Vous êtes plutôt Bloody corruption ou Moretti dry?

Regardez ma mine réjouie.

Regardez mes mains de travailleur médiatique.

Regardez mes yeux rieurs mais fatigués.

Pourquoi croyez-vous que je me présente devant l’œil d’une caméra ?

Qu’est-ce qui peut me motiver ? Me faire sortir de la douce torpeur de ma vie à la campagne entre ruisseaux à grenouilles et forêts luxuriantes?

Montrer ma gueule sur des écrans de smartphones? Je n’aime pas ça.

Exhiber mon érudition ? Je ne suis pas érudit. Je n’ai même plus le temps de lire les livres qu’on m’envoie, depuis que je me suis remis à nager avec les squales et les grands requins noirs de l’actualité. Ceux qui racontent le monde tous les jours.

La fabrique du consentement

Viols. Incestes. Covid. Macron. Lepen. Confinement. Vaccin. Véran. Vous l’entendez ce bruit entêtant ? Cette musique lancinante qui pénètre nos cerveaux. De nos matins radio à nos nuit zapping. C’est un bruit qui finit par créer chez nous une somnolence et

des réflexes pavloviens.

Manufacturing consent. La fabrication du consentement. Noam Chomsky.

Avoir vu ce film et avoir longuement parlé avec Noam Chomsky a changé ma vie, m’a redonné goût au journalisme.

On voudrait que le bruit s’arrête. Mais tous les jours au réveil, le bruit reprend. Même dans nos rêves, le bruit s’est installé.

Vous serez bientôt 10 000 à vous être abonnés à Blast. Et nous allons dépasser la barre des 800 000 euros de dons. Peut-être qu’elle sera dépassée au moment où vous allez vous connecter.

Vous êtes notre assurance vie.

BLAST, un nouveau son sur une scène médiatico-politique en pleine décomposition.

Si on fait Blast ensemble, c’est pour inventer une autre musique. Et d’abord construire un mur anti bruit. Accéder au silence. Puis faire entendre des voix et des sons différents.

Je voudrais parler de justice et de journalisme.

Je ne sais pas si vous avez remarqué la concomitance de plusieurs évènements.

La condamnation de l’ancien ministre de la défense François Léotard. La relaxe de l’ancien Premier Ministre Édouard Balladur. La condamnation de l’ancien Président de la République Nicolas Sarkozy. La réforme de la justice de l’ancien avocat Éric Dupond Moretti. Le renvoi en correctionnel du magnat de la presse et des containers Vincent Bolloré. Les attaques répétées contre l’association Anticor. La publication par le consortium des journalistes de l’enquête sur les comptes cachés des fraudeurs à Luxembourg. La révélation d’un sondage accablant pour la justice de ce pays. Moins d’un Français sur deux y croit encore. Il n’y a que les journalistes qui font pire.

Tout cela s’est déroulé dans les deux semaines qui viennent de s’écouler.

Je vais secouer le shaker médiatique. Et en faire un édito à boire lentement. Ce sera mon cocktail du jour. Appelons-le le Bollosarko ou le Bloody corrupt. Le Gin Flouz ou le Moretti dry.

La Cour de Justice de la République a été inventée, sous François Mitterrand, pour juger les ministres en exercice. Et pour les protéger. L’affaire date de 1995. On est en 2020. Vous vous souvenez de l’attentat de Karachi. Beaucoup pensent qu’il est la réponse à des rétro-commissions sur des ventes d’armes qui ne sont pas revenus au Pakistan. Qu’à cela ne tienne, après 25 ans d’instruction, malgré le renflouement de ses comptes de campagne grâce à un virement opportun de dix millions d’euros, le vieux Balladur, 91 ans au compteur, a été relaxé alors que son ministre de la défense, le fringant François Léotard, 78 ans aujourd’hui, a été condamné à 100 000 euros d’amende et à deux ans avec sursis. Léotard est fou furieux. Et on le comprend. « J’ai honte pour la justice française » a-t-il dit en apprenant sa condamnation.

Nous aussi, on a honte.

On a souvent honte quand on pense à elle.

