Viral 2 / L'immunité face au Covid façon Olivier Veran

Olivier Véran a déclaré qu'une injection de vaccin était égale à une infection pour l'obtention du pass vaccinal. Une doctrine qui ne colle pas à la connaissance scientifique en matière d'immunité et impose de rajouter une dose.

Mise en œuvre cette semaine, la modification des conditions d'attribution du pass vaccinal devrait conduire des millions de Français à s'en voir privés, faute de rappel et en application de la nouvelle doctrine immunitaire d'Olivier Véran. Il l'a présentée sur BFM TV le 2 février en répondant à la question d'une certaine Sabrina qui lui demandait quelle publication scientifique justifiait de réduire le délai entre deux doses de vaccins de 6 à 4 mois pour l'octroi du précieux sésame. En guise de réponse, le ministre a déclaré que notre système immunitaire se devait d'être « stimulé au moins trois fois », soit par une infection au covid, soit par une injection vaccinale. Car « une infection égale une injection », affirmait-il, après avoir précisé qu'il faudrait tout de même « au minimum une dose de vaccin ».

Ceci m'amène à vous parler aujourd'hui des deux types d'immunité susceptibles de protéger face au Covid, celle dite naturelle résultant d'une infection, et celle que procure un vaccin. Sont-elles égales comme le laisse penser le ministre ? L'année dernière, on a pourtant pu entendre que la protection offerte par le vaccin était supérieure. « Je l'ai moi-même dit après m'être fait influencer, confie Eric Caumes, chef du service d'infectiologie à la Pitié Salpêtrière. C'est que beaucoup de fausses informations ont circulé, alors que l'immunité naturelle est quasi-systématiquement supérieure pour les malades infectieuses. Des publications le montrent aujourd'hui clairement pour le covid également, mais c'est comme si on découvrait la lune ! » Une étude publiée début février estime par exemple encourageant d'avoir trouvé des « preuves de l'immunité naturelle chez les adultes américains en bonne santé non vaccinés jusqu'à 20 mois après l'infection confirmée au COVID-19 », sachant que cette immunité est habituellement assez éphémère avec les autres coronavirus qui peuvent nous enrhumer chaque hiver.

Un système de défense anti-intrus

Sans rentrer dans les détails complexes du fonctionnement de notre système immunitaire, son action de défense spécifique face à un virus repose sur la production d'anti-corps qui vont s'attacher à neutraliser l'intrus identifié, mais aussi sur la présence de certains lymphocytes qui pourront devenir en cas de besoin des tueurs. Deux types de cellules vont ainsi se mettre en action en cas d'infection, avec forcément un certain temps de réaction, ce qui explique que l'on puisse d'abord tomber malade. Se conserve ensuite une mémoire immunitaire, d'une durée variable. Elle permettra de réagir plus rapidement en cas de nouvelle agression grâce à la première stimulation qui aura familiarisé notre organisme à l'intrus. Nous pourrons ainsi l'affronter en étant immédiatement armés, car désormais dotés d'anticorps et de lymphocytes adaptés à certaines spécificités du virus, telle que la protéine de pointe (ou spike) de celui du Covid qui lui permet de se lier nos cellules.

Que ce système de protection résulte d'une infection ou d'une vaccination, la même logique s'applique : cette stimulation du système immunitaire va lui donner de la mémoire. Mais le fait que les vaccins covid exigent dès le départ deux doses illustre notamment que la stimulation vaccinale est moins importante que celle d'une infection. Et même avec deux doses, « les populations de cellules mémoires sont moins stimulées, indique Jean Daniel Lelievre, immunologue et expert à la Haute Autorité de Santé. C'est pour cela que l'on a recommandé un rappel à six mois pour les mobiliser ». Le fameux booster, dont l'effet protecteur a pu surprendre certains chercheurs alors que les vaccins anti-covid, conçu pour la première souche du virus détecté à Wuhan, ne protégeaient plus beaucoup de l'infection contre les derniers variants, tout particulièrement Omicron.

Une expérience naturelle étonnante

Un article de la revue Nature l'a relaté ce mois-ci en s'appuyant sur un rapport ayant « révélé une protection d'environ 60 à 70 % contre l'infection deux semaines après une troisième injection, et une protection contre les maladies graves qui semble forte ». L'immunologiste Mark Slifka trouvait cela « très excitant », et plutôt surprenant, se demandant « pourquoi une troisième rencontre avec un vaccin ciblé sur la protéine de pointe du virus d'origine fonctionnerait-elle contre ce variant qui a plus de 30 mutations » sur cette spike. Face à ce mystère de notre système immunitaire, l'illustre revue scientifique considère que le Covid 19 « a forcé le monde à explorer les subtilités de ce phénomène biologique complexe et crucial ». Et l'immunologiste Donna Farber d'ajouter qu'il s'agit « d'une expérience naturelle étonnante (…), incroyable opportunité d'examiner les réponses immunitaires humaines en temps réel ».

