Les dérapages racistes et néonazis de Génération Zemmour

Policiers et militaires qui militent cagoulés avec leur arme de service, tags de croix gammées, chansons nazies… C’est ce que dénonce Christopher, un ancien de Génération Z qui a quitté l’organisation, dégoûté par le racisme et l’antisémitisme qui y règnent. Révélée par le media alternatif local Kawa TV, l’affaire est embarrassante pour les partisans de Zemmour

Christopher est encore effrayé par ce dont il a été témoin : « si j’ai décidé de parler aujourd’hui, c’est parce que ces gens-là représentent un danger pour la démocratie ».

Originaire de Paris, il débarque à Dijon pour la rentrée universitaire. « Je n’étais pas spécialement politisé, affirme-t-il. J’ai rencontré des étudiants de l’UNI (syndicat étudiant de droite), j’ai été invité à une soirée. C’était très sympa. J’ai décidé d’y adhérer ». Mais, à Dijon, « Beaucoup de ceux de l’UNI sont aussi à Génération Z ». Il adhère au syndicat puis rejoint Génération Z quelques semaines plus tard, poussé par ses camarades.

Pour célébrer son arrivée, le 18 novembre 2021, il raconte que le responsable local, J.T. , lui envoie un ignominieux cadeau de bienvenue : une chanson qui donne la nausée, « libérez Maurice Papon », (l’ancien chef du bureau des affaires juives à Bordeaux sous le régime de Vichy, responsable de la déportation de milliers de juifs). Les paroles sont clairement antisémites et constituent une apologie de la déportation des juifs :

 le 22 octobre 1999, Maurice Papon est injustement arrêté en Suisse pour services rendus à l’humanité. Un déporteur de juifs pour sauver les français (…). Depuis 50 ans, on nous a menti à propos du gouvernement de Vichy, ces hommes qu’on nous présentait comme des délateurs étaient en fait nos seuls sauveurs 

« C’est ce qu’ils envoient à tout nouvel adhérent » se désole le repenti. Les zemmouriens avaient une autre chanson fétiche, qu’ils entonnaient régulièrement : « Africaine enturbannée ohé ohé, descends de ton bananier ». Dans son message, J.T. envoie aussi le lien vers un label de rap d’extrême droite. Les titres des chansons sont éloquents : « Fiotte occidentale », « Il est né le divin Adolf », « Sale légume d’handicapé », « Les femmes sont des salopes », « Sale nain », « Sale pédé », « Sale bougnoule » ... « Tout y est, racisme, homophobie, sexisme », relève Christopher.


Des militaires pour les collages d'affiches  

Christopher reste malgré tout 3 mois à Génération Z . Le 5 décembre, lors du meeting de Zemmour, on le voit derrière le candidat, parmi les jeunes de Génération Z. Il prend petit à petit du galon et est nommé responsable de la communication et du recrutement en Normandie. Ce qu’il voit là-bas commence à l’effrayer : « en Normandie, beaucoup de nos membres sont des militaires et policiers en activité. Certains se rendaient aux collages avec leurs armes de service et se cagoulaient car ils ne voulaient pas être reconnus. »

Un militaire partisan de Zemmour, allant aux collages cagoulé.

Malgré tout cela, Christopher continue à militer. « C’est comme un endoctrinement. Au début, ils se présentent comme plutôt modérés, puis, de plus en plus, quand vous rentrez dans le cercle restreint, ils se lâchent. Mais on est embrigadé, on perd ses repères, et je dois être honnête, à un moment j’y croyais vraiment. » Mais il finit par ouvrir les yeux : « là, je me suis dit que ça allait trop loin. J’ai prévenu la hiérarchie nationale notamment Stanislas Rigault, de ces graves dérives. Mais jamais de réponse. Ils s’en foutent ».

J.T avec Eric Zemmour

À partir du mois de janvier, Christopher  joue double jeu. Il prend contact avec des mouvements de gauche pour leur dévoiler les faits. Alors que pour des raisons de sécurité, le déplacement du candidat à Dijon est tenu secret jusqu’au dernier moment, il prévient à l’avance un syndicat de gauche radicale du meeting de Zemmour à Dijon, le 29 janvier.

Croix gammées taguées par Génération Z à Dijon 

En parallèle, il acquiert la confiance grandissante de ses camarades de Génération Z. Il participe à des collages, et, dans la nuit du 14 au 15 février, ça dérape franchement. « Les militants étaient excités, et, à côté des affiches, ont tagué des croix gammées ». Il prend des photos discrètement, sans pouvoir cadrer les autres militants zemmouriens. « Ils sont ensuite partis vers les Grésilles, un quartier sensible de la ville, où vivent beaucoup de personnes d’origine africaine et maghrébine. Ils adorent ce genre de provocs, armés de gazeuses et battes de baseball. J’ai refusé de les suivre, je me doutais qu’ils allaient encore dessiner des croix gammées. » Effectivement, le 17 février, France 3 Bourgogne parle de svastikas dessinées sur les murs aux Grésilles. Dans les groupes de discussion Telegram de l’UNI et de Génération Z, il y a aussi parfois des références au nazisme.

Croix gammées, sur le mur d'un amphithéâtre de l'université de Dijon.


Peu après, Christopher quitte le mouvement. Mais les dérives nazies des zemmouriens dijonnais ne s’arrêtent pas là. Maxime Brunerie, le militant d’extrême droite qui a tiré sur le président Jacques Chirac le 14 juillet 2002, revient dans la région. Sur sa page Facebook, Brunerie qui jouait les repentis à sa sortie de prison en 2007, poste une photo aux côtés de Iannis Moriaud, ancien de l’Action française (monarchiste), responsable de l’Uni et de Génération Z. En arrière-plan, des tasses avec des croix gammées et un drapeau nazi.


Contactés par Blast, ni Moriaud, ni J.T., ni l’entourage d’Eric Zemmour n'ont souhaité nous répondre. Quant à Christopher, qui a été menacé après son départ du mouvement, est parti se mettre au vert, le temps que ça se calme.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analyse, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)