Souvent, mais pas toujours.

Au même moment, après sept années de procédure, Nicolas Sarkozy était condamné dans un des dossiers qu’il traîne depuis qu’il a raté la marche et l’immunité présidentielles. Lui, c’est vingt millions d’euros qui ne sont pas justifiés dans ses frais de campagne, sans compter les dollars de Kadhafi. Mais ce n’est pas pour ces casseroles que la justice l’a rattrapé. C’est pour une petite histoire de corruption. Là, les juges ont écouté pendant trois semaines les suspects s’ébattre et se débattre. Ils ont été convaincus du fait que l’ancien président était un corrupteur, qu’un magistrat de la Cour de cassation était corrompu et qu’un avocat avait joué les intermédiaires.

Écouter les conversations téléphoniques d’un avocat, ce n’est pas ce qu’on fait de mieux en démocratie. S ‘appeler Paul Bismuth non plus.

Dès l’annonce du verdict, on a eu droit aux attaques en bonne et due forme sur les plateaux télé. Le summum de l’obscénité étant Nicolas Sarkozy comme en pantoufle dans le salon de son copain Martin Bouygues à TF1.

Il n’a pas accusé les juges d’être des petits pois, comme autrefois. Non, là c’était justice de classe. Magistrat haineux contre monarque immaculé. Regardez comme je suis innocent. Quand la justice le relaxe, elle est juste. Et quand elle le condamne, elle est partiale. Faudrait savoir.

Idem avec le meilleur ami de Sarkozy, Vincent Bolloré. Vous vous souvenez de ces temps bénis où juste élu, Nicolas était allé se reposer sur le yacht de Vincent. C’était cool. C’était très nouveau riche. Après avoir corrompu le président togolais, Vincent Bolloré qui a fait l’essentiel de sa fortune en exploitant les zones portuaires en Afrique, pensait s’en tirer à bon compte en négociant un plaider coupable. Vous savez, cette manière qu’ont trouvée les hommes d’affaires pour échapper à la justice des hommes tout court.

C’est combien pour ma faute. 10 millions ? Allez j’arrondis à douze et on va se finir au bar… Un Moretti dry ?

Tout était calculé. Mais… c’était compter sans la mauvaise blague d’une juge petit pois bis qui a refusé l’entourloupe. Le patron de Vivendi, de Morandini et d’Hanouna, celui qui veut passer les journalistes de Canal plus sport à la gégène, n’avait pas prévu d’être ainsi rattrapé lui aussi par la patrouille. Visage fermé, poings serrés, personne ou presque n’avait imaginé ce scénario.

Avouons-le, revanchards comme nous sommes, nous le petit peuple, avons été surpris – agréablement surpris- par ces sursauts de l’Institution.

C’est tellement rare.

Nicolas Sarkozy, comme Vincent Bolloré, ont eu droit à leur service de presse.

Leur presse de service.

Leurs petits soldats, leurs petits pois.

Le Parisien, Match, le JDD, Cnews, LCI, BFM, le Figaro, le Point, les Echos… Bolloré, Lagardère, Arnault, Pinault, Dassault, Bouygues… On ne va pas mordre la main de celui qui nous nourrit… Et allez, on repart pour un tour… Le bruit, toujours le bruit…

La lutte anticorruption au pilori, la propagande c’est mieux non ?

Il existe un joli assemblage de mots dans le vocabulaire judiciaire. Ministère public. Dans chaque tribunal, un procureur le représente. Il intervient en principe pour sauver du marasme l’intérêt général. Il décide de l’ouverture ou non d’information judiciaire quand des soupçons pèsent sur des élus ou des grands patrons. On a pris l’habitude dans ce pays de voir ce ministère public se coucher face aux pouvoirs. Et de devenir un ministère amer.

Un parquet, c’est fait pour ramper non ?

En matière judiciaire, la République est en marche arrière depuis si longtemps que plus personne ou presque n’y croit à ce service public de la Justice.