Selon l'immunologiste français Matthieu Maevas, cette troisième dose permet de s'exprimer pleinement à des cellules mémoires qui se sont améliorées en l'absence du virus. « C'est comme si l'on était parti avec une 2cv et qu'on se retrouvait avec une Porsche ! Et cela marche dans différents cas de figure : avec trois doses, avec deux doses puis une infection, ou avec une infection puis une dose. » Vous remarquerez que l'on n'est pas exactement dans la doctrine Véran présentée à la télé, la dernière option ne nécessitant que deux stimulations, l'infection équivaut en fait ici à deux injections. Mais d'ailleurs, « ce qui protège le mieux selon les directives gouvernementales, c'est une infection et une vaccination derrière », m'apprend Jean-David Lelièvre. Et qu'en serait-il avec deux infections sans vaccin ? « La seconde va là aussi stimuler les cellules mémoires et je ne vois pas la nécessité d'avoir autre chose », répond le professeur, contredisant là encore le ministre pour qui la dose de vaccin est nécessaire, même avec trois infections. Peut-être une question de principe...

Omicron la meilleure protection

Pourtant, et puisqu'il faut raisonner avec son temps, donc avec le variant toujours dominant, les comptes pourraient encore être plus simple, car Jean-David Lelièvre finit par me dire que « la meilleure protection, à mon sens, c'est une infection Omicron. » Cette infection naturelle qui pourrait être ainsi la plus immunisante, avec un vaccin qui, même s'il transforme nos cellules en Porsche, reste conçu pour la seule protéine spike d'un virus vieux de deux ans, ce qui limite évidemment son efficacité, surtout au niveau des anticorps, les lymphocytes tueurs s'adaptant apparemment bien mieux aux différents variants. Cela pourrait expliquer la principale, si ce n'est la seule, utilité des vaccins anti-covid : éviter les formes graves. L'infection par le virus, présentant évidemment le risque inhérent à la maladie, offre de son côté l'avantage, si vous n'êtes pas mort, d'une immunité plus large puisqu'intégrant toutes les protéines du virus, avec donc plusieurs angles d'attaques envisageables.

Mais alors que le pass vaccinal devient cette semaine plus exigeant en terme de stimulation immunitaire, en même temps que l'on annonce officiellement dans une grande cohérence sa suspension le mois prochain, un autre type de pass, semblable à celui utilisé en Serbie, aurait-il été envisageable ? Au pays de Novak Djokovic, existe en effet une version sérologique qui offre un laisser passer covid si l'on peut présenter un test d'anticorps positif de moins de trois mois, quelle que soit sa situation vaccinale. « Ce n'est pas bête du tout, et on devrait l'envisager », estime Eric Caumes, en désaccord avec Jean-Daniel Lelièvre pour qui « ils font n'importe quoi en Serbie ! Cela montrerait que l'on a été infecté mais ne dirait pas que l'on est protégé, le test sérologique ne détectant que la première souche du virus de Wuhan ».

Un délai non conforme à la recommandation européenne

Nos vaccins sont pourtant eux aussi conçus à partir de cette souche initiale chinoise, comme me le rappelle le virologue Jean-Michel Claverie. Il estime pour sa part que le souci de la méthode serbe pourrait plutôt être qu' « une sérologie ne vous dira pas si les anticorps sont neutralisant ou pas ». J'avais oublié de le mentionner, mais c'est vrai que l'on produit différents types d'anticorps, et tous ne s'attaquent pas au virus dans cette bataille complexe de l'immunité. Reste que le virologue marseillais estime souhaitable « une sérologie préalable à la troisième dose pour voir si elle est utile », pas vraiment convaincu du côté décisif du booster, et ne voyant pas pourquoi il s'imposerait de façon systématique avec une généralisation de cette expérience naturelle dont nous sommes les acteurs, si excitante car surprenante pour les immunologistes cités par la revue Nature.

Jean-Michel Claverie ne sait pas non plus pourquoi le gouvernement a réduit à quatre mois le délai de rappel, à l'instar des téléspectateurs de BFM TV qui ont pu rester sur leur faim quand Olivier Véran s'est abstenu de répondre à cette question. En revanche, le virologue me fait remarquer que ce délai de quatre mois n'est pas conforme à la recommandation de l'Agence européenne de santé, qui a autorisé de façon conditionnelle la mise sur le marché des vaccins anti Covid. Après évaluation des données du produit Pfizer sur les niveaux d'anti-corps, l'agence a en effet précisé qu'un rappel se devait d'être effectué « au moins six mois après la deuxième dose pour les personnes âgées de 18 ans et plus ». Une période qui ne colle donc pas avec la nouvelle doctrine immunitaire d'un Olivier Véran, visiblement peu regardant sur les chiffres quand il s'agit d'ajouter une dose.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat / Blast

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