Résister au totalitarisme en marche

« … On ne peut pas vouloir réformer une société en perdition si l'on ne s'attaque pas aussi aux dégâts et aux destructions qui sont en train d'être infligés à l'imagination, à la culture et au langage… » Jacques Bouveresse

Et je rumine, je rumine, un édito est un exercice de rumination. Et parfois d’illuminations.

Mon cerveau mange des monceaux d’informations. C’est mon herbe à moi.

Je veux dire. Je la mâche et la remâche.

Je vous arrête tout de suite. Je ne la fume pas.

Je zappe, je lis et je regarde passer les trains.

Au départ, je suis plutôt éteint.

J’ai rarement été aussi… découragé parce que je vois.

Il m’arrive de recracher quand c’est vraiment dégueulasse.

Et c’est souvent dégueulasse.

A gerber.

Mais il faut tenir.

A la fin, il subsiste un gout étrange. Mélange de sucre et d’acide.

C’est difficile en ce moment de trouver chemin et énergie dans le bordel ambiant.

Trop de fumée. Trop de mélanges. Trop d’incohérences et d’incompétences.

Trop de petit princes égocentrés qui ne pensent qu’à tirer leur épingle d’un jeu de plus en plus trouble.

On a été servi. On est rassasié.

Sur les derniers mois, le pire du pire, pour moi, a été la manifestation policière devant l’assemblée nationale du 19 mai dernier. On a atteint là une sorte d’acmé.

Où la gauche qui n’en demandait pas tant s’est encore fracassée.

A une tribune, on a quand même entendu ça…

Alors, pour souffler, je regarde des films qui m’éloignent de l’actualité. Pour mieux la comprendre et l’appréhender.

Par exemple Mr Smith de Franck Capra, le naïf candidat au Sénat poussé par les Oligarques qui va se révéler récalcitrant. C’est une scène du début …

Ou Z de Costa Gavras

Ça ne vous rappelle rien ?

Parfois, on croit percevoir une bonne nouvelle.

J’ai revu Gandhi avec Ben Kinsley à son meilleur niveau. La révolte de la plèbe qui prend conscience de sa force contre l’envahisseur anglais

J’étais là à me poser des questions sur l’avenir du peuple et notre incapacité à organiser toute révolte. A voir la gauche s’émietter en mode perdu pour perdu…

Les fictions me ramènent au réel…

Et à Jacques Bouveresse, mort le 9 mai dernier à 81 ans.

« Le "réel" n'est plus qu'un produit fabriqué, conventionnel, utilitaire et transitoire de la science et de la technique, et la réalité de l'homme est celle d'une place vide: "Il n'y a de toute façon plus d'homme, il n'y a plus que ses symptômes."

Je vais faire un édito avec beaucoup d’extraits. Ce sera mon zapping avant d’aller dormir

(j’écris dans la nuit, je me relis au matin, j’enregistre dans l’après midi)

Voilà Pater d’Alain Cavalier

Pourquoi me priver ? Chacun de ces bouts de film dit quelque chose sur ce qui nous arrive.

Mais la fiction aide à contenir le réel.

Celui qui en parle le mieux, c’est encore un Suisse : Jean Luc Godart

C’est une interview relayée par France culture en 2019…

« La démocratie moderne en faisant de la politique un domaine de pensée séparé prédispose au totalitarisme »

Ben voilà on est dans le totalitarisme. C’est donc à cause de la langue qui n’est pas le langage…

L’apogée du modernisme ou plus précisément cette volonté forcenée chez Emmanuel Macron de passer pour moderne et de séduire les jeunes avant l’élection de 2022 a été le show scénarisé et en aucun cas spontané qu’il a livré avec les youtubeurs Mc Fly et Carlito.

Leurs mots. Ce vocabulaire. Ces mimiques.

Même le concert de métal à la fin.

Ça sent l’arnaque à plein nez.

Et ça marche, les plus jeunes biberonnés -j’allais dire décérébrés- au selfie et à TicToc le trouve cool.

J’allais dire, ça pue.

Mais bon, les bruits, les odeurs.

Depuis Mitterrand qui n’était pas moderne même en 1981, nous glissons vers ce totalitarisme. Cette demande d’autorité qui semble émaner du peuple. Il aura fallu trente ans pour que les nouvelles croyances infusent. La peur, l’insécurité, le racisme.

