Viral 10 / Une maladie multiple, et un suspect : la spike

Alors que beaucoup se demandent si la nouvelle hépatite touchant des enfants a un lien avec le Covid, on sait déjà que le virus de ce dernier provoque de nombreuses pathologies dans quantité d'organes, tous liés à un système hormonal que pourrait perturber la protéine spike de SARS-CoV-2. Cela expliquerait une maladie multiple, et pose question sur cette protéine que produisent les vaccins.

D'où vient la mystérieuse hépatite ? Depuis l'alerte émise début avril au Royaume-Uni concernant cette maladie touchant les enfants avec près de 200 cas recensés en Europe à la fin du mois dernier, la communauté scientifique s'interroge, et l'OMS émet des hypothèses. Bien que les virus habituels des hépatites aient été mis hors de cause, la piste infectieuse reste privilégiée, et d'abord celle d'un adénovirus causant habituellement des gastro-entérites. Nombre des enfants atteints par l'hépatite ont en effet été testés positivement à ce virus, mais certains d'entre eux se sont aussi avérés positifs à SARS-CoV-2, et un certain flou demeure car beaucoup n'auraient pas été testés. Est ainsi envisagé un rôle joué par le virus du Covid, éventuellement combiné avec l'adénovirus, en sachant que « l’absence de SARS-CoV-2 lors du test virologique n’exclut pas son implication puisqu’il peut induire des complications auto-immunes post-infectieuses plusieurs semaines après l’infection », comme le souligne le médecin Christian Lehmann dans Libération. Ce dernier relève aussi que ces complications constituent « le seul dénominateur commun » des douze cas détectés en Israël.

« On devrait bientôt être fixé sur l'origine de cette hépatite, mais l'inflammation du foie qui caractérise ce type de pathologie correspond bien à une maladie du covid », estime quant à lui Jean-Marc Sabatier, directeur de recherche au CNRS. Dès le printemps 2020, ce microbiologiste avait publié un article qui prévoyait des effets délétères de l'infection par SARS-CoV-2 résultant de la fixation de la protéine spike du coronavirus sur le récepteur cellulaire humain ACE2. C'est que ce récepteur constitue l'un des maillons du système rénine angiotensine (SRA), un système hormonal essentiel à notre organisme. En occupant ACE2, le virus du Covid l'empêcherait de jouer correctement son rôle de régulateur de l'angiotensine 2, un peptide (courte chaine d'acide aminés) qui arriverait ainsi trop massivement sur le récepteur suivant du SRA, AT1R, et pourrait donc susciter des réactions en chaine impactant de nombreux organes, notamment au niveau inflammatoire. Cela avait incité Jean-Marc Sabatier à pronostiquer précocement que le Covid allait provoquer quantité de maladies différentes, toutes liées à ce dérèglement du SRA. La mystérieuse hépatite pourrait aussi être une conséquence, « sans doute par l'action d'un sous-variant d'Omicron ayant la spécificité de favoriser une inflammation du foie », considère aujourd'hui le microbiologiste.

Une voix de recherche prometteuse

Si le lien entre SARS-CoV-2 et l'hépatite demeure complètement hypothétique, Jean-Marc Sabatier constate en revanche que son pronostic sur la survenue de multiples maladies liées au Covid se confirme depuis deux ans. Ont en effet été observés des problèmes évidemment respiratoires, mais aussi neurologiques, oculaires, auditifs, cardio-vasculaires, cutanés, de diabète ou liés aux cycles menstruels. Or le microbiologiste note que « tous peuvent avoir pour origine un dérèglement du SRA, comme on le savait déjà avant le Covid. Ce SRA et ses récepteurs ACE2 et AT1R sont présents dans tellement d'organes que leur impact s'avère très vaste. En cas de dysfonctionnement, seraient ainsi provoqués ou aggravés un peu partout des phénomènes d'hyper-tension, d'inflammation, d'oxydation, des troubles de la coagulation comme des thromboses ou des maladies auto-immunes, car ce système de régulation joue aussi un rôle essentiel en matière d'immunité innée ». Depuis 2020, Jean-Marc Sabatier étaye son hypothèse SRA avec plusieurs dizaines de publications scientifiques. Il constate notamment dans des revues de la littérature que nombre de travaux corroborent au fil des mois son postulat d'un rôle majeur du SRA dans les maladies liées au Covid. La dernière parue cette semaine dans Molecules concerne le Covid long qui se manifeste entre autres par de la fatigue, des anomalies cardiaques, des troubles cognitifs ou des douleurs musculaires, et, là encore, l'article soutient comme principale hypothèse l'implication et « l'importance du SRA dans la pathogenèse de la maladie ».

