Maurice, technicien, EDF hydroélectricité, Annecy

« J’ai été recruté par EDF en décembre 1980 comme mécanicien à la centrale hydroélectrique de Passy, en dessous de Chamonix. On travaillait en fait sur six centrales. Jusqu’en 1985, tout s’est bien passé. J’ai suivi une formation en électricité, parce que je souhaitais comprendre comment était produite l'énergie électrique. J’ai passé un CAP d’électromécanicien, puis un BEP d’électrotechnique et un brevet professionnel de production. J’ai également suivi des cours d’électronique.

Maurice, technicien, EDF hydroélectricité, Annecy
Maurice, technicien, EDF hydroélectricité, Annecy

En 1985, j’ai obtenu une mutation comme technicien d’entretien à Cluses. Mon épouse travaillait aussi à EDF et on voulait se rapprocher d’Annecy. En 1986, comme j’avais passé mon brevet professionnel d’électricité, j’ai pu obtenir un poste à Annecy, où je m’occupais des changements de tension : l’électricité produite par les barrages arrivait aux postes à haute tension à 45 000 volts, et j'ai été chargé de l'élever à 63 000 volts. On faisait ces élévations de tension pour pouvoir transporter plus facilement l’électricité et avoir moins de pertes en ligne.

Je m’occupais aussi de la maintenance téléphonique, dans les bureaux.

C’est l’époque où on est passé à l’informatique, donc j’installais des modems. En 1993, la personne qui était responsable de l’entretien du bâtiment est partie et j’ai demandé à lui succéder. J’avais aussi une mission sécurité auprès des ingénieurs et du génie civil en matière de sécurité des chantiers dans les centrales. J’ai également suivi des travaux de maintenance téléphonique dans les centrales hydroélectriques, parce qu’avec l’automatisation, il fallait des systèmes d’alarmes parlées afin de prévenir des alertes.

« Tout s’est bien passé jusqu’en 2001, quand j’ai été agressé par un représentant syndical »

Durant toutes ces années, comme j’étais passionné par mon travail et que la direction reconnaissait mes compétences, j’ai bénéficié d’un déroulement de carrière très rapide. Comme je faisais des cours par correspondance, c’était apprécié, cela montrait ma volonté de m’impliquer dans l’entreprise. J’ai changé de métier : mécanicien, puis électricien, maintenance téléphonique, technicien d’entretien. J’ai fait évoluer mon métier.

En 1999, j’ai obtenu ma dernière évolution de carrière, un passage au grade supérieur. En fait tout s’est bien passé jusqu’en 2001 quand j’ai été agressé par un représentant syndical. Depuis ce jour-là, ça s’est compliqué pour moi. A l’époque je m’occupais de l’entretien des bâtiments et de la sécurité.

Donc en 2001, un jour de septembre, un responsable syndical est venu me voir pour se plaindre du traitement réservé à un collègue. Ce collègue s’occupait du tirage des plans, et il venait de recevoir une formation pour les informatiser. Comme on avait été en formation ensemble, je sais que ça s’était bien passé et en plus ce collègue était rattaché à une personne qui l’aidait. Comme je n’étais pas d’accord avec le responsable syndical, il s’est mis à m’insulter, et il est parti.

Je suis allé le voir dans son bureau pour lui demander des explications, pourquoi il m’avait insulté. Cela ne lui a pas plu et il m’a agressé physiquement. Je me suis plaint à la direction et ce responsable syndical a été convoqué. Mais, pour moi, la direction m’a supprimé l’avancement au choix qui m’avait été promis pour le 1er janvier 2002. Et depuis, ça s’est très mal passé, il y a eu un enchaînement de faits peut-être pas tous liés mais cette agression a été l’élément déclencheur.

En même temps, mon chef a été muté parce que mon service a été réformé. Je suis donc arrivé dans un autre service, avec un nouveau chef, avec qui ça s’est très mal passé. Je m’occupais de l’entretien du bâtiment, de la formation en sécurité, je rendais donc des services. Mais j’ai été rattaché à la direction du patrimoine foncier. Mon nouveau responsable estimait que mon poste était trop haut classé et il a voulu diminuer mon travail.

Ensuite, ils ont voulu me rattacher à la direction de l’immobilier (Dirim), une entité nationale qui a repris tout l’entretien des immeubles en 2004. Quand ils ont voulu me muter, j’ai demandé à récupérer l’avancement qui m’avait été supprimé en 2001. Oralement, ils ont accepté mais, dans la convention de mutation, cet avancement n’était pas prévu. Donc j’ai refusé. Le fait que je refuse, après ils m’ont massacré…

« Réduit à des tâches subalternes… »

Mon mal-être s’est donc aggravé en 2004. Mes supérieurs me faisaient des lettres de mission pour faire tel ou tel travail, et après ils donnaient le travail qu’ils m’avaient demandé à un autre collègue. Par exemple, l’une de mes missions était l’attribution du parc automobile, un jour une secrétaire est venue récupérer mes dossiers, sans qu’on me prévienne que j’étais déchargé de cette mission. J’étais réduit à des tâches subalternes. Ça ne correspondait plus à mon poste.

