COVID, Contre-enquête sur les effets indésirables des vaccins / Partie 1

La question des effets secondaires des vaccins anti-covid conduit à des polémiques passionnées entre pro et anti-vaccin. Du « rien à signaler » à l'hécatombe annoncée, il y a peu de place pour la nuance et la rationalité. Blast tente d'y voir plus clair avec cette contre-enquête en quatre volets. Premier volet : un état des lieux.

Partie 1 : Un rapport parlementaire au cœur de la tourmente vaccinale

Si j'avais suivi les directives du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, ou plutôt ce que m'a dit au printemps dernier de manière expéditive son président, je ne serais pas en train d'écrire ces lignes. « Les effets indésirables sont tout sauf un sujet », m'a certifié le professeur Alain Fischer quand je l'appelais pour l'interroger sur cette délicate question des effets secondaires des vaccins anti-covid. Elle fait pourtant l'objet d'une très officielle enquête parlementaire, menée par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques. Cet OPECST a publié en juin un rapport d'étape. Alain Fischer a été auditionné, de même que nombre d'experts ou de personnes estimant avoir subi certains de ces effets indésirables, sous de multiples formes. Il y a été un peu plus loquace qu’avec les journalistes.

À l’origine de cette investigation politique ayant mobilisé les services du parlement, le fait indéniable que des dizaines de milliers de Français ont déclaré à l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) des effets secondaires qualifiés de « graves ». « Une déclaration ne signifie pas un lien de cause à effet », m'a répondu Alain Fischer, avant de mettre un terme à la conversation en livrant sa vision de ce qu'il estime être un « non sujet » : « Il est vrai que le vaccin AstraZeneca a provoqué de façon rare des thromboses (la formation d’un caillot dans une veine ou une artère, ndlr) , et ceux à ARN messagers ont pu causer de très rares myocardites et péricardites (inflammation du cœur et de la double membrane qui entoure le cœur, ndlr) après la deuxième dose. Mais il n'y a rien d'autre. » Donc, selon Monsieur Vaccin, rien à voir ou à chercher si ce n'est ces effets reconnus mais peu signifiants. D'autant que les cas de thromboses ont conduit dès le printemps 2021 à ne plus administrer le vaccin AstraZeneca aux moins de 55 ans en raison d'un risque identifié chez les plus jeunes. Sauf que ce vaccin a fait l'objet d'une trentaine de signaux différents d'événements secondaires suspectés ou confirmés par la pharmacovigilance française, tout comme le Pfizer et le Moderna. En limitant la question aux myocardites et aux thromboses pour mieux l'évacuer, Alain Fischer nie tout simplement l'existence de risques d'événements indésirables repérés, sans se soucier de ceux que l'on pourrait encore ignorer.

Une mortalité passée inaperçue 

Également interrogés lors de l'enquête parlementaire, le mathématicien Vincent Pavan et l'enseignante-chercheuse en informatique Emmanuelle Darles livrent un autre son de cloche, présenté dans un rapport remis à l'OPECST avant leur audition. Ils y soutiennent que les taux de létalité des vaccins anti covid seraient « bien supérieurs à ceux du Covid 19 pour les personnes âgées de moins de 65 ans ». Et ajoutent que chez les jeunes « la balance bénéfice-risque est très clairement en défaveur du vaccin avec des facteurs de multiplication de létalité allant de 300 à plus de 500 par rapport à la létalité de la maladie elle-même ». Vous avez bien lu, la population jeune aurait des centaines de fois plus de chance de mourir du vaccin que du covid d'après ce rapport qui se termine en évoquant « un véritable problème de santé publique sans précédent, bien plus important que la crise sanitaire que nous avons vécue durant ces deux dernières années ».

