous êtes le président » démarre Pascale Léglise qui indique que « sous couvert de défendre un discours idéologique refusant toute forme d’autorité, le Bloc lorrain, légitime la violence dans les manifestations revendicatives. »

Suivent une litanie de griefs plus ou moins étayés où Grillo et plusieurs membres de cette association sont accusés d’avoir outragé des membres des forces de l’ordre, de légitimer la violence contre la police, de troubler l’ordre républicain ou de casser des biens publics. Ce que nient Kevin Grillo et ses amis qui concèdent être des militants antifascistes, anarchistes ou anticapitalistes. « Nous sommes très actifs dans les manifestations, c’est la raison pour laquelle ce pouvoir veut nous casser » plaide Grillo qui relève surtout qu’ils ont dénoncé les violences policières et que c’est sans doute la raison première de leur mise au ban. Ce dernier n’est pas un inconnu pour Blast car il avait été un des premiers à dénoncer les policiers racistes de la BAC (Brigade anti criminalité) de Nancy. Ce qui avait valu des condamnations à plusieurs policiers effectivement racistes. Journaliste pigiste, Grillo s’était alors fendu d’un papier remarqué sur Blast où il avait fait le compte rendu du procès (lien).

Un an plus tard, il se démène pour empêcher cette dissolution. Son avocat Raphaël Kempf qui relève la gravité de ce courrier et son fondement liberticide et Kevin Grillo étaient les invités de Blast et de Denis Robert cette semaine. S’est joint à la discussion Loïc Schneider, militant antinucléaire et anticapitaliste, proche du Bloc lorrain qui rentrait ce jour-là des manifestations anti bassines de Sainte Soline. L’occasion de faire un tour d’horizon des luttes en cours et d’opposer la violence de certains policiers et de leur ministre face à la révolte qui gronde dans plusieurs villes françaises où des associations militantes sont poursuivies et que Gérald Darmanin a décidé d’interdire : « Plus ils nous attaquent, plus on est déterminés. Le danger de ce genre d’attaque du gouvernement serait de nous pousser à la radicalisation. Heureusement, on reste calme » réagit Kevin Grillo fatigué pourtant par les perquisitions à son domiciles et chez ses parents.

Des recours au Conseil d’État peuvent encore les sauver. « C’est ce qui est arrivé à Lyon, le Gale a été dissous mais le Conseil d’Etat a jugé l’interdiction illégale » plaide Raphaël Kempf. Il semblerait qu’avec cette troisième tentative d’interdiction d’une association qui dénonce essentiellement les violences policières, Gérald Darmanin et son gouvernement ne renoncent pas et cherchent coute que coute à éteindre la contestation par un usage qu’on est en droit de juger immodéré de la loi. A Blast, nous restons vigilants car la perspective de voir bientôt des sites d’informations interdits (ce qui était le cas de « Nantes révoltée ») au prétexte qu’ils encourageraient la violence ou l’outrage, il n’y a qu’un pas.

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