A un moment, je devais modifier des plans. Mais je n’avais pas de planche à dessin, donc je le faisais sur des fenêtres pour les transferts par calque ! Que des trucs comme cela.

Ma santé s’est dégradée. J’avais des envies de suicide.

En 2007, j’ai eu aussi une sanction parce qu’ils me donnaient des tâches qui devaient être normalement faites en dix jours, mais à moi ils ne me donnaient qu’un délai de 5 jours. Comme je n’arrivais pas à les faire dans les délais fixés, ils m’ont sanctionné pour refus d’accomplir des tâches. Alors que je n’ai jamais rien refusé de faire, je demandais juste des jours supplémentaires.

Ils me reprochaient de ne pas travailler assez vite, alors que j’étais en souffrance.

« En rentrant chez moi, j’ai découvert que j’avais deux tiques sur le corps… »

Toujours en 2007, mon responsable m’a demandé d’aller faire une expertise forestière sur des terrains boisés en bordure des cours d'eau qui appartenaient à EDF. Normalement pour ce type de mission, on doit être équipé de vêtements de protection individuelle, pour se protéger notamment des piqures de tiques ou d'autres risques de déplacement. D’ailleurs, à son arrivée dans le service, chaque nouveau salarié se voyait remettre son équipement de sécurité personnel. Moi, ils ont toujours refusé de m’en donner un.

Quand mon responsable m’a donné cette mission, je lui ai donc demandé un équipement de sécurité et il a refusé. J’ai néanmoins accepté de faire la mission. En rentrant chez moi un soir de juillet 2007, j’ai pris une douche et j’ai découvert que j’avais deux tiques sur le corps.

Il se trouve que j’avais un collègue dans un autre service qui était lui aussi harcelé par sa hiérarchie. Comme on se connaissait, on s’appelait fréquemment pour prendre des nouvelles. Ce soir-là, il m’a appelé et je lui ai raconté ce qui s’était passé et que j’étais rentré avec deux piqûres de tiques.

Quelques années plus tard, ma santé physique s’est dégradée. J’avais des érythèmes violacés sur le corps. Un jour, je suis allé chez le médecin pour lui montrer et il m’a prescrit une analyse de détection pour la maladie de Lyme, qui s’attrape par les tiques : le test a été positif. Grâce au témoignage du collègue qui m’avait appelé le soir de ma mission, j’ai pu faire une demande de passage en maladie professionnelle. Tout cela parce que mon manager a refusé de m'attribuer un équipement de matériel de protection individuel.

En avril 2008, mon entretien individuel annuel s’est très mal passé. Normalement, la procédure interne à EDF prévoit qu'il doit se faire uniquement entre le salarié et son supérieur hiérarchique. Là, il y avait aussi le N+2, ce qui n'est pas autorisé. Je leur ai dit toutes les brimades et le harcèlement qu’ils m’avaient infligés. Mais à un moment, j’ai pété les plombs et je suis parti en hurlant.

Je suis allé voir mon médecin traitant. J’ai fait une déclaration d’accident du travail trois jours après, ce qui a été reconnu comme tel par la CPAM. EDF a fait un recours : l’entreprise a perdu en première instance mais elle a gagné en appel. Cela lui a permis de faire supporter les frais d'accident du travail par la CPAM. Je suis resté en accident du travail jusqu’en novembre 2011. EDF m’a passé en maladie au 1er décembre 2011, ce qui est illégal. Mais EDF a tous les droits, d’autant que le médecin conseil payé par EDF fait partie de l'entreprise, il n’est pas indépendant.

« J’ai dû saisir un tribunal pour rétablir mes droits et j’ai gagné… »

Durant cette période, j’ai lancé une procédure contre EDF pour harcèlement moral.

De décembre 2011 à novembre 2016, EDF m’a placé en arrêt pour longue maladie, alors que j’aurais dû être mis en position d'invalidité accident du travail. Pourquoi ? Pour m’empêcher de percevoir une rente d’incapacité permanente partielle (IPP). La mise en invalidité des suites d'un accident du travail m’ouvrait le droit de percevoir une rente supplémentaire en supplément de l'invalidité (représentant 66 % du salaire) puisqu’elle serait intervenue après un arrêt pour accident du travail.

Au lieu de ça, quand la caisse de retraite d’EDF (la CNIEG) m’a placé en invalidité pour maladie en décembre 2016, je n’ai perçu qu’une IPP de 5 %. Et j’ai dû saisir un tribunal pour rétablir mes droits et j’ai gagné, j’ai une IPP de 50 %.

En juillet 2017, la CNIEG m’a placé en retraite, alors que je les avais informés de mon retour au travail. Mais EDF n’a jamais envoyé les papiers à la CNIEG. J’ai repris en mi-temps thérapeutique mais l’entreprise voulait me muter d’office à Marseille, alors que j’habite Annecy !

J’ai finalement négocié un départ en retraite avec EDF. Et je suis parti en retraite le 1er avril 2018, EDF m’ayant accordé une promotion à laquelle j’avais droit. Mais je suis au tribunal contre EDF car cette dernière n'est donc pas prise en compte dans les calculs de la pension de retraite. Pour la CNIEG, je suis à la retraite depuis juillet 2017, avant que cette promotion intervienne. »

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