Oujgorod, base arrière de la résistance ukrainienne

Oujgorod, la capitale régionale ukrainienne située près de la frontière slovaque, "est l'autre ville avec Lviv à partir de laquelle s'organisent la résistance et le soutien aux victimes des combats". Avec deux versants humanitaire et militaire. Chroniques de Oujgorod, de notre envoyé spécial Jacques Duplessy.

Avec Lviv, Oujgorod est l’autre ville à partir de laquelle s’organisent la résistance et le soutien aux victimes des combats. Côté pile, le versant humanitaire : pour permettre aux populations directement touchées par la guerre de tenir, plusieurs ONG ainsi que l’État organise le soutien des populations civiles. La région de Transcarpatie dispose d’un immense entrepôt situé près de la frontière hongroise dans lequel arrive une partie importante de l’aide internationale. Les ONG locales assurent aussi un soutien régulier. Au Comité d’aide médicale, les listes de demandes tombent quotidiennement en provenance d’autres associations ou de structures de santé situées dans les régions de Kharkiv, Kyiv ou Mariupol. L’association tente d’y répondre tant bien que mal et envoie des chargements par la route à travers un réseau de volontaires. L’État offre aussi gratuitement le transport par train.

Le rail joue un rôle clef dans la résilience du peuple ukrainien. Au plus fort des combats, les trains ont continué de rouler. Ils ont permis l’évacuation de civils, l’approvisionnement en produits de première nécessité, et sans doute le transport d’armes et de munitions. Les cheminots ukrainiens tiennent héroïquement leur réseau. Jeudi un train d’évacuation en provenance de la capitale et à destination d’Ivano-Frankivsk a été pris pour cible. Plusieurs wagons ont été endommagés mais personne n’aurait été blessé, selon les autorités.

Vassiyl,, patron du Sherlock pub, il a fabriqué 150.000 cocktails Molotov
(c) Jacques Duplessy

Le côté face est militaire. Dès le début du conflit, les initiatives ont fleuri. Vassiyl est le propriétaire du Sherlock pub. Le 24 février au soir, sa femme et sa sœur se demandent au dîner comment aider. Les autorités encouragent la population à faire des cocktails Molotov, très efficaces en combat urbain. Alors pourquoi pas contribuer ainsi. Ils vont acheter sur leur argent tout ce qu’il faut et lancent un appel sur Facebook. Très vite, il est dépassé par l’ampleur des réponses. « Les gens sont venus au bar par centaines avec des jerricans d’essence, de l’acétone, du tissus, des bouteilles, du polystyrène. Ces petites billes sont un ingrédient important, ils permettent au feu de se propager dans les moteurs. Certains venaient de loin. On a été très surpris et heureux de cette mobilisation. »


(c) Denis Meyer.

Au total, ce sont 150.000 cocktails made in Transcarpatia qui ont été envoyés sur les lignes de front. D’abord par des volontaires qui parcouraient des centaines de kilomètres vers les lignes de front. « On s’est dit que c’était trop dangereux, alors on s’est tourné vers l’administration régionale, raconte le barman. Les autorités nous ont proposé de les transporter par train. J’espère que ça a permis de cramer un maximum de Russes. » Faute d’essence, ils viennent d’arrêter la production. Désormais, Vassiyl a changé de recette de cuisine : il fabrique des bocaux de viande en gelée pour les soldats. Son café va rouvrir cette semaine. « J’espère qu’on va bientôt faire une grande fête pour fêter la victoire », conclut-il.

Fabrication de filet de camouflage pour soutenir les troupes.
(c) Jacques Duplessy

L’autre moyen de soutenir les troupes est la fabrication de filets de camouflage. Les passants peuvent s’arrêter dans une rue piétonne du centre-ville où un filet a été suspendu sur un grand cadre en bois. Les personnes peuvent fixer des lanières de tissus déposés par d’autres habitants.

Dans plusieurs bâtiments publics, là aussi des volontaires fabriquent ces filets. « On répond à la demande de l’armée, on a fabriqué une centaine de filets de six mètres sur cinq, maintenant on nous demande la taille 12m*1,5m. On s’adapte. », raconte un des organisateurs. Lazariy est déplacé de Kiev, il est venu spontanément offrir ses mains. « J’ai du temps libre ici, alors autant être utile. Je viens trois jours par semaine. Tout ce qu’on peut faire pour aider nos combattants est important. »

Dans le centre ville d'Oujgorod, une femme prie pendant que des personnes assemblent un filet de camoufflage
(c) Jacques Duplessy.

L’autre atout de la ville est son aéroport. C’est un secret de polichinelle qu’il est un des rares du pays à continuer de fonctionner épisodiquement. Et pour cause, il est idéalement situé pour éviter les bombardements : sa piste est juste à la frontière avec la Slovaquie. Très difficile de le viser sans risquer de toucher un pays membre de l’Otan. Les avions doivent même survoler le pays voisin pour se poser. Ces derniers jours, nous avons pu apercevoir deux hélicoptères au-dessus de la ville et un petit porteur militaire en phase d’atterrissage. Impossible de savoir réellement ce qui s’y passe, mais c’est sans doute une des portes d’entrée pour l’aide occidentale.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Dans le centre ville d'Oujgorod, une femme participe à l'assemblage d'un filet de camouflage. (c) Denis Meyer.

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