La surenchère sécuritaire d’Emmanuel Macron

Année électorale oblige, le chef de l’État joue la carte sécuritaire pour assurer sa réélection. Mais il peine à convaincre l’opinion.

Vous aimez le bleu ? Tant mieux. À en croire le président de la République, ce sera la couleur tendance de l’année qui vient. C’est, du moins, la volonté qu’il a exprimée dans une interview accordée au Figaro, lundi 19 avril.

« Chaque Français verra plus de bleu sur le terrain en 2022 qu’en 2017 »

Le bleu en question, c’est celui des uniformes de la police nationale et de la gendarmerie. Pour voir la vie en rose, Emmanuel Macron entend mettre les bouchées doubles sur la sécurité. Objectif 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires à la fin du quinquennat.

Derrière cet empressement sécuritaire, il y a les sondages.

Tous convergent pour dire que la sécurité revient dans le peloton de tête des préoccupations des Français.

Selon un sondage IFOP, réalisé à la mi-avril, 69 % des Français considèrent que la lutte contre la délinquance est « tout à fait prioritaire ».

Pourtant, l’exécutif n’est pas resté inactif.

Ainsi, à la faveur du récent plan de relance, le ministère de l’Intérieur a reçu une rallonge d’un milliard d’euros. Excusez du peu.

Il y a ensuite la loi sur la sécurité globale, adoptée le 29 mars. Elle institue dans son article 24 un délit de « provocation à l’identification » d’un policier, d’un gendarme ou d’un agent des douanes « dans le but manifeste qu’il soit porté atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

À ces restrictions, il faut ajouter l’extension de la vidéosurveillance et la légalisation du recours aux drones sans véritables garanties.

La loi de sécurité globale n’est pas le seul gage donné par l’exécutif aux forces de l’ordre et à l’opinion inquiète.

Il faut encore mentionner le Beauvau de la sécurité, cette série de tables rondes internes au ministère, initiée en février dernier. Une consultation elle-même précédée par la réalisation, en 2020, du Livre blanc de la sécurité intérieure, document prospectif qui doit déboucher sur une loi de programmation.

Mais dans cette course au tout sécuritaire, Emmanuel Macron aura toujours une longueur de retard sur Marine Le Pen. Aux yeux de l’opinion, le Front national et son successeur, le Rassemblement national, incarnent l’ordre. Et en politique, les électeurs préfèrent toujours l’original à la copie.

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Visite d'Emmanuel Macron à la police des quartiers de Montpellier le 19 avril 2021 / Guillaume Horcajuelo pool AFP