Brune Poirson, étoile peu durable de la République en Marche

Repartie aussi vite qu’elle était arrivée - directement au gouvernement, par le fait du prince -, l’ex-secrétaire d’État s'est recyclée dirigeante du groupe Accor. L’étoile filante de la macronie a devancé son ex-collègue du gouvernement, Benjamin Griveaux, en plantant ses électeurs début avril. Alors que sa mission parlementaire fantôme s’achève ce samedi, Blast retrace l’histoire d’une fuite et d'une arnaque démocratique.

Ce n'était pas une surprise, mais ce n'était pas tout à fait attendu, non plus. La démission de Brune Poirson, actée le 5 avril dernier, couronne plusieurs années de guerres picrocholines et de coups bas au sommet de l’État, depuis l'avènement de la macronie. La députée LREM de la 3e circonscription du Vaucluse a donc jeté la cocarde tricolore pour rejoindre le groupe