Brigitte Macron : si ce n'est-elle c'est donc son frère (Partie 2)

« Brigitte Macron est-elle un homme ? » Cette question, surréaliste a agité Internet et les médias, jusqu'à s’immiscer au sein des foyers. Blast a retracé l'itinéraire de cette rumeur tentaculaire, relancée cette semaine par une nouvelle ramification algérienne qui a flambé sur Twitter. Enquête en deux parties.

En se basant sur des observations anatomiques, des certificats, montages photo, coïncidences étranges, trous dans les archives, coquilles sur les documents officiels et expertises médicales, Natacha Rey, internaute autoproclamée journaliste, a émis la thèse de la transsexualité de Brigitte Macron. Plus dingue encore, elle serait en réalité Jean-Michel Trogneux, son frère de sept ans son aîné.

Aujourd’hui, la rumeur est relancée alors que Morad El Hattab, qui se définit comme écrivain et géopoliticien, annonce dans l’émission de la médium Amandine Roy (où Natacha Rey s’était exprimée pour la première fois) détenir la preuve que Jean-Michel Trogneux aurait fait ses études à la fac d’Alger, que Brigitte Macron aurait déclaré avoir aussi fréquentée. Chez les partisans de la théorie, cette coïncidence étrange vient raviver l’idée que les deux individus pourraient être la même personne.

À la rencontre de Natacha Rey

Si l’on fait fi de ses accointances avec des figures des milieux conspirationnistes et d’extrême droite que nous avions mis en lumière dans la première partie de cette enquête, les éléments présentés par Natacha Rey posent de nombreuses questions. Personne ne se plongerait autant corps et âme pour un combat sans être persuadé de détenir la vérité, de mener un combat juste. Pour toutes ces raisons, il nous fallait la rencontrer.

Pour arriver jusqu’à elle, il a fallu d'abord montrer patte blanche à ses proches soutiens, qui la protègent comme Cerbère et filtrent quiconque désire la contacter. En cause : la peur de Natacha Rey d'être piégée par des médias « traditionnels » qui seraient à la solde du pouvoir. De fil en aiguille, de contact en contact, nous avons remonté la trace de Natacha Rey jusqu’à atteindre début janvier celui qui pourrait être considéré comme son lieutenant. Au téléphone, il se présente comme le soutien et l’assistant de la saintaise, dont il parle avec beaucoup d’admiration et de bienveillance. Après une heure de discussion, convaincu du bien fondé de notre démarche, il accepte de transmettre nos coordonnées à l’enquêtrice amateure.

Le coup de fil de cette dernière ne s’est pas fait attendre. Le lendemain matin, au téléphone, elle évoque son état d'esprit : « Je reçois des plaintes, j’ai perdu des amis, des membres de ma famille… Quand vous avez tout le monde contre vous, vous savez que c’est la vérité. Si j’avais pas la foi j’aurais pu me foutre en l’air. »

Elle enchaîne directement sur l’affaire : « Ça fait trois ans que je suis persuadée que Brigitte Macron est trans, je l’ai toujours vu à son physique. » Celle qui se défend de toute transphobie ajoute que selon elle, « ceux qui sont au-dessus de Macron et de l'Union européenne » auraient « casé plusieurs transsexuels incognito », comme Begoña Gomez, la femme du Premier ministre espagnol Pedro Sánchez, ou encore Michelle Obama, qui avait été elle aussi la cible de rumeurs et d'enquêtes complotistes similaires en 2017. Elle précise : « Ils font de la propagande pour la théorie du genre et le transsexualisme. Je ne comprends pas ce besoin de normaliser la chose. Ils nous en montrent beaucoup, que ce soit dans la mode ou le cinéma. »

Méfiante, elle explique ne pas vouloir que ses propos soient déformés ou moqués comme ils ont pu l’être dans certains titres de presse. Finalement convaincue de notre volonté de lui donner la parole sans la juger et de traiter l’affaire avec du recul, elle accepte de nous recevoir à son domicile.

