François Truffaut, parangon et misère (durable) du cinéma d’extrême-centre

François Truffaut, parangon et misère (durable) du cinéma d’extrême-centre

François Truffaut, c’est la vache sacrée du cinéma français. Plus de 40 ans après sa mort, celui qui se définissait comme un artiste « d’extrême-centre » est encore le symbole du bon gout cinéphilique hexagonal, tant à l’université que dans le milieu du cinéma, ou encore chez les cinéphiles de posture ayant appris à citer les noms qu’il faut citer, souvent sans avoir vu leurs œuvres, ou en se contentant d’un lointain souvenir de ces mêmes œuvres. Pourtant, après des débuts tonitruants, autant critiques que filmiques, François Truffaut est (très) rapidement devenu une caricature de ce qu’il dénonçait fut un temps, livrant un cinéma non seulement parfaitement académique, mais aussi profondément misogyne, paternaliste, aveugle aux réalités sociales et pour tout dire, d’un conformisme éthique et artistique difficilement dépassable. Ce n’est pas forcément un problème en soi et le but ici n’est pas de dégouter ceux qui veulent aimer Truffaut. Cependant, la vénération dont il bénéficie a eu et continue d’avoir des effets concrets, notamment sur l’histoire officielle du cinéma, en invisibilisant d’autres cinéastes victimes de ses excommunications ou en disqualifiant un 7ème art plus engagé. N’est-il pas temps de voir les films de celui qui s’est imposé comme le pape du cinéma français pour ce qu’ils sont et ce qu’ils disent ?

Crédits photo/illustration en haut de page :
Morgane Sabouret