La fabrique de la peur #3

Le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, a présenté au Conseil des ministres du 28 avril un projet de loi sur le terrorisme et le renseignement. Ce texte devrait être examiné par l’Assemblée nationale dans les prochaines semaines. Dans un contexte de surenchère sur les questions de sécurité.

Il souffle un vent mauvais sur la République. En moins d’une semaine, le hasard des circonstances a réuni les ingrédients les plus inflammables de la politique. Une manifestation de policiers contre une décision de justice, un crime terroriste islamiste contre une policière, un appel de militaires factieux à un coup de force et un meurtrier qui échappe à une sanction pénale, parce qu’il souffre de troubles mentaux, alors que la justice reconnaît dans le même temps qu’il s’agit d’un crime antisémite. De quoi attiser les passions tristes.

Déjà sonné par une crise sanitaire et son cortège de victimes, le pays est déboussolé devant cette accumulation de drames. D’autant que la confusion est sciemment entretenue. La campagne électorale des régionales et de la présidentielle encourage les rapprochements douteux et les outrances.

Ainsi, évoquant l’assassinat de la policière Stéphanie Monfermé au micro de France inter, Gérald Darmanin, n’hésitait pas à lier terrorisme, immigration et troubles psychiatriques.

Sur le fond, ce nouveau projet de loi vient s’ajouter aux 25 lois antiterroristes promulguées depuis 1986

Une argumentation destinée à justifier le projet de loi relatif à la prévention d’actes de terrorisme et au renseignement qu’il présentait le jour même en Conseil des ministres.

Le texte accroît la durée des mesures de surveillance des personnes condamnées pour terrorisme après leur libération.

Il prévoit par ailleurs de généraliser le système mis en place à titre expérimental par la loi sur la sécurité intérieure et la lutte contre le terrorisme, votée en 2017.

Il s’agit du fameux traitement automatisé des données de connexion de la population par un algorithme.

Ainsi, quelqu’un qui consultera fréquemment tel ou tel site jugé proche du terrorisme ou qui entrera en contact avec un individu connu des services de renseignement sera signalé.

Le problème, aujourd’hui comme hier, c’est l’usage qui peut être fait de pareil outil contre un mouvement d’opposition au pouvoir. Peut-on accepter une nouvelle atteinte à nos libertés fondamentales au nom de la sécurité ?

Sur le fond, ce nouveau projet de loi vient s’ajouter aux 25 lois antiterroristes promulguées depuis 1986. Soit une loi tous les 18 mois.

Depuis les attentats de 2015, pas moins de 5 ont été votées. Auxquelles il faut rajouter deux votes sur l’État d’urgence.

Pourtant, le terrorisme continue de faire couler le sang.

En fait de moyens sophistiqués, nos services de renseignement ont peut-être besoin de davantage de fonctionnaires. Mais ça coûte plus cher qu’un algorithme…

Crédits photo/illustration en haut de page :
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin et Jean Castex, Premier ministre. Conférence sur la prévention des actes terroristes, le 28 à Paris. Gonzalo Fuentes, AFP.