Le taux de létalité attribué ici au vaccin concerne uniquement les personnes que le vaccin aurait déjà rendues malades, ou plus exactement celles qui ont déclaré des effets secondaires supposés dans une base de données publique américaine. Cette létalité dite « apparente » s'avère ainsi plutôt trompeuse, la plupart des vaccinés n'étant heureusement pas concernés. Mais le rapport remis à l'OPECST se veut dénonciateur d'une catastrophe vaccinale. En le commentant dans une interview vidéo au magazine Nexus, Emmanuelle Darles en arrive à estimer que la vaccination covid aurait causé en Europe entre trois cent mille et trois millions de morts, passés inaperçus. « C'est impossible, objecte le pharmacologue Bernard Bégaud. La pharmacovigilance n'a pas pu passer à côté d'un tel niveau de mortalité. On l'aurait détecté, d'autant que les morts jugées suspectes se sont vite retrouvées dans la presse régionale avec une information qui circulait immédiatement. Il y a malheureusement une tendance à négliger l'épidémiologie de proximité, à savoir le nombre de cas que chacun peut observer autour de lui. On dit que cela conduit à un regard biaisé car on côtoierait surtout des individus qui nous ressemblent par leur classe sociale ou leur comportement, ce qui limiterait fortement leur représentativité. Mais du boulanger au garagiste en passant par les parents d'élèves de l'école de leurs enfants, beaucoup de gens fréquentent en fait une population assez représentative. Si une mortalité aussi massive existait, elle aurait été remarquée. »  

À chacun sa "science"

À l'occasion d'un rassemblement public organisé devant le Sénat alors que l'OPECST auditionnait plusieurs personnes venues dénoncer les risques des vaccins covid, j'ai pu me livrer à une petite évaluation de cette épidémiologie de proximité au sein de la population venue manifester ce jour-là. Résultat, bien que très critique sur une vaccination perçue comme dangereuse, la plupart des personnes que j'ai interrogées n'était pas directement concernée par des effets secondaires graves et n'en avait pas non plus constaté dans leur entourage. La menace leur semblait toutefois patente. Et comme ne manquent pas de le faire ceux qui certifient que la vaccination anti-covid est évidemment sure et efficace, ils disaient eux aussi s'appuyer sur des données scientifiques pour y voir cette fois un danger mortel en se référant à des analyses de déclarations d'effets secondaires telles que celles de Vincent Pavan et Emmanuelle Darles. Pour accuser le vaccin, on présume un lien de causalité assorti d'une sous-déclaration massive en maniant les statistiques, tandis que pour le disculper on fait comme si tout ce qui n'était pas indubitablement prouvé n'existait pas, en se revendiquant dans les deux cas de la science. Comme si la science pouvait soutenir la thèse du rien à signaler et celle de l'hécatombe annoncée, deux points de vue radicalement opposés, tous deux entendus par l'OPECST.

La saisine de l'OPECST par la Commission des affaires sociales du Sénat résulte d'une pétition déposée le 12 janvier 2022 pour demander la création d'une commission d'enquête parlementaire sur les effets secondaires des vaccins contre le Covid. Lancée par un cardiologue interdit d'exercer car non vacciné, elle était très critique sur la politique vaccinale et le fonctionnement de la pharmacovigilance. En moins d'un mois, la pétition a recueilli plus de 33 000 signatures, incitant la Conférence des présidents du Sénat à y donner suite afin de répondre aux inquiétudes sans attendre l'obtention des 100 000 signatures normalement requises. Une cinquantaine de personnes ont été auditionnées pendant plusieurs mois, et de ces auditions a été tiré le rapport d'étape que nous avons déjà évoqué dans Blast avec l'une de ses rapportrices, la sénatrice Florence Lassarade. Ce document salue l'efficacité de notre système de pharmacovigilance qui a émis une centaine de signaux d'effets indésirables, mais il pointe aussi un problème de reconnaissance des personnes souffrant de ces effets dont certaines ont pu connaître une sorte de mise au ban consécutive à la réfutation d'un lien entre leurs symptômes et le vaccin par le corps médical ou leur entourage. Une réalité qui demeure taboue, comme en témoigne l'absence d'échos médiatiques à ce rapport évoquant l'existence jusqu'ici déniée de victimes d'effets indésirables. 

