Viral 14 / Reconnaître l'indésirable

La commission d'enquête parlementaire sur les effets indésirables des vaccins anti covid publie un rapport d'étape qui reconnaît la réalité humaine d'une souffrance jusqu'ici largement niée. L'une des rapportrices, la sénatrice Florence Lassarade, invite à ne plus mettre ce problème sous le tapis et à le regarder en face.

La question des effets indésirables des vaccins anti covid est une problématique délicate, sur laquelle je travaille actuellement bien que le président du Conseil de la stratégie vaccinale, le professeur Alain Fischer, m'ait affirmé que c'était « tout sauf un sujet », refusant de l'aborder car il n'y aurait aujourd'hui rien à en dire d'intéressant. Il a pourtant été auditionné par l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST) qui mène depuis quelques mois une enquête sur ces effets secondaires et leur surveillance. Le rapport d'étape publié la fin de la semaine dernière montre qu'il existe un problème de reconnaissance, celle des personnes souffrant de ces effets qui ont pu se retrouver dans une situation d'errance médicale.

Des cas considérés comme rares, mais réels, comme ont pu le constater les centres régionaux de pharmacovigilance qui ont recueilli plus de 165 000 déclarations d'effets indésirables depuis le début de la campagne de vaccination, dont 24 % qualifiées de graves, d'après le dernier rapport de l'ANSM. Si toutes ces déclarations n'attestent évidement pas d'un lien de causalité entre le vaccin et de multiples pathologies (neurologiques, cardiaques, respiratoires, entre autres), elles ont toutefois conduit à émettre une centaine de signaux d'alerte concernant les différents vaccins, par exemple l'hépatite auto-immune pour le Pfizer et le Moderna, ou l'infarctus du myocarde pour l'Astra-Zeneca. Un travail de pharmacovigilance résultant d'une méthode française qui repose sur l'examen individuel de chaque cas. Le rapport d'étape de l'OPECST note que l'efficacité de ce dispositif quasi unique en Europe a pu être souligné lors des auditions, tout en relevant que « les financements n'ont pas été à la hauteur du surplus d'activité ».

Une transparence nécessaire

Les trois rapporteurs, un député et deux sénatrices, rappellent que la problématique des effets secondaires renvoie au principe de la balance bénéfice-risque, qui doit démontrer que l'intérêt à se faire vacciner est plus important que le risque d'en pâtir. « Cette balance n'est pas le résultat rigoureux et objectif d'une formule mathématique mais le produit d'une appréciation collégiale prenant en compte de multiples paramètres et les incertitudes qui y sont liées », indiquent les rapporteurs, en ajoutant qu'elle « doit être régulièrement actualisée » en fonction de l'évolution des connaissances, de celle de l'épidémie et des populations concernées. Ainsi apparaît nécessaire un « effort d'objectivation et de transparence (…) afin d'éclairer le bien fondé des décisions prises par les instances sanitaires » pour une population où certains ont eu « le sentiment de faire partie d'un essai clinique grandeur nature » avec un nouveau type de vaccin sur lequel le recul demeure relativement faible. Ce qui inviterait à « ne pas trop s'avancer sur les connaissances à moyen et long terme ».

Qu'elle s'adresse à chacun d'entre nous ou à des médecins prescripteurs qui n'auraient pas pour habitude de déclarer des effets secondaires de vaccin, une bonne information facilement accessible sur leur existence et la nécessité de les signaler s'avère importante. Mais est relevé « le fait que peu de médias majeurs aient questionné ouvertement l'intérêt et la sécurité de la vaccination ». Quant à la communication institutionnelle sur les effets indésirables, elle a été « relativement discrète », mis à part le cas des thromboses liés au vaccin Astra Zeneca. Les rapports de l'ANSM témoignent certes d'une information disponible, mais « il faut connaître leur existence pour les consulter et leur contenu n'est pas adapté au grand public », indiquent les rapporteurs en appelant à « faire de la transparence une priorité ». Reconnaissance et transparence, telle semble ainsi être la ligne de conduite préconisée par les trois parlementaires de l'OPECST qui vont toutefois continuer leur travail d'enquête et d'analyse avant de livrer leur rapport final assorti de recommandations. Il devrait être publié dans le courant de l'été, comme me l'a confié la sénatrice (LR) et pédiatre Florence Lassarade avec qui je vais maintenant poursuivre cette chronique de façon inhabituelle sous forme d'interview.