Direction Saintes, en Charente-Maritime, où nous avons rendez-vous avec Natacha Rey le 18 janvier.

Telle une ancienne poupée de porcelaine, toute de froufrous vêtue, cheveux blonds bouclés, collants vintage et maquillage à la mode des années 40, l’ancienne employée de magasin bio nous a reçus chez elle dans la petite ville de l’Ouest. Les volets sont fermés, ne laissant que peu de la lumière matinale entrer dans l’appartement. Immédiatement, elle prévient : « Je ne suis pas là pour montrer ma gueule, mais pour la vérité. Je ne fais pas ça pour la gloire, je ne veux pas être filmée. »

Dans son salon tout rose à la décoration sortie d'un roman de Lewis Carroll, au milieu des bibelots fleuris, des services à thé et des sièges en velours pastel, la quinquagénaire raconte les prémices de l'histoire. Sur son téléphone, elle montre des gros plans du visage et des membres de Brigitte Macron: « Ça fait trois ans que je suis persuadée que Brigitte Macron est trans, je l’ai toujours vu à son physique. » commente-t-elle après avoir précisé que son travail est le fruit d'une « démarche sérieuse » et que « c'est la première fois qu'[elle] a des doutes sur le sexe d'une femme. » Elle précise : « Brigitte Macron n'a pas les codes de la féminité, regardez sa démarche. Vous avez déjà vu des Premières dames comme ça ? » Elle insiste lourdement et la liste semble interminable : « Les vêtements, l’attitude, c’est étrange. Elle ne marche pas comme une femme, ne bouge pas comme une femme, elle n'a pas un corps de femme, elle n'a pas une tête de femme. » Si Brigitte Macron ne croise pas les jambes quand elle s’assoit et qu'elle a de « longs bras », c'est qu'elle est un homme. Natacha Rey revient sur les « expertises médicales » qu’elle a si fièrement brandies : elle a consulté son dentiste et il est formel, les quenottes de Brigitte seraient celles d'un homme !

Très vite, les considérations physiques et esthétiques prennent le dessus sur les éléments plus concrets dont elle clame être en possession depuis des mois. Elle est d’ailleurs incapable de nous présenter la preuve du rapport entre son affaire et celle du pasteur Doucé. Le document serait dans les mains d’un avocat qui aurait pour consigne de le transmettre à la presse étrangère si elle venait à disparaître. Natacha Rey nous raconte que c’est une personne du site profession-gendarme.com, où sa théorie avait été republiée, qui lui a fourni le document à sa demande. Le document en question, serait une simple liste de noms, sans contexte ni lien évident avec le pasteur ou son centre, parmi lesquels figurerait celui de Jean-Michel Trogneux. Si tant est qu’il existe, il apparaît compliqué de considérer ce papier comme une preuve d’une relation entre Jean-Michel Trogneux et Joseph Doucé, et de l’implication de ce dernier dans le changement de sexe de la Première dame. Plus nous avançons, plus le château de cartes bâti par Natacha Rey semble bancal.

Sa famille la supplie d'arrêter son labeur et elle est entourée d'une petite poignée d’irréductibles soutiens convertis à sa cause. Elle se défend d'ailleurs de certains raccourcis qui ont été faits : contrairement à ce qui a été annoncé dans plusieurs journaux, Natacha Rey ne serait pas proche de groupes d'extrême droite, ni d'Alain Soral ou de Dieudonné : « J’ai des idées souverainistes et anti-mondialistes, mais je ne suis pas d'extrême droite. Je n'appartiens à aucune organisation, je n’ai jamais eu de parti politique. Je n’ai jamais fréquenté les négationnistes. » assure-t-elle. C'est pourtant à eux qu'elle a transmis son dossier pour publication et par leurs canaux qu'elle s'exprime. Une maladresse, sûrement.

