Régionales: le naufrage persistant de la démocratie

Les abstentionnistes du premier tour ne se sont pas davantage déplacés au second. La classe politique reste dans le déni sur ce malaise inédit dans l’histoire de la Ve République. Jusqu’à quand une démocratie peut-elle fonctionner sans électeurs ?

C’est un formidable bras d’honneur que le pays vient d’adresser à sa classe politique. D’ordinaire, entre le premier tour et le second tour des régionales, on enregistre une augmentation d’au moins 5 points de la participation. Cette fois, l’abstention est restée sensiblement identique. Elle n’a reculé que d’un petit point.

Rien n’y a fait. Ni les engueulades des électeurs comme s’y est abandonné Marine le Pen, ni les repentances hypocrites des uns ou des autres. Ni même la menace fantasmée de l’extrême droite. Plus de 31 millions d’électeurs sur les 47,9 millions d’inscrits ont poursuivi leur grève civique.

Mais pourquoi se seraient-ils déplacés ?


Ils savent bien que, dans ce pays, l’élection décisive reste la présidentielle. C’est elle qui peut tout changer : la politique et les politiques. Ils l’ont vécu en 2017 avec Emmanuel Macron qui a balayé les partis existants et installé à l’Assemblée nationale une armée de clones à sa dévotion.

La leçon a été assimilée.

Comment, encore, les électeurs se déplaceraient-ils quand, sitôt élus, les candidats victorieux viennent leur confirmer que les régionales n’étaient qu’un marchepied pour l’Élysée ? Dès 20 heures, Xavier Bertrand réitérait sa déclaration de candidature à la magistrature suprême. Et quelques instants plus tard, Valérie Pécresse concluait son intervention en affirmant qu’elle voulait « continuer et amplifier » son combat por ses « conviction » et « les valeurs de la république ».

Ce bonapartisme tue la démocratie. C’est le fameux coup d’État permanent que dénonçait au siècle dernier François Mitterrand avant de se couler dans la défroque du monarque présidentiel.

Pour réduire l’abstention, des tartuffes recommandent de passer au vote électronique. Sous-entendant ainsi que les Français seraient des fainéants, incapables de se déplacer jusqu’à leur bureau de vote. À se demander comment ils faisaient auparavant.

Que ces beaux esprits commencent déjà par instaurer la prise en compte du vote blanc et la proportionnelle intégrale aux élections législatives. Alors, peut-être, les Français reprendront le chemin des urnes, convaincus que leur voix influera sur la conduite de la nation. Mais il faudra davantage encore pour que la confiance revienne.

Cet effondrement de la démocratie représentative n’a pas profité au Rassemblement national. Contrairement à ce qu’annonçaient les sondages, le mouvement ne remporte aucune région.

Ses électeurs ne se sont pas déplacés. En PACA, Thierry Mariani est écrasé par Renaud Muselier allié avec La République en marche pour la circonstance. Dans les Hauts-de France, le RN perd 22 des 54 sièges qu’il détenait. En Corse, il n’existe plus.

Marine Le Pen n’est tout simplement parvenue à convaincre ses électeurs que la marche sur l’Élysée passait par la conquête d’une ou deux régions.

Les électeurs du Rassemblement national sont trop en colère pour accepter de se plier, une fois encore, au jeu des élections intermédiaires. Ils veulent que ça change. Maintenant !

En apparence, le vieux monde a retrouvé ses marques. Il y a à nouveau une gauche et une droite.

La disparition de La République en marche, si tant est qu’elle n’ait jamais existé a favorisé ce retour du balancier. Au point d’ailleurs que les rapports de force demeurent identiques. La gauche conserve ses 5 régions. Le centre et la droite voient leurs 7 présidents reconduits. En Corse, l’autonomiste Gilles Siméoni a été réélu.

Le seul basculement est intervenu outre-mer, à la Réunion, avec la victoire d’une liste de gauche conduite par Huguette Bello.

En métropole, la droite crie victoire. Et c’est vrai qu’exprimés en pourcentage, les chiffres sont impressionnants. Renaud Muselier à 57,3 %, Laurent Wauquiez à 55,3 % dans une triangulaire, Xavier Bertrand à 52,37 % dans une triangulaire, Valérie Pécresse à 46 % dans une quadrangulaire…

La droite est de retour. Mais pour confirmer l’essai, il va lui falloir désigner son champion pour 2022 : Bertrand, Pécresse ou Wauquiez. Et l’on sait que chez les Républicains ces affaires-là se terminent toujours dans le sang.

Christian Jacob, le patron de LR devra se montrer habile s’il ne veut pas que son parti explose à nouveau.

À gauche, ce sont les écologistes qui progressent. Même s’ils n’ont pas réussi à l’emporter en région Pays-de-la-Loire avec Matthieu Orphelin. Le nombre de leurs élus dans les conseils régionaux double par rapport à 2015.

À l’automne, les verts désigneront leur candidat à la présidentielle. Ce dernier sera-t-il aussi celui des socialistes ?

Hier soir, Anne Hidalgo, dans un tweet transparent a rappelé qu’elle était toujours une potentielle candidate.

Avec autour de moi une équipe de France des maires et des élus locaux qui portent les valeurs de la république, nous répondrons à ce message. Nous serons à la hauteur de cette attente qui s’exprime partout dans le pays.

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