Domenico Lucano, ex-maire de Riace, lourdement condamné pour un "délit de solidarité"

Domenico Lucano - l'ancien maire de Riace - condamné à 13 ans et deux mois de prison pour avoir accueilli des migrants, était à la bourse du travail ce mercredi 17 Novembre. Entouré de ses soutiens, les traits tirés, il est venu à Paris pour exprimer son indignation.

De nombreux collectifs et associations étaient sur place, tous se sont déplacés pour encourager celui que l’on surnomme Mimmo : Sylvie Glissant de l’Institut du Tout-Monde, Agnès Tricoire, de la ligue des droits de l’Homme. Marilyne Poulain, membre de la Direction confédérale CGT, chargée du collectif Immigration entre autres, mais aussi Cédric Herrou, agriculteur et militant, lui aussi poursuivi pour avoir organisé un camp d'accueil pour migrants dans la vallée de la Roya. Relaxé en 2017 il qualifie les poursuites et les condamnations de celles et ceux qui viennent en aide à des personnes étrangères en situation irrégulière  de délit ”de solidarité”.  

La justice plutôt que la légalité 

Pour l’ex maire du petit village de Calabre la sentence prononcée le 30 septembre dernier par le tribunal de Locres - 13 ans de réclusion criminelle, une condamnation comparable à celle d’un mafieux de la Cosa Nostra - est indigne et injustifiée. Le tribunal avait requis 7 années de prison à l’encontre de Mimmo, pour “montrer l'exemple". Le 30 septembre 2021, ce dernier a finalement écopé du double, reconnu coupable d’association de malfaiteurs visant à aider à l’immigration clandestine, d’escroquerie, de détournement de fonds et d’abus de fonction. La justice lui réclame également de reverser 500 000 euros d’aides publiques perçues par la commune. Justice qu'il n'attend plus, même s'il a fait appel, comme il l’évoque ce mercredi. Régulièrement interrompu par des chants extraits du répertoire de la gauche italienne, il revient sur sa conception de la légalité avec une mise en garde “La légalité ça été le troisième Reich, l’esclavage, l’apartheid”.


Riace, un modèle calabrais

À l’origine du “modèle Riace”, Domenico Lucano est devenu un véritable symbole mondial d'accueil des migrants. Pour comprendre l’histoire de ce militant des droits de l’homme, ancien sympathisant communiste il faut donc commencer par celle du village de Riace.

Riace est au départ, une petite commune de Calabre - moins de 2000 habitants - désertée à la suite de vagues d'émigration successives, intérieure d'abord vers le nord industriel italien, puis extérieure vers le Canada ou l'Australie notamment. On note une première expérience d'accueil de migrants Kurdes à Riace en 1988, que Mimmo - devenu maire en 2004, réélu en 2009 - poursuit au prix de certains contournements légaux. En retour le village se réanime : magasins, écoles et lieux de première nécessité rouvrent progressivement. Plus, le modèle d’intégration de Riace semble inspirer les communes attenantes. Le quotidien du Vatican, L'Osservatore Romano, à d’ailleurs cité cette bourgade comme un exemple à suivre. 

Un exemple pour certains mais - à rebours de l’évolution des politiques migratoires au sein de l’Union européenne - un contre-exemple pour d’autres. Cedric Herrou l'affirme, ce qui est en cause c’est moins le fait de favoriser l’émigration clandestine que de répandre une critique d’un mode de fonctionnement politique basé sur la xénophobie. 


Un procès à visée politique donc. Dans une Europe où de l’Italie à la Pologne en passant par la France, la xénophobie gagne du terrain, Domenico Lucano se montre très critique avec ce qu'il définit comme une Europe de fils barbelés.


L'ancien maire de Riace dans l’attente de son procès, reste persuadé, en dépit de  l'extrême sévérité de sa condamnation, que l'expérience, locale et universaliste exposée à Riace, loin d'être utopique continuera et finira par s’exporter massivement et ce malgré tous les vents contraires. 

Crédits photo/illustration en haut de page :
Domenico Lucano, 13 mai 2019 à Rome. Filippo Monteforte / AFP

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