La réponse judiciaire et policière

Natacha Rey raconte à qui veut l'entendre qu'elle et ses proches seraient victimes d'une véritable répression policière dans le but de la faire taire. Une preuve pour elle et ses suiveurs que le gouvernement essaye de les faire taire parce qu'ils auraient découvert la vérité.

Elle a effectivement été placée deux fois en garde à vue. La première fois, en juillet 2021, elle est emmenée à la gendarmerie de Biganos à la suite d’une plainte déposée par Catherine Audoy-Auzière. Persuadée que cette dernière est la véritable mère des enfants de Brigitte Macron, Natacha Rey l'a harcelée par messages téléphoniques afin d'obtenir des informations. Elle explique que les gendarmes lui ont mis la pression pour signer une autorisation d'exploiter son téléphone portable et pour répondre à leurs questions sans la présence d'un avocat : « il faut en faire venir un de Bordeaux, ça reculera l’interrogatoire et ça pourrait vous faire passer la nuit en cellule ». Si Natacha a bel et bien souffert d'abus de pouvoir de la part des gendarmes, leur comportement problématique n'a malheureusement rien d'inhabituel. Selon un avocat spécialiste des violences policières qui préfère garder son anonymat, « mettre la pression pour que les gardés à vue ne bénéficient pas d'un avocat est affaire courante » et ne démontre en rien une volonté politique de la faire taire.

C'est le 20 décembre 2021, soit dix jours après son passage chez Amandine Roy, qu'elle est convoquée une seconde fois, en même temps que ses parents. Au commissariat de police de Saintes, ils sont questionnés à l'écart sur les accointances politiques, les relations et la vie privée de leur fille. « Ils leur ont même demandé si j’étais pour les gilets jaunes ! » ajoute Natacha Rey.

Cette dernière refuse à deux reprises la proposition d'une expertise psychiatrique. Cette fois, un avocat lui est attribué et elle apprend que cette seconde garde à vue à lieu suite à un dépôt de plainte pour diffamation par Brigitte Macron. Cette plainte, également assignée à l'encontre d'Amandine Roy a aussi été déposée... son frère, Jean-Michel Trogneux ! Si ce dernier n'existe pas, comment a-t-il pu porter plainte ? Natacha Rey risque d'avoir bien du mal à expliquer ce nouvel élément.

Les trois enfants de Brigitte Macron se sont également joints à l'assignation pour des faits d’atteinte à la vie privée, atteinte au droit de la personnalité et violation du droit à l’image. Sur le volet civil, une première audience a été fixée au 15 juin devant la 17e chambre du tribunal de Paris.

Contactée par Blast, la vidéaste médium a expliqué avoir été également entendue par la police sans faire l'objet d'une garde à vue, contrairement à ce qu’exprime Natacha Rey. L'objectif de l'audition était de vérifier les dires de la Saintaise.

Natacha Rey affirme également qu'un ancien journaliste de France Télé aurait fait de la garde-à-vue après avoir annoncé vouloir lui donner la parole. Ce dernier a démenti à Blast, expliquant qu'il avait en réalité été entendu par la police dans un cadre tout à fait différent. Rien à voir avec la véritable cabale dont elle explique être victime.

L’avocate de Natacha Rey n’a pas donné suite à nos requêtes.

Où est Jean-Michel Trogneux ?

Un élément pourrait venir à lui seul démonter toute la théorie de Natacha Rey ainsi que toutes ses nombreuses ramifications : Jean-Michel Trogneux. S'il figure bel et bien parmi les plaignants ayant assigné Natacha Rey et Amandine Roy en justice, une question hante autant les convaincus que les sceptiques : si Brigitte Macron et lui sont deux personnes différentes, pourquoi n'existe-t-il aucune photo ou document qui atteste de leur existence simultanée ? Il en existe, et il n'est pas nécessaire d'être un enquêteur chevronné pour les trouver.