Cette hypothèse selon laquelle le SRA occuperait une place centrale dans les maladies du Covid demeure méconnue. J'ai sollicité nombre de chercheurs pour recueillir leur avis, mais la plupart ont décliné la proposition, notamment des virologues avouant ne pas connaître le fonctionnement du SRA et son éventuelle interaction avec un virus. Infectiologue membre du Conseil scientifique Covid 19, le professeur Denis Malvy se montre pour sa part sceptique et considère « assez spécieux de dire qu'un mécanisme pourrait tout expliquer. On assiste bien plus probablement à des mécanismes pluriels, avec des intrications entre le virus, la réponse de l'hôte et certaines contingences qui vont augmenter la gravité de la maladie. » Néanmoins, l'infectiologue reconnait que le lien entre le SRA et le Covid constitue « une voie de recherche prometteuse », et m'apprend même avoir co-signé une future publication sur le sujet. Me vient alors une question renvoyant au processus de dérèglement du SRA décrit par Jean-Marc Sabatier : si la cause en est la fixation de la protéine spike de SARS-CoV-2 sur le récepteur ACE2, cela conduit-il à s'interroger sur une action similaire de cette même protéine produite par les vaccins anti-covid ? « Je ne comprends pas trop votre question », me répond Denis Malvy, avant de mettre fin à notre échange.

Une spike très touchy

Nous entrons là dans un domaine sensible, dans lequel Jean-Marc Sabatier prend une position confinant au tabou. Selon lui, les vaccins à ARN messager ou à vecteur adénovirus présenteraient en effet le risque de provoquer le même type de dérèglement du SRA que le virus lui-même, car ils produisent de la protéine spike afin de susciter une réponse immunitaire. « Cela pose une vraie question, me confie un chercheur en immunologie travaillant dans un labo de l'INSERM. On aurait d'ailleurs dû se la poser avant d'opter pour ce type de vaccin car on savait en fait depuis un article paru dans Nature en 2005 que la spike du premier SARS-CoV, qui se fixait aussi sur ACE2, avait potentiellement un pouvoir pathogène par son action sur le SRA. Cette donnée aurait pu justifier d'envisager un vaccin ciblant autre chose, d'autant que tout miser sur cette spike pose un autre problème, cette protéine constituant la zone du virus qui mute le plus. Or cela conduit à réduire avec le temps l'efficacité du vaccin. Mais on ne peut guère en parler aujourd'hui, car évoquer la pathogénicité de la spike amènerait à se demander pourquoi on en injecte sans distinction à des millions d'individus, ce qui est très délicat dans un contexte de quasi religion vaccinale. »