Alors des associations portées par des milliers de militants se sont mis à pousser face aux inerties. Elles sont devenues nos ministères publics. Elles pallient aux manques. Vous avez essentiellement Sherpa d’un côté, pour toutes les affaires étrangères. Et Anticor de l’autre pour tout ce qui concerne la France intramuros. Chaque trois ans, on leur donne une carotte et un baton. La possibilité de se constituer partie civile dans des dossiers, histoire de pousser les juges à instruire.

C’est ainsi qu’Alexis Kolher, le deuxième cerveau d’Emmanuel Macron ou Richard Ferrand le président de l’assemblée nationale se sont retrouvés rattrapés par de troublantes affaires de conflits d’intérêt. Eric Dupont Moretti, aussi. Rien ne présage du devenir de ces procédures qui, à l’évidence, vont durer, durer…

Mais bon, avec du recul, on voit bien l’utilité d’Anticor. Nous faire croire encore à une justice vouée à l’intérêt général. A celui du petit peuple.

Mais voilà, cette année, sous Macron la donne a changé. Ce pouvoir aux aguets ne veut pas donner son habilitation à Anticor. Mais il ne sait pas très bien comment s’y prendre car il craint le tollé. Et la fessée. Anticor c’est 6000 adhérents partout en France. 89 groupes locaux. Ce sont 115 instructions ouvertes, grâce à la volonté de militants anticorruption.

Alors ce pouvoir tergiverse. Il envoie Castex, le cascadeur de Macron, au casse-pipe. Ce pouvoir monte des coups. Il faut salir par tous les moyens Anticor. Ce n’est pas très compliqué de trouver deux ou trois râleurs en interne et de monter une opération avec des titulaires de carte de presse complices.

Oui mais ça ne suffit pas. Il faut trouver des histoires de fric. Et là bingo. Il se trouve qu’à Anticor, un milliardaire donne des ronds en douce. Enfin, anonymement. C’est son droit. Il ne veut pas que son nom apparaisse. Le deal se fait sans aucune contrepartie. Ce n’est pas un deal. C’est un don. Le mystérieux donateur est féru de bridge et de mathématiques. Il a fait fortune en vendant des brevets à Microsoft, puis a investi dans l’immobilier et les affaires un peu partout dans le monde, à Singapour comme à Luxembourg. La belle affaire. Il pourrait claquer son blé en allant chasser la Ferrari à Monza, la girafe en Afrique ou la partouze de luxe aux îles Moustic. Personne ne trouverait à redire.

Lui préfère filer un pourboire à Anticor. La France de Macron, de Drahi et de Bolloré lui fait horreur. C’est son droit. Lui, il aimait bien Giscard et il apprécie Montebourg.

Putain, mais tu le connais ce gars ?

Ben oui je le connais, il a voulu financer Blast aussi

Combien il vous a donné ?

20 000 en dons kiss kiss pour la campagne. 20 000 sur 800 000… ça va non ? Est-ce que ça fait de moi un journaliste corrompu ? Est-ce que ce donateur qui veut garder l’anonymat peut ou va exercer une quelconque influence sur notre travail ? Pas du tout. D’ailleurs, Mr le milliardaire, si vous voulez ajouter 100 000 moi je les prends. Ça paiera nos frais de justice quand on nous fera des procès. Ça paiera nos enquêtes aussi… Et je lance un appel à tous les milliardaires. Allez y faites des dons à Blast. L’argent, c’est le nerf de la guerre non ?

Dans le camp d’en face, chez ceux qui attaquent Anticor. C’est 465 millions d’euros qu’ils ont touchés en prêt cautionné par l’Etat. Et près de 800 millions de facilités de crédit. Je ne parle que du groupe Lagardère. Quel est le journal le plus virulent depuis le début contre Anticor ? le JDD. Comme c’est bizarre. Ce même JDD qui défend becs et ongle Macron et Sarkozy. Ce même JDD dont le directeur de la rédaction, sarkophile énamouré, vient d’être défait par la cour de cassation. Mediapart l’avait accusé de travailler en service commandé. Il avait porté plainte en diffamation. Il a perdu. « Une telle participation consciente à une entreprise de désinformation pour protéger un homme politique est manifestement contraire aux règles déontologiques de la profession de journaliste, ainsi quʼà la morale commune » a tranché la Cour.

