Alain, électricien, EDF hydroélectricité, Lyon

« J’ai un BEP et un CAP d’électromécanique. J’ai été embauché par EDF en 1985 comme releveur de compteur. Mais quand j’ai été recruté, j’ai voulu me former et donc j’ai fait un Bac pro et un BTS mécanismes et automatismes industriels. Au bout de 3/4 ans, j’ai été muté à la direction régionale de Rhône-Alpes de l’hydraulique, pour faire du contrôle électrique dans les centrales.

Tout s’est très bien passé jusqu’en 1996. J’étais basé à Lyon dans un petit service spécialisé dans le contrôle électrique, mais je me déplaçais dans toute la région. J’adorais mon travail. En 1996, on a une réorganisation du service et tous les postes ont été transférés à Saint-Etienne. Mais j’habite à Vienne et j’ai des contraintes familiales qui m’empêchent de déménager à Saint-Etienne. Donc j’ai refusé le transfert. J’avais un collègue qui était dans le même cas que moi.

Nous sommes restés à Lyon. Lui en poste, moi en surnombre sans explications, et sans affectation. Mais comme j’étais l’un des meilleurs dans ma spécialité, j’ai pu continuer à avoir des missions. J’étais l’un des rares à pouvoir faire des expertises sur toutes les usines hydrauliques et les problèmes complexes. Mais mon avancement a été bloqué à partir de 1996, pendant douze ans.

« J’ai été mis au placard… et descendu d’un étage… »

En 2000, il y a eu une autre réforme de structures. J’ai une proposition de poste à Grenoble, que j’ai refusée en raison de mes contraintes familiales. Et là j’ai été mis au placard. Je n’avais plus de travail, plus rien. Ils m’ont même retiré mon ordinateur et descendu d’un étage, sur un plateau où il n’y avait personne.

Je me suis renseigné auprès d’un avocat pour connaitre mes droits. L’avocat m’a dit qu’EDF était en tort. Finalement j’ai appris que j’avais un responsable hiérarchique qui gérait les télécoms et les salariés qui étaient dans la même situation que moi. On était 40 ! J’étais l’un des plus jeunes, les autres étaient proches de la retraite. La plupart en dépression.

Comme rien ne bougeait, j’ai demandé à faire un congé individuel de formation. Comme j’étais intéressé par la psychologie, j’ai demandé à faire une maitrise de psycho. EDF a pris un peu de temps pour répondre, et je l’ai obtenu, à temps partiel, 3 jours par semaine avec les vacances scolaires. Donc j’ai un DEUG, une licence, mais je n’ai pas fini la maîtrise. Et en même temps, j’étais censé travailler pour EDF mais je n’avais toujours rien à faire.

En 2003, comme la législation allait changer, EDF m’a écrit pour me réintégrer, alors que je venais au bureau, et pour une proposition de poste au service d’ingénierie Rhône-Alpes (SIRA). Ils m’ont mis à l’étage de l’état-major à Lyon, au 12ème étage de la tour M+M. Quand je suis arrivé, ils ont cru que j’étais un nouveau cadre supérieur et après ils se sont aperçus que j’étais un salarié mis au placard. J’avais de tout petits boulots, et après j’ai obtenu un document disant que c’était des boulots pour les gens qu’on embauchait durant l’été.

« Ils voulaient me faire craquer »

Mon chef me disait qu’avec mon BTS et ma licence de psycho, j’avais un fort potentiel ! Mais chaque fois que je postulais pour un nouvel emploi, j’étais sabré pour que je ne puisse pas l’avoir. Ils voulaient me faire craquer.

J’ai fini par écrire au PDG d’EDF pour lui expliquer ma situation. Mon chef de l’unité SIRA, 1200 personnes sous ses ordres, était furieux. Il m’a donné le poste le plus pourri du service.

Fin 2007, j’ai été muté au service télécom de la centrale nucléaire de Saint-Alban. Comme ça faisait 12 ans que je n’avais eu d’avancement, j’ai accepté à condition que j’obtienne un avancement. Mon chef d’unité m’a accordé de l’avancement mais il voulait clore le passif des douze années. J’ai saisi le délégué Ethique, qui a confirmé qu’il y avait un gros problème.

A Saint-Alban, le chef de service était très agressif. Il avait déjà fait partir deux salariés en dépression. Quand je suis arrivé, je me suis rendu compte qu’il harcelait le collègue que je devais remplacer, et je lui ai proposé de lui faire une attestation. Je ne pouvais pas laisser faire ça. Mais le chef l’a su.

Du coup, ce chef s’est mis à me persécuter. Alors que je n’y connaissais rien aux télécoms, je n’ai eu ma première formation qu’en septembre 2008, quasiment un an après mon arrivée. Je n’ai eu que des formations à l’environnement nucléaire. Et j’avais du boulot que les autres qui étaient déjà dans le service ne faisaient pas. Donc à un moment, vous avez la pression, vous êtes en burn-out.

A un moment, j’en ai eu marre et je me suis mis en arrêt maladie, suite à une altercation verbale. J’ai demandé à être en accident de travail. Ma hiérarchie a essayé de m’en empêcher. J’ai fait une déclaration d’accident du travail auprès de la Sécurité sociale et j’ai vu un expert, qui a confirmé que les conditions de travail étaient bien à l’origine.

J’ai aussi informé l’inspection du travail de l’ASN, en joignant également le dossier de mon prédécesseur. Et après enquête, l’inspection du travail a écrit qu’il y avait eu des problèmes de management, mais que c’était en train de se résoudre !

J’ai été en arrêt de travail AT (accident du travail) à partir du 15 octobre 2008, jusqu’en 2016. En 2016, j’ai été mis en invalidité. Durant cette période, mon psychiatre qui me suivait a demandé à mon médecin du travail un licenciement pour inaptitude au poste, ce qui aurait eu pour conséquence d’être licencié d’EDF. Il a refusé. L’invalidité a duré deux ans, jusqu’à ma mise à la retraite en 2018.

« Le juge a dit que j’aurais dû porter plainte pour discrimination… »

Entre temps, j’avais saisi les Prud’hommes pour non-exécution de mon contrat de travail. En 2014, EDF a été condamnée à une amende de 30 000 euros.

J’avais aussi demandé une reprise en compte de ma carrière. Ce qui ne m’a pas été accordé. J’ai fait appel, et en appel le juge a rejeté ma demande en disant que j’aurais dû porter plainte pour discrimination. Le juge aurait pu requalifier ma plainte, mais il ne l’a pas fait. J’ai néanmoins gardé les 30 000 euros.

Après comme j’avais été en accident du travail durant huit ans, le médecin du travail m’a proposé 9% de taux d’IPP, donc pas de rente. Je lui ai dit que je contesterai. J’ai menacé de saisir le tribunal, et je n’ai obtenu qu’un taux de 12 %, alors que je ne peux plus travailler. Normalement c’est 66 % d’IPP.

Donc j’ai saisi le tribunal, mais le juge m’a reproché de l’avoir saisi. Il estimait que j’étais un privilégié en travaillant chez EDF. Mais j’avais un avis d’expert m’accordant au moins 20 % d’IPP, donc j’ai eu 20 %. J’ai fait appel, mais il y en pour 4 ou 5 ans…

J’ai aussi saisi le tribunal pour faute inexcusable de l’employeur. La procédure est toujours en cours… »

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