
L'attaque du Hamas du 7 octobre 2023 sur Israël et le génocide qui s'en est suivi à Gaza ont mis en lumière une faillite profonde : celle du traitement médiatique occidental de la question palestinienne. Le 29 janvier 2024, dans un quartier bombardé de Gaza, une fillette de cinq ans est piégée dans une voiture criblée de balles. Autour d'elle, les corps de six membres de sa famille. Pendant trois heures, elle appelle à l'aide au téléphone. Cette fillette s'appelle Hind Rajab. Aux États-Unis, son histoire fait la une de CNN, du New York Times et du Washington Post. Son visage devient un symbole mondial. En France, quasiment rien. Il faudra attendre fin 2025, et le film de Kaouther Ben Hania récompensé à Venise, pour que les grands médias français commencent enfin à raconter son histoire. Près de deux ans après les faits. Et c'est précisément là que la faillite annoncée prend un visage. Hind Rajab n'est pas un oubli isolé. Elle en est le révélateur, le symptôme d'un système, pas d'un accident. À Blast, nous avons voulu comprendre ce système. L’enquête de Nadja Vancauwenberghe porte sur une centaine d'articles et une vingtaine de sujets audiovisuels dans cinq pays : France, Italie, Allemagne, Royaume-Uni, États-Unis. Ce qu'elle révèle, c'est une architecture : des mécanismes de déshumanisation des Palestiniens, la reprise de récits issus de la propagande israélienne, et un cadrage qui a imposé une idée simple. Que tout aurait commencé le 7 octobre.
Crédits photo/illustration en haut de page :
Margaux Simon