Chirac a joué la charnière, puis Sarkozy et Hollande ont poursuivi l’œuvre de destruction politique.

On l’a pipolisée. On l’a éloignée du social, de l’économie, de la finance. On l’a isolée. On l’a ensuite distribué à tous. Avec des bouffons en passeur de plat.

Hanouna est devenu le meilleur intervieweur de France. Celui que la ministre Marlène Schiappa voit en arbitre du second tour des présidentielles.

Le processus parait inéluctable.

Même cet édito ou l’excellent texte de Lordon qui compare cette situation à un Fury room paraissent dérisoires. Au moins on essaie.

Macron achève en ce moment de boutonner l’uniforme qui lui ira parfaitement le moment venu. À lui ou à l’autre qui attend, quelle différence ? Vous l’entendez le bruit des bottes et des flashball qui va avec ?

J’exagère. Pas sûr. Écoutez…

Ce qui est intéressant dans le propos de Godart, c’est la juxtaposition qu’il fait entre modernisme et totalitarisme en y mettant au milieu la langue.

Cette manière qu’ont les journalistes de cour, ces leaders médiatiques du nouveau monde, pour nous laver le cerveau, nous le retourner avec leur nouvelle logorrée.

Ce qui compte c’est la logorrée. L’afflux.

L’engourdissement.

On ne pèse plus très lourd nous les résistants.

On est cerclés, catalogués, enclavés. On nous prend avec des œillères et des pincettes.

Vous êtes à ce jour 12 000 à nous pousser à continuer. Et ça grimpe tous les jours.

C’est la seule bonne nouvelle de cette édito.

Les autres journalistes, ceux qui polluent les antennes, se présentent volontiers comme des enquêteurs, des spécialistes de l’analyse et du "décryptage » de l’actualité. Il faut les écouter parler. Ils ne cessent par leur discours apparemment safe, d’inventer des dangers et des solutions à ces dangers. Ils nous mettent, à force, réellement en danger.

Ils sont chargés de préjugés, encombrés de jugements, alourdis de précepts. Ils répandent une vision du monde anxiogène, clivante et tellement idéologique. Tellement plus idéologique que la nôtre. Une vision libérale qui pose comme obligatoire la domination d’une classe de super riches, super intelligents, super intégrés, super cultivés.

Non pas super cultivés. Je me plante là. Super riche, c’est bien. C’est suffisant.

Sans aucun doute, cette vision du monde répond à une charte plus ou moins consciente écrite et pensée par ceux qui les emploient. Et qui veulent continuer à grimper dans les classements de Forbes.

Vous avez vu qu’Arnault a un court instant dépassé Jeff Bezos.

Un français champion du monde des milliardaires…

Quelle… honte.

Ne vous moquez pas. Sur Canal ou sur Cnews, avec Bolloré, ils ne s’en cachent plus. Dans les manifs, on leur demande d’éviter de filmer les violences policières. Sur leur table, le lundi en arrivant, ils ont Valeurs actuelles. On n’y trouve jamais l’Huma ou Politis. Le Figaro est presque trop à gauche à C news.

Vous pensez que j’exagère, que je noircis le tableau ?

J’avoue.

Je reconnais parfois… des bonnes nouvelles viennent rompre la monotonie et le délire. Elles sont toujours le fruit d’un effort collectif.

On se remet à croire à un sursaut populaire. Dites populiste si vous voulez. Je m’en fous.

Mais ça ne dure jamais longtemps. Des éclairs de lucidité dans un monde obscur et sans issue visible. On est dans un jeu vidéo. Nos unités de vie s’amenuisent avant le grand chambardement.

Les journalistes, avant les députés et les politiques sous influence, les flics opposés à l’Etat de droit et les militaires factieux, mettent en danger la démocratie.

Peut-être est-il déjà trop tard ?

Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes.

Günther Anders a écrit cela dans "L’Obsolescence de l’homme" en 1956

L’idéal serait de formater les individus dès la naissance en limitant leurs aptitudes biologiques innées. Ensuite, on poursuivrait le conditionnement en réduisant de manière drastique l’éducation, pour la ramener à une forme d’insertion professionnelle. Un individu inculte n’a qu’un horizon de pensée limité et plus sa pensée est bornée à des préoccupations médiocres, moins il peut se révolter. Il faut faire en sorte que l’accès au savoir devienne de plus en plus difficile et élitiste. Que le fossé se creuse entre le peuple et la science, que l’information destinée au grand public soit anesthésiée de tout contenu à caractère subversif.

