Législatives : Veni, Vidi, Vichy

Au lendemain du second tour des élections qui lui ont permis de s’équiper de 89 députés, il faut le souligner un peu nettement : cette victoire – car c’en est une – du Rassemblement national (RN) est le résultat d’un remarquable travail d’équipe. Le parti lepéniste a bien sûr sa part dans cette réussite : il n’a jamais dévié de sa ligne chauvine, et dans un pays dont l’éditocratie nous redit toutes les vingt secondes qu’il n’est pas le moins du monde raciste (ni même d’extrême droite), cette constance xénophobe a bien sûr fini par payer.

Mais il doit surtout son succès aux politiciens - et à leurs journalistes d’accompagnement - qui depuis vingt ans (estimation basse) nous répètent sur tous les tons que pour combattre l’extrême droite, « la morale » (devenue un gros mot) ne marche pas, et qu’il convient plutôt de faire preuve de « réalisme ».

Lequel, dans l’esprit de ces fins stratèges, consiste, comme on sait, à légitimer un parti cofondé (notamment) par un ex-Waffen SS et un ancien milicien en le laissant imposer dans le débat public ses thèmes préférés : l’immigration, l’islam, l’immigration, et bien sûr l’islam.

Dans cette constante soumission, les « socialistes » à guillemets se sont illustrés, lorsqu’ils n’étaient pas occupés à casser le code de travail ou à confectionner des lois sécuritaires, par une ardeur particulière. C’est M. Valls – et non la présidente du Front national (renommé RN en 2018) - qui a publiquement théorisé, lorsqu’il était ministre de l’Intérieur de M. Hollande, que « les Roms » avaient « vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ». Et c’est le même M. Hollande qui a alors jugé, dans un livre d’entretiens avec deux journalistes du Monde, qu’il y avait « trop d’immigration » qui n’aurait pas dû « être là » (1).

Le cas de M. Macron est un peu différent : en 2017, il a été élu pour faire barrage à l’extrême droite par des gens qui, sans cela, sachant de quelle pâte il était fait, n’auraient jamais - au grand jamais – voté pour lui.

Moyennant quoi : il s’est aussitôt flanqué d’un ministre (de l’Action et des Comptes publics, promu ensuite à l’Intérieur) qui avait naguère promis, lorsqu’il n’était que maire, qu’il ne « célébrerait pas personnellement de mariages entre deux hommes et deux femmes » (2).

Puis M. Macron s’est empressé d’annoncer, dès 2018 – et juste après que sa ministre de la Culture de l’époque avait quant à elle envisagé de « célébrer » Jacques Chardonne et Charles Maurras -, qu’il comptait « honorer » la mémoire du « grand soldat » Pétain : veni, vidi, Vichy.

Puis il a, en 2019, accordé un entretien exclusif au magazine Valeurs actuelles, condamné pour provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence envers les Roms. Puis il a, en 2020, apporté son soutien à un agitateur d’extrême droite condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse – et lui a, au passage, demandé de produire une « note » sur l’immigration. (Liste non exhaustive.)

Pour le dire plus simplement : M. Macron a, comme avant lui M. Hollande, beaucoup œuvré à la normalisation de l’inacceptable.

Quant à la presse – fût-elle « de référence » - et aux médias, où les pires « philosophes » ont depuis vingt ans table ouverte, ils n’ont cessé, depuis vingt ans, d’alimenter quotidiennement des paniques identitaires et islamophobes.

Dans le cours des dernières semaines, ces mêmes fourriers du pire ont, par un ultime effort, renvoyé d’abord « les extrêmes » dos à dos, et (ré)installé dans l’opinion l’idée selon laquelle la gauche antiraciste ne différait guère de l’extrême droite raciste – avant d’appeler finalement, à la veille du second tour, à se « mobiliser contre l’extrême gauche » (Gérald Darmanin) et à « faire barrage à Mélenchon » (Bernard-Henri Lévy).

Et les voilà qui, ce matin, après avoir ainsi dansé pendant vingt ans avec les fafs, s’étonnent et s’offusquent soudain que ces derniers investissent la scène et veuillent virer l’orchestre.

Mais désolé, ça ne prend plus : tout le monde voit désormais que vous faites partie du problème, et que pour se débarrasser des lepénistes, il convient de virer aussi les lepénisateurs.

(1) Et c’est encore M. Valls qui a fini par faire la synthèse de ces profondes inclinations en déclarant, l’année dernière : « Il faut arrêter l’immigration. »

(2) Et qui, entre autres performances beaucoup trop nombreuses pour être listées ici, a depuis écrit un livre dans lequel il glose sur « les difficultés liées à la présence de dizaines de milliers de Juifs en France » à l’époque napoléonienne.

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analyse, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)