Blast, en première ligne contre l’inversion des valeurs

Match, le JDD, C News. Ce n’est plus du journalisme. C’est de la propagande. Ceux qui y bossent ont des cartes de presse d’accord. Mais ce sont eux les militants. Pas nous.

Eux et nous, on ne fait pas le même boulot. Ils touchent des salaires et des gros salaires pour faire plaisir aux présidents. Nous on monte Blast pour -entre autres- servir le petit peuple.

On n’est pas nombreux à se battre et à résister. Il faut nous soutenir contre l’armée des petits soldats de cette presse gouvernementale. L’histoire du mauvais procès fait à Anticor est une formidable illustration du rouleau compresseur contre lequel on doit se rebeller.

C’est important.

Bientôt vous verrez, ils vont attaquer Blast car la présidente d’Anticor a participé avec une vingtaine d’autres amis à la création de ce média libre et indépendant. Parce qu’on a en commun cette sainte horreur de la corruption.

Bientôt 10 000 abonnés. Et un million d’entrées. Et dans un an, 100 000. Et dix millions d’entrées. Vous croyez que je blague ? On verra…

Parce que tout est corruption autour de nous. Et que c’est de plus en plus dur de se faire entendre. Tout journaliste est corruptible. Ils ont déjà essayé avec moi. Et ça n’a pas marché. C’est très facile de franchir la ligne. Il suffit d’un moment de relâchement. Et vous êtes fait. Après, impossible de revenir en arrière.

On a imaginé Blast pour résister à cette décomposition de l’univers médiatique.

Observez bien le deux poids deux mesures. Pendant qu’on cherche des poux dans la tête d’Anticor pour des sommes ridicules – des dons de 5000 euros par mois depuis un an- on oublie les montagnes d’optimisation fiscale qui filent à Luxembourg. Le Monde a sorti l’affaire en France. Mais c’est dans un journal luxembourgeois apprécié des milieux financiers que j’ai trouvé les informations les plus intéressantes.

Elles concernent Xavier Niel, le premier supporter d’Emmanuel Macron, le co-propriétaire du Monde, de Télérama, de l’Obs, de Nice Matin, d’Attlantico.

Selon notre décompte, Xavier Niel est le bénéficiaire effectif de plus de 100 sociétés, dans 15 pays et actionnaire dans 98 autres sociétés, dont 25 holdings, la grande majorité commençant par NJJ, comme Niel, John et Jules – le nom de son père et les prénoms de ses deux fils, relate Paperjam.

Et parmi ces sociétés plusieurs, comme le révèle cette fois le Monde, ont un siège à Luxembourg.

Plus généralement, parmi les sociétés de la base OpenLux, plus de 8000 ont pu être reliées à des propriétaires français et ont été crées récemment, après le scandale fiscal des « LuxLeaks » de 2014, explique Le Monde.

Le Luxembourg, vielle connaissance. Vieille immunité. Pourquoi laisser faire ? Ne faudrait-il pas enquêter sur ces sociétés ?

Si Anticor n’obtient pas son habilitation sur la base de cette campagne inique et orchestrée, ce sera table ouverte pour tous les champions de la défiscalisation. Ceux qui s’offrent des journalistes comme on se paie une call girl.

Ecris là. Ecris ça et ferme ta gueule.

On en est là. Je vous assure.

Le justice. Je parle de l’Institution. C’est ce qui fait tenir le pays. C’est un jeu d’équilibre. Les Français peuvent avoir faim, avoir des problèmes de virus, de vaccin, des fin de mois difficile. L’assurance chômage peut les matraquer. Et ça passe. Ça gueule un peu, mais la police est là pour nous amortir.

Mais si la justice craque et si l’injustice devient la règle, c’est foutu. Ce pouvoir le sait et joue avec nos nerfs.

L’affaire Anticor est bien plus qu’un symbole. C’est un rapport de force et un point bascule.

Voyons de quel côté va pencher la balance…

Crédits photo/illustration en haut de page :
Network, Sydnet Lumet, 1976

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