Bienvenue à Gattaca.

Que nous murmurent les débats médiatiques et autres talk shows incessants ?

Ils disent le déclin du pays, de l’Europe et la nécessité d’un retour de l’ordre. Ils affirment que l’ordre aurait disparu, ils rabâchent que c’était mieux avant.

Nous sommes en permanence mis en garde face à ce déclin. Faire la politique ne fait plus partie des préoccupations centrales de la société.

La politique s’est diluée, liquéfiée en un large fleuve qui noie nos rêves et nos aspirations. Elle est devenue secondaire, même si ce qu'il en reste, renait chaque cinq ans au moment de l’élection présidentielle. Tout semble ici écrit, scénarisé pour nous amener vers plus d’ordre et plus d’autorité.

Plus de richesse pour les nantis. Plus de pauvreté pour les prolos. L’abstention galopante et la lente dilution de la gauche qui, selon les sondages, ne pèse plus qu’un quart des opinions, conduisent à la disparition de toute révolte collective et populaire.

On part battus. On peut faire illusion mais qui croit encore en un sursaut si ce n’est quelques utopistes ?

Comme ceux de 2022 ou jamais…

Le football devrait nous endormir en juin avec la coupe d’Europe qui s’annonce intéressante.

Deschamp a donc rappelé Benzema. La France débarque avec une attaque de feu et un hymne qui vient casser l’ambiance. Enfin, je dis casser. Moi ça me plaisait bien Youssouffa.

Cri mon nom en bleu, note le

C’est le même Youssouffa qui en 2006 s’en prenait à Zemmour et à Marine Lepen

C’est marrant comme les choses changent. 15 ans séparent ces deux textes. Et voilà comment le football devient un instrument politique. Une fois de plus.

Et comment la couleur de peau exacerbe à nouveau les tensions.

Vous avez vu les pubs pour les paris sportifs… Un coup on y met de l’opéra… Un autre on reprend l’hymne de Liverpool… Tu ne seras jamais seul. Tu parles… C’est de la pub black, blanc, pognon, beur…

Ça met de la politique, du modernisme, de l’individualisme, de la mafia, des pelles roulées par des filles qui font parties du décors et qui sont carrossées par LVMH. Ça vante l’idée que l’important c’est de faire vrombir et de se faire reluire dans de grosses caisses, de devenir le caïd de son quartier et de gagner un max de thune. Pour le reste, la politique, la société, on t’emmerde.

Tout se brouille à nouveau.

C’est de plus en plus dur de résister aux pulsions, aux outrances, à la pub et aux communicants. A Mac Fly et Carlito. Ces deux benêts de la République en marche arrière.

Voilà, je vous dois la vérité. Normalement je devais commencer mon édito par le courrier d’une lectrice.

Bonsoir

Je me permets de vous contacter car je pense que vous êtes un homme intègre et juste

Je vous suivais sur le média et maintenant sur blast , vous avez dénoncé et vous continuez toujours de dénoncer le mal qui ronge notre société

D’habitude je prends les choses avec une certaine philosophie et une distance mais aujourd’hui je suis très en colère et j’ai peur pour ma fille et je pense que le racisme jusque-là larvé, caché commence à sortir et à s’exprimer

Ma fille a été invitée cet après-midi à l’anniversaire d’une camarade de sa classe , elle arrive et une des convives l’a agresse verbalement en lui disant , je cite : je suis raciste je déteste les arabes et les noirs .

Ma fille n’a pas réagi , elle est restée jusqu’à la fin de la petite fête

La question est la suivante : en France de 2021 que doit-on faire ? Comment lutter contre ce fléau qui veut scinder la société en deux : entre gaulois et les autres .

Pouvez-vous faire un éditorial dans ce sens , je vous en saurais gré

Bonne soirée

Voilà, chère Nassira, je ne suis pas sûr d’être intègre et juste, ni d’avoir répondu à votre question. Mais j’ai essayé…

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Non ?

Allez salut.

L’homme de masse… doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutiennent devront ensuite être traités comme tels.

Gunther Anders

Crédits photo/illustration en haut de page :
Blast, le souffle de l’info