Roya : Comment reconstruire après la catastrophe ?

Dans la Roya comme ailleurs, la construction de démocraties résistantes à l’échelle locale est un enjeu majeur pour absorber les chocs à venir.

La vallée de la Roya est devenue tristement célèbre le 2 octobre 2020, avec la tempête Alex, un phénomène météorologique hors norme, qui a ravagé ses villages enclavés entre les montagnes françaises et italiennes.

En l’espace d’une dizaine d’heures, 3 mois et demi de précipitations sont tombées sur ces terres des Alpes maritimes. Une catastrophe naturelle directement liée au dérèglement climatique, puisqu’elle est la conjonction de différents facteurs : le réchauffement de l’eau de la Méditerranée, la remontée d’air chaud par le sud et l’arrivée d’une masse d’air froid amenée par la tempête Alex qui venait de frapper la Bretagne .

Les conséquences ont été dramatiques : 9 morts, de nombreuses voies de communication coupées, 35 km de routes endommagées, une dizaine de ponts écroulés, près de 200 bâtiments détruits, une précarisation des habitants et évidemment d’innombrables séquelles psychologiques liées à ces pertes.

Les dégâts se chiffre à 850 millions d’euros pour les 3 vallées : la Roya, La Vésubie, La Tinée.

Près de 8 mois après la tempête, la vallée continue de panser ses plaies. Lorsqu’on la parcourt, il y a quelque chose de glaçant à constater les dégâts causés par les éléments déchaînés. Comment une rivière aujourd'hui si tranquille a pu dévaster en l'espace d'une nuit une vallée toute entière ?

Maisons abandonnées, coupées en deux que l’on appelle désormais maison de poupées, bâtiments fissurés ou en passe de s’effondrer, routes détruites... Les chantiers sont partout. Et c’est dans ce contexte de reconstruction, que l'association Emmaüs Roya a voulu lancer une autre reconstruction, démocratique. Un week-end pour permettre aux habitants d’avoir leur mot à dire sur la façon dont la vallée pourrait se relever après la catastrophe. Un week-end pour dessiner un avenir pour la Roya et proposer un plan d’action aux autorités.

Les 26 et 27 mai, Paloma Moritz et Caroline Delboy sont allées leur rencontre avec une question en tête : Et si cette expérience devenait un modèle pour associer les citoyens à la reconstruction d’un territoire suite à une catastrophe naturelle ?

Un enjeu de taille face au risque de multiplication des phénomènes climatiques extrêmes prédit dans les années à venir.


Caroline Delboy (C)

D’après les observations de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle, c’est l’entraide et la solidarité qui ont primé après la plupart des catastrophes naturelles, du tsunami en Indonésie à l'ouragan Katrina en 2005. Et la vallée de la Roya en est une parfaite illustration. Juste après la tempête, des centaines de personnes, venues des Alpes-Maritimes, mais aussi de Marseille, Tarbes, de Bretagne ou des Ardennes, ont afflué dans la vallée pour venir en aide aux sinistrés. Cette entraide a permis aux citoyens de prendre le relais là où l’Etat faisait défaut.

Dans la Roya, beaucoup d’habitants se sont sentis abandonnés par les pouvoirs publics. La plupart ont le sentiment de ne pas avoir été écoutés et encore moins associés à la reconstruction de la vallée.

C’est la raison pour laquelle Emmaüs Roya a voulu organiser ce week-end de consultation citoyenne. Leur objectif : accompagner les habitants de la vallée dans l'écriture d'une feuille de route sur l’avenir de la vallée.


Caroline Delboy (C)

La journée de travail du samedi a permis aux participants d'écrire un plan d’action sur les questions de mobilité, d’habitat, d’infrastructure, de déchets, de tourisme et d’agriculture qui fera l’objet d’un prochain livret qui sera remis aux autorités publiques.

Mais lors de la restitution de ce travail, le lendemain, seulement deux élus sur la dizaine d’invités ont fait acte de présence.

Pour la suite, l’association Emmaüs Roya espère avoir créé une impulsion qui donnera envie aux citoyens de continuer à se réunir et peser sur les pouvoirs publics. Dès le lendemain de la réunion publique, plusieurs habitants ont pris rendez -vous avec la mairie de Breil sur Roya, ce qui marque un début.

L’association imagine d’autres recours, notamment juridique en utilisant le droit de pétition qui permet aux électeurs de chaque collectivité territoriale de demander l'inscription à l'ordre du jour d’une assemblée (type conseil municipal) d'une question relevant de sa compétence.

L’histoire de la Roya le démontre. La tempête Alex est une illustration de la nécessité de se préparer face aux catastrophes naturelles. Plusieurs experts alertent sur le fait que ce type de phénomène sera de plus en plus dévastateur dans les années qui viennent, particulièrement au nord de la Méditerranée . Pour rappel, deux tiers de la population française est exposée de manière forte ou très forte aux risques climatiques.

Tout comme la pandémie a rendu visibles les immenses failles de notre société, cette tempête a révélé toutes les faiblesses de la vallée de la Roya mais aussi sa capacité de résilience. Et pose désormais exactement les mêmes questions : Faut-il repartir comme avant ? Quelles directions prendre ? Comment envisager l’après ?

Des débuts de réponse ont été esquissées le week-end des 26-27 mai mais tout reste à faire.

Dans la Roya comme ailleurs, la construction de démocraties résistantes à l’échelle locale est un enjeu majeur pour absorber les chocs à venir.

Le 7 juin 2021, Emmanuel Macron a annoncé que l’Etat verserait 572 millions pour aider à réparer les dégâts dans la vallée, une somme « insuffisante » pour des élus qui avaient demandé 1,09 milliard d'euros.

En attendant, la société civile continue de s’organiser partout elle le peut pour reconstruire la vallée…

Pour aller plus loin :

Crédits photo/illustration en haut de page :
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