Il n'a pas fallu aller chercher très loin la première preuve de l'existence simultanée de Brigitte Macron et de Jean-Michel Trogneux. Elle se trouve dans la série de Faits et Documents sur la prétendue transsexualité de l’épouse du président. On y trouve une reproduction d'un encart du Courrier Picard du 15 avril 1953. La famille de commerçants d’Amiens y énonce : « Anne-Marie, Jean-Claude, Maryvonne, Monique et Jean-Michel Trogneux ont la grande joie de vous annoncer la naissance de leur petite sœur Brigitte. »

Trouvé par l'équipe de la revue d’extrême droite sur un scan du quotidien nordique à la Bibliothèque Nationale de France, ce document est considéré par les acolytes de Natacha Rey comme une fabrication numérique destinée à construire la fausse histoire de la Première dame. Pour cette raison, Blast a recherché la publication dans les archives du Courrier Picard et a trouvé le document papier original de 1953. L'encart est authentique. Si Jean-Michel annonce à huit ans la naissance de sa petite sœur Brigitte, on imagine difficilement qu'ils puissent être la même personne. Nous avons aussi mis la main sur le numéro de la veille, publiant le journal de l'état civil d'Amiens. La naissance de Brigitte Macron, alors Trogneux, y est stipulée. Impossible donc que son « personnage » ait été créé des décennies plus tard lors d'un changement de sexe.

Pourquoi Jean-Michel Trogneux ne se montre-t-il pas, alors qu'il suffirait qu'il le fasse pour que tout l'édifice s'écroule ? Selon une source proche de la famille de Brigitte Macron, ses membres auraient reçu la consigne par le gouvernement de ne pas communiquer sur le sujet. Il faut dire que pour les adeptes de la théorie de Natacha Rey, chaque document, chaque argument, chaque photographie, et même chaque personne en chair et en os pouvant être présentée au public peuvent être considérés comme des faux. Certains ont même déjà des théories : si le frère de Brigitte Macron ne se montre pas encore, c’est parce que le gouvernement cherche un acteur pour jouer son rôle.

Pourtant, Jean-Michel Trogneux existe bel et bien. Il réside toujours à Amiens, à proximité de la célèbre chocolaterie familiale, qui contrairement à ce qu'affirme Natacha Rey, existe toujours. Le frère de Brigitte Macron est loin d’être difficile à trouver et son nom figure sur la sonnette. Un journaliste indépendant contacté par Blast s'est rendu à son domicile et l'a rencontré. Il est d'ailleurs l'homme que certains internautes avisés avaient reconnu parmi les convives sur les images de la passation de pouvoir entre François Hollande et Emmanuel Macron, le 14 mai 2017. Si les années l’ont changé et rendu ventripotent, il ressemble bel et bien aux photographies de lui jeune et partage sans aucun doute l’air de famille des Trogneux.

Bien que l'intégralité des médias et des journalistes français aient été qualifiés d'« aveugles » par Natacha Rey, nul besoin d'un œil particulièrement avisé pour voir que l'homme de 77 ans n'est pas Brigitte Macron. Voilà qui risque d'être difficile à digérer pour ceux qui ne comprennent pas qu'une femme n'a pas besoin de ressembler à une couverture de magazine pour faire preuve de féminité.

Depuis notre rencontre, Natacha Rey nous écrit presque quotidiennement. Devant l’accumulation de preuves invalidant sa thèse, elle ressasse en boucle les mêmes questions alambiquées, renvoyant les mêmes photomontages, parfois à coups de dizaines de messages par jour, rappelant çà et là sa haine des « merdias » et des « journalistes demeurés et corrompus », évoquant le manque d’intelligence des autres, sa « logique et son bon sens étant incompatibles avec leur connerie crasse. »

Quant à la stratégie du silence de l'Elysée, elle semble porter ses fruits puisque la mouvance semble s’essouffler aussi rapidement qu’elle a commencé, et qu’Internet, comme à son habitude, passe déjà à autre chose.

Voir la vidéo : 

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

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