Chercher à comprendre

On a reproché à l'OPECST d'avoir donné la parole à des figures de la mouvance anti-vax, mais ses rapporteurs ont souhaité entendre chaque point de vue, sans pour autant les avaliser. Leur rapport d'étape a le mérite de montrer que face à la question des effets secondaires, il convient de sortir des postures pro ou anti vax pour regarder la réalité en face, et donc chercher à comprendre quels troubles peuvent survenir suite à d'éventuels liens de causalité. « J'entends trop dire qu'il n'est pas utile d'examiner des cas très rares mais je crois au contraire important d'explorer chaque cas potentiellement suspect plutôt que d'adopter une politique du « circulez il n'y a rien à voir », abonde l'immunologiste Michel Goldman. Jusqu'à l'échelon individuel, il est normal de répondre aux questions qui peuvent légitimement se poser dans un certain nombre de cas, tout comme de réfuter les allégations fausses. Le problème est que le simple fait de dire cela me place dans une position difficile à tenir car mes propos peuvent vite être récupérés par les anti vax alors que je défends résolument l'importance du vaccin pour lutter contre la pandémie. »

La parole se retrouve ainsi bridée dès qu'elle se voudrait nuancée, comme le déplore une professeur hospitalière en pédiatrie « affligée par la valorisation d'un manichéisme porté par des discours complètement stériles, qu'il s'agisse du « tout va bien » ou du « c'est la cata ». C'est totalement contre-productif car la réalité est certainement entre les deux. » Ce que de nombreuses données tendent à confirmer en commençant par la longue liste des effets indésirables établis ou potentiel du principal vaccin contre le Covid, le Comirnaty de Pfizer, recensées par l'ANSM et retranscrits sur une page entière du rapport d'étape de l'OPESCT. Des douleurs et des fièvres très courantes à l'anaphylaxie (réaction allergique sévère) dont la fréquence reste indéterminée, ils sont nombreux et pour beaucoup méconnus. C'est que la campagne vaccinale n'a pas accordée une place suffisante à la communication sur les effets indésirables, remarquent les rapporteurs de l'OPESCT qui voient « un exemple emblématique de la nécessité de communiquer à large échelle » dans les problèmes liés aux cycles menstruels. Bien que ces derniers concernent de très nombreuses femmes, ils ont été longtemps niés ou minimisés, tant du côté des autorités sanitaires que des médias.

Défiance et suspicion

« Le fait que l'on soit sorti d'un état d'urgence avec une épidémie qui se calme et des variants moins virulents permettent de souligner des faits que certains considèrent comme mineurs alors qu'ils sont sérieux », estime Florence Lassarade. La sénatrice incite ainsi à regarder dans le détail les effets indésirables d'une vaccination qui a été prescrite et administrée quasiment à tous sans distinction avec des produits issus d'une technologie nouvelle. Le contexte exceptionnel de la pandémie a justifié d'agir dans l'urgence, notamment en accordant des autorisations de mise sur le marché conditionnelles alors que les dernières phases des essais cliniques étaient encore en cours. Une procédure qui n'est pas inédite mais a pu « donner le sentiment à de nombreuses personnes de faire partie d'un essai clinique grandeur nature », signalent encore les rapporteurs de l'OPECST. À tort ou à raison, la défiance et la suspicion ont été de mise pour une part conséquente de la population et le moindre événement suspect a pu être assimilé à un effet indésirable du vaccin. Par exemple les accidents survenant chez les sportifs tel que l'arrêt cardiaque du footballeur danois Christian Eriksen lors de l'Euro 2021, alors que ce joueur n'était pas vacciné.

Reste une réalité encore ignorée. Celle de ces milliers de personnes qui pensent avoir subi des effets indésirables des vaccins anti Covid et souffrent en tout cas de multiples maux survenus suite à leur vaccination. Des malades se retrouvant de façon récurrente dans une situation d'errance face à des médecins qui rechignent à prendre en considération leur cas et à envisager une cause vaccinale à leurs symptômes. Pourtant, « il faut écouter les patients car ce sont eux qui nous apportent des faits sur lesquels on se doit de travailler », rappelle le professeur Dominique Salmon Céron, infectiologue à l'Hôtel-Dieu où elle prend au sérieux la question des effets secondaires des vaccins anti covid. Nous donnerons donc la parole à ceux qui s'en disent victimes afin de sortir du non-dit sur ce vrai sujet.

Dossier /
COVID

Retrouvez tous les articles associés.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Philippine Déjardins

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analyse, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)