Rapport Oxfam : Brisons la "loi du plus riche"

Publié 16 janvier, le dernier rapport d’Oxfam dresse un tableau de plus en plus sinistre des inégalités en 2022. Au moment où la réforme des retraites est présentée comme une absolue nécessité par le gouvernement pour équilibrer les comptes publics, les ultra-riches ne se sont jamais aussi bien portés. Oxfam ouvre la voie de la révolte et de la rupture.

NDLR: Le rapport d'Oxfam est téléchargeable ici.

12 milliards d’euros. C’est ce que devrait atteindre le déficit du système de retraites d’ici 25 ans, selon les estimations moyennes du Conseil d’Orientation des Retraites (COR). La somme paraît astronomique : pourtant, elle ne représente que 2% de la fortune cumulée des milliardaires français en 2022. Avec 544,5 milliards, c’est 58% de plus qu’en 2020.

Un tel enrichissement résulte non seulement d’une conjoncture favorable, mais aussi d’une politique extrêmement généreuse envers les grandes entreprises depuis plusieurs années : résultat, pendant que le pays se débattait face à la crise sanitaire et à l’inflation galopante, les 10 premiers milliardaires français ont accru leur fortune de 189 milliards d’euros. Soit l’équivalent de deux ans de factures de gaz, d’électricité et de carburant pour toute la population. Et la France ne fait pas exception : à l’échelle internationale, les 1% les plus riches ont capté près de deux tiers des richesses produites en deux ans. 

Des gains astronomiques au détriment des plus précaires

Certains ont profité de la crise, mais celle-ci a surtout fait des perdants. En 2022, selon l’enquête CREDOC, 2 Français sur 10 ne sont pas parvenus à payer leurs factures. D’après le Secours Populaire, 10% des Français ont renoncé à se soigner faute de moyens. En 6 mois, les Restos du Cœur ont vu leur fréquentation augmenter de 12%.

C’est dans ce contexte que le gouvernement a annoncé reporter l’âge de départ à la retraite à 64 ans. Travailler plus serait indispensable pour préserver notre système par répartition, selon Elisabeth Borne. Mais doit-on vraiment faire reposer l’équilibre du système sur l’allongement de la durée du travail ?

Des solutions à profusion

Le “There is No Alternative” que scandait Margaret Thatcher dans les années 1980 semble s’être infiltré dans le discours politique majoritaire. Mais pour Oxfam, des solutions, il y en a.

Pour la retraite, déjà : « Taxer la fortune des milliardaires français à hauteur d’à peine 2% permettrait de financer le déficit attendu ». Mais aussi bien plus largement : « un impôt allant jusqu’à 5% sur la fortune des multimillionnaires et des milliardaires du monde entier pourrait rapporter 1 700 milliards de dollars par an, soit une somme suffisante pour sortir 2 milliards de personnes de la pauvreté, combler le déficit de financement des appels humanitaires actuels et mettre en œuvre un plan d’éradication de la faim sur dix ans ». A sommes vertigineuses, possibilités vertigineuses.

Loin de ne recommander que de nouveaux impôts, Oxfam souligne l’importance de la lutte contre l’évasion fiscale. En récupérant ce manque à gagner à hauteur de 60 à 80 milliards d’euros en France, l’Etat pourrait financer hausses de salaire et mesures de protection ciblées sur les plus vulnérables. Tout en évitant de les pénaliser avec une réforme des retraites dont la nécessité est plus que contestable.

Face à l’explosion des inégalités, Oxfam en appelle à une vraie politique de justice sociale et fiscale. Et ce ne sont pas les seuls : pendant que la fine fleur politique et économique se réunit à Davos, plus de 200 millionnaires leur ont fait parvenir une tribune, dans laquelle ils demandent à être taxés davantage « pour notre bien commun ». Preuve qu'ils ont plus de volonté politique que les gouvernements. Si même les millionnaires s’y mettent, c’est qu’il est urgent d’agir. 

Crédits photo/illustration en haut de page :
Philippine Déjardins

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