Pour éviter des ennuis dans sa carrière en devenir, ce chercheur tient donc à rester anonyme, mais fustige une forme d'hypocrisie et « une idée reçue largement propagée bien que fausse selon laquelle l'ARN messager des vaccins Pfizer et Moderna s'éliminerait très vite dans la zone d'injection, alors qu'il a en fait été conçu pour rester stable et qu'on en a retrouvé dans les ganglions jusqu'à huit semaines après l'injection. » La spike produite par cet ARN a par ailleurs été détectée dans le plasma sanguin, et pourrait ainsi circuler de façon persistante pendant au moins quatre mois après la seconde dose, donc pourquoi pas se fixer sur l'ACE2 des organes alimentées par le sang. Jean-Marc Sabatier pense clairement que cela se produit, et le chercheur anonyme estime que « cette persistance de l'ARN et de la protéine spike fait craindre une potentielle toxicité cumulative qui se révélerait avec les doses additionnelles et rapprochées », considérant en outre la piste du SRA comme « une hypothèse tout à fait plausible, et peut-être même la principale voie de recherche à emprunter. » Comme Denis Malvy, il se méfie toutefois « d'une explication universelle de toutes les complications du Covid. Il faudrait déjà la tester avec des expériences sur des animaux. Des recherches restent à mener et on ne peut clairement pas tirer de conclusions définitives, mais Sabatier est loin d'être le seul à penser que le SRA joue un rôle majeur, et ce n'est pas du tout anecdotique. Seulement touchy car on touche à la spike. »

La controverse scientifique traitée comme une fake news

On notera aussi que cette hypothèse du SRA déréglé ne suffit pas pour comprendre la très grande diversité des cas de Covid, l'immense majorité des personnes infectées ne développant heureusement pas de pathologies associées et se contentant de formes bénignes voire asymptomatiques de la maladie. « Différents facteurs interviennent forcément pour expliquer les différences de gravité et de pathologies, et probablement le polymorphisme du SRA qui fait que nous n'avons pas tous les mêmes récepteurs ACE2 et AT1R, avance Jean-Marc Sabatier. Je crois aussi que la carence en vitamine D est déterminante, car elle pourrait enrayer le système de frein du SRA et conduire à sa saturation. Une étude a d'ailleurs montré que 93 % des Covid sévères concernaient des personnes carencées en vitamine D. » La publication d'un essai randomisé vient aussi de constater qu'une supplémentation en vitamine D effectuée chez des soignants à fort risque de contamination au Covid a diminué par quatre les infections, tandis que la pré-publication d'un autre essai clinique conclut à une absence de réduction du risque d'être infecté. Face à ces données contradictoires, manquent là encore des études véritablement incontestables, comme le déplorait le pharmacologue Bernard Bégaud dans une précédente chronique sur Blast. La piste du SRA devrait donc d'abord mener à de nouvelles recherches thérapeutiques utilisant notamment des médicaments permettant de le réguler. Comme y invite une publication australienne évoquant un « agent clé » pour le traitement du Covid ou un essai clinique argentin qui montre une réduction de la mortalité de patients Covid à qui l'on a prescrit du Telmisartan, médicament régulateur du récepteur AT1R.

Bref, le SRA mériterait d'être davantage investigué, même si cette hypothèse touche à la spike et donc à l'éventualité que les vaccins la produisant puissent engendrer les mêmes pathologies que le Covid, ce dont Jean-Marc Sabatier est convaincu. Une position qui devrait susciter de la controverse, mais se retrouve en fait non discutée. « C'est qu'aujourd'hui la controverse scientifique est trop souvent traitée comme de la fausse information, remarque notre chercheur anonyme. Concernant le Covid, le débat scientifique où les professionnels confrontent des points de vue divergents de façon saine et constructive n'a pas lieu. Le dogmatisme débouche sur des politiques sanitaires binaires et rigides, dangereuses car inadaptées à des populations hétérogènes et une situation très changeante. La politique vaccinale française sans nuances et n'évoluant pas avec les connaissances sur le Covid et ses vaccins en est un exemple. Pourtant, quand cela est permis, les experts savent collaborer efficacement dans l'urgence pour produire des recommandations équilibrées et évolutives. » Reste que pour l'heure, s'exprimer en tenant ce genre de propos imposerait donc à un jeune chercheur l'anonymat, faute de débat.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Léo / Blast

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