« Pour celui qui est concerné, la statistique importe peu »

Madame la sénatrice, pourquoi l'OPECST mène-t-elle cette enquête sur les effets indésirables des vaccins anti covid ?

La commission des affaires sociales du Sénat nous l'a demandé car une pétition a recueilli cet hiver 30 000 signatures pour appeler à une enquête sur cette question des effets secondaires. Elle a donc estimé qu'il fallait répondre aux inquiétudes. Je le crois aussi alors que le travail de toute ma vie de pédiatre a été de persuader les gens de vacciner leurs enfants. Mais là, on a un produit innovant et il est important d'écouter les plaintes qui peuvent remonter et ceux qui pensent avoir subi un effet indésirable.

Quels sont ceux que vous retenez ?

Les troubles du cycle menstruel reviennent très régulièrement. Il y a aussi les troubles du rythme cardiaque, les acouphènes... On fait face à des choses que l'on attendait et d'autres non, assez troublantes, comme des cas de cécité. Mais il faut bien garder à l'esprit qu'il n'y a pas forcément de relation de causalité avec le vaccin. Je note aussi que des personnes présentent des symptômes de covid long et la question se pose de savoir s'ils n'avaient pas déjà eu le covid, ce qui aurait pu les fragiliser et potentialiser ces symptômes que le vaccin aurait activé. Car on a constaté une réactivation de ce type de symptômes suite à la vaccination chez des malades ayant eu un covid long.

Comment avez-vous sélectionné les personnes à auditionner ?

Nous avons essayé d'équilibrer entre les responsables de la pharmacovigilance, de la stratégie vaccinale et des représentants de sociétés savantes. Des associations nous ont par ailleurs contactés ainsi que des plaignants et nous en avons reçu un certain nombre.

Du côté de ces invités critiques de la politique vaccinale dont certains apparaissent comme des figures du mouvement anti-vax, on s'est plaint que les auditions ne soient pas publiques et filmées. Pourquoi ce huit clos ?

Car les auditions effectuées par des rapporteurs ne sont la plupart du temps pas diffusées. Cela n'a rien d'extraordinaire, mais nous avions aussi besoin de tranquillité sur ce sujet sensible dans lequel on peut faire dire à des courbes mathématiques ce que l'on veut. Certaines de ces auditions ont toutefois été filmées à notre insu et diffusées sur les réseaux sociaux.

Alors que paraît votre rapport d'étape, estimez-vous que le système de pharmacovigilance a permis une bonne remontée des effets secondaires ?

Au début, ce n'était pas évident pour les prescripteurs de faire remonter ces effets, d'autant qu'ils n'avaient guère de temps pour le faire lors des périodes aigües de l'épidémie. Celui qui administre le vaccin peut aussi se sentir responsable en cas d'effet inquiétant, et il n'est donc pas forcément la meilleure personne pour l'accepter. Des choses sont certainement passées inaperçues, mais finalement la plupart des effets remontent car les déclarer se fait assez facilement, aussi bien pour les médecins que pour les particuliers concernés. Certes, seulement 10 % des cas sont généralement déclarés à la pharmacovigilance, mais quand ils sont répétés, on peut les repérer. Et seuls deux cas graves ont permis une alerte sur les thromboses causées par le vaccin AstraZeneca. Après, il faut aussi savoir que disposer de toutes les statistiques liées à une épidémie prend deux ou trois ans, et il est sûr que pour celui qui est concerné, la statistique importe peu.

Comme dans le cas de Marc Doyer qui vient de perdre sa femme morte d'une maladie de Creutzfeldt Jacob qu'il pense liée au vaccin.

