Vidéosurveillance intelligente, un danger pour nos libertés ?

La ville de Suresnes, en région parisienne, a passé un partenariat avec l’entreprise XVII pour relier ses caméras de surveillance à des algorithmes d'intelligence artificielle. Est-ce un pas vers la ville de demain ou un danger grave pour les libertés des citoyens ? Débat.

Une centaine de caméras de surveillance, autant d'yeux capables d’analyser les rues, la voirie ou les routes d’une ville. Le logiciel proposé par l’entreprise XXII repère les événements anormaux pour permettre à l’opérateur des caméras d’être plus efficace. Son PDG, William Eldin explique :  “XXII Smart City, est un logiciel qui permet d’analyser en temps réel les flux vidéo d’un réseau existant. On vient paramétrer un certain nombre d’alertes qu’on veut voir sur les caméras. Ces alertes-là sont de la détection, du tracking d’objets, d’événements, avec des règles. Ni plus ni moins. Ce logiciel là permet à l’opérateur de détecter tout un tas de choses et d’événements qu’il aura pré-paramétré avant. Donc il permet, au lieu de regarder 300 caméras en même temps, de pouvoir n’avoir que les alertes qui nous sont importantes pour la gestion de notre territoire. Mais on peut aller bien plus loin que ça, c’est ça la modularité, le côté intéressant de la solution.”

Investir d’autres domaines que la sécurité

En somme, les créateurs d’algorithmes d’analyses visuels promettent de faire sortir leurs technologies du champ tout sécuritaire pour les faire intégrer les domaines de l’écologie ou de l’aménagement urbain. William Eldin ajoute : “Dans un temps un, pour un discours de vérité, c’est la police municipale qui gère les centres de supervision urbains. Donc la police municipale, a des objectifs de sécurité, de sûreté, de contrôle du territoire. Mais la sécurité est un petit retour sur investissement, alors qu’avec des domaines comme l’éclairage public, potentiellement, on peut éteindre les lumières dès qu’un humain est détecté. Là, on vient chercher des économies d’énergie, des économies d’électricité. On arrive, d’après nos calculs et nos essais en cours, à baisser de 70% la consommation électrique d’une ville, ce qui est énorme.”

Vers la biométrie et la reconnaissance faciale ?

Mais pour Benoît Piédallu, de l’association la Quadrature du Net, cette technologie est par essence un danger pour les libertés individuelles. “Ces outils-là, en réalité, permettent d’aller beaucoup plus loin et de faire de la détection comportementale. De la détection biométrique, même sans aller jusqu’à la reconnaissance faciale, qui est capable de détecter des silhouettes humaines, et des comportements liés aux silhouettes humaines. Et même, dans la démarche des individus, de détecter un individu parmi d’autres grâce à sa démarche. Ça va extrêmement loin. Evidemment, le nec plus ultra, c’est la reconnaissance faciale qui va permettre de faire de la comparaison avec des bases de données qu'on a déjà. Le fichier aujourd’hui des titres électroniques sécurisés, le fichier TES, contient des millions de photos de personnes, et pourra demain permettre d’être une base de comparaison avec ce que les caméras, qui seront posées dans la rue, connectées à des ordinateurs d’analyse d'images, seront capables de récupérer sur les visages des individus qui sont dans la rue.”

Pour les détracteurs des programmes d'analyses automatiques de flux vidéo, le danger est trop important avec ces technologies. Ils soulignent également que la CNIL censée chapoter ces questions ne fait pas son travail et n’a, de toute façon, pas de moyens de coercition.

En France, près de 500 communes ont commencé ou réfléchissent à tester ces solutions sur leur territoire. Et pour Suresnes, la CNIL devrait rendre son avis avant l’été.

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Infographie Blast