Odéon, Culture colère

Ils ont tenu l’Odéon pendant que la France était confinée, y ont passé des semaines entières, vivant et dormant sur place – 77 jours au total. Alors que le pays se déconfine, que les théâtres rouvrent peu à peu, ils ont décidé de rester, et tenir le siège. A contre-courant ? Surtout au nom de l’idée qu’ils se font de la culture, de leur fonction et de la solidarité.

Deux mois et demi : depuis le 4 mars dernier, le théâtre de l'Odéon est occupé nuit et jour. Une présence permanente pour dénoncer la réforme de l'assurance-chômage et exiger la prolongation de l'année blanche pour les intermittents du spectacle - une des catégories professionnelles des plus durement touchées. Par effet domino, une centaine de théâtres ont également été investis partout en France mais aussi à l'étranger, comme à Rome, Athènes ou Bruxelles. Et puis voilà que la France respire à nouveau, les lieux de culture rouvrent comme les terrasses des bars, et que les contraintes pesant sur nos vies quotidiennes se desserrent un peu. Enfin. Pourtant, 77 jours plus tard, les négociations se poursuivent à l'Odéon.

« Un milliard d'économies sur le dos des chômeurs »

Hier comme aujourd’hui, leur revendication est claire. Elle n’a pas changé, (dé)confinement ou pas : « [Le gouvernement] privilégie la production, les lieux de grande consommation tandis qu'il maintient fermé les lieux de vie, de création et de sociabilité, pouvait-on lire sur le compte Facebook que ceux de l’Odéon tiennent à jour. Il apporte un soutien financier massif aux grandes entreprises alors même qu'il compte faire plus d'un milliard d'économies sur le dos des chômeurs dont le nombre ne cesse d'augmenter ».

Odéon, Culture colère, 1er volet de notre podcast

Ce mercredi soir, Isabelle Huppert devait monter sur les planches pour la réouverture de l’Odéon, et que la scène revive. Un spectacle annoncé complet. Il n’en est rien : à la dernière minute, la direction du théâtre de l’Europe a annoncé l'annulation de la représentation de La Ménagerie de Verre. « Réouverture empêchée », dénonce le communiqué de Stéphane Braunschweig. « C'est scandaleux !, s'insurge Denis Gravouil, ils veulent nous faire porter le chapeau ». Visiblement, le secrétaire général de la CGT Spectacle n’a pas l’intention de se laisser faire : « On veut que la représentation se tienne, martèle-t-il, nous ne voulons pas bloquer les spectacles : la répétition générale a eu lieu la veille, et nous ne les avons pas dérangé du tout ».

Le bras de fer va donc se poursuivre. Et l'occupation de ce théâtre mythique- qui a déjà dépassé en nombre de jours celle de mai 68 - aussi.

Paroles

A l’occasion de cette journée particulière soldée par cet étrange entre-deux, Blast diffuse un documentaire audio réalisé par Maxime Carsel. Présenté en 2 volets de 7 minutes, Odeon, Culture colère est une fenêtre subjective qui raconte ce combat, passé et présent. Celui d’hommes et de femmes, des jeunes, des vieux, des ni jeunes ni vieux, intermittents, techniciens du spectacle, créateurs, comédiens, auteurs, scénaristes, dessinateurs, mais pas seulement, maître d’hôtel aussi (dans la restauration), guide-conférencier ou employés (de grandes enseignes commerciales de la culture, par exemple), de tout statut donc, qui tous portent la même exigence : celle de ne pas renoncer.

Pendant toutes ces semaines, nuits et jours, ils ont débattu, échangé, discuté, n’ont cessé de faire vivre la flamme dans un pays confiné : celle d’une culture sinistrée. Ils sont les oubliés de la crise, et des dispositifs d’aide mis en place par le gouvernement pour adoucir les ravages sociaux du covid. Des invisibles passés entre les trop nombreux trous du filet.

Ils se battent pour eux, leur dignité et plus largement pour les droits de chacun.

Leur parole est précieuse, elle mérite d’être entendue.

Culture colère, 2ème volet de notre podcast