Nous l'avons reçu et j'ai trouvé son témoignage poignant, mais les scientifiques disent qu'on ne peut pas établir de lien de causalité. L'investigation est dans les mains de l'ANSM et on verra rétrospectivement en fonction du nombre de cas. Cela peut prendre quelques années. Beaucoup de choses sont dites, et un radiologue anti-vax m'a par exemple affirmé qu'on voyait dix fois plus de cancers du sein depuis la vaccination contre le covid, mais ce n'est pas vrai. Seules les statistiques donnent au final la réponse. Aujourd'hui, beaucoup de gens ont eu le covid qui est une maladie complexe. Et beaucoup ont aussi des maladies trainantes ou latentes qu'un vaccin pourrait activer ou ré-activer. Pour Creutzfeldt Jacob, le problème est qu'elle met des années à se déclarer, donc cela ne paraît pas normal qu'elle soit causée par le vaccin en quelques semaines.

« Des faits considérés comme mineurs alors qu'ils sont sérieux »

Le problème n'est-il pas aussi d'être trop affirmatif quand on assure comme Alain Fischer qu'il n'y a pas de problème d'effets secondaires avec ces vaccins anti covid ?

On lui a mis tellement de responsabilités sur le dos qu'il est sur la défensive. Il est aussi convaincu, et a une responsabilité colossale car son rôle est de rassurer la population sur ces vaccins qui seraient utiles pour tous. Des pédiatres ne sont d'ailleurs pas d'accord avec lui sur leur prescription aux enfants. Je crois qu'on pourra améliorer les choses et nous ferons dans notre rapport final des préconisations en répondant aux demandes de la population, tout en sachant que le mouvement anti-vax peut être parfois d'une mauvaise foi évidente.

De la mauvaise foi peut aussi s'exprimer chez des partisans inconditionnels de la vaccination...

Elle peut certes être des deux côtés, mais le médecin n'a pas intérêt à raconter des salades trop longtemps, car la vérité finit toujours par sortir. Il vaut donc mieux parler du sujet et regarder d'éventuels problèmes en face que de les mettre sous le tapis.

C'est ce qu'a fait la virologue Aure Saulnier lors de l'audition contradictoire publique du 24 mai en montrant que ressortent de bases de données de pharmacovigilance des signaux préoccupants en termes d'hospitalisation, de problèmes cardiaques voire de mortalité. Qu'avez-vous pensé de son intervention ?

Nous l'avions déjà reçue longuement en appréciant son exposé. Elle parle de chiffres réels qu'elle analyse tranquillement. Elle montre notamment que les effets secondaires des vaccins contre le covid sont beaucoup plus nombreux qu'avec celui contre la grippe, et qu'il y a un problème.

Un problème dont on n'aurait pas pris la mesure...

Je l'entends, et c'est pour cela qu'on l'a ré-invitée. Il faut l'écouter.

Pour en arriver à ne vacciner que les personnes pour qui le bénéfice-risque serait clairement positif en raison d'un âge élevé ou de comorbidités ?

Peut-être qu'on arrivera à cela, mais tout dépend aussi de la suite de l'épidémie. L'idéal serait évidemment que chaque médecin puisse administrer à son patient selon son profil le meilleur vaccin disponible, ou décide de ne pas vacciner s'il n'en voit pas le besoin. Mais nous n'en sommes pas encore au stade de donner nos recommandations que nous allons devoir affiner, sans doute avec les scientifiques.

Tirez-vous déjà un premier bilan ?

Nous pouvons d’ores-et-déjà réfléchir sur l'étiologie des mauvaises réactions. Sont-elles liées à d'autres maladies ? Se pose notamment la question de la vaccination des personnes ayant eu un covid long, et aussi celle des enfants. La recherche devrait par ailleurs permettre d'expliquer d'où viennent les troubles de la menstruation. Deux à trois ans seront sans doute nécessaires pour avoir des certitudes sur la causalité de certains effets secondaires. Et, si nous ne sommes pas à l'abri d'une épidémie qui reparte fortement, on est quand même sorti d'un état d'urgence, ce qui permet de souligner des faits que certains considèrent comme mineurs alors qu'ils sont sérieux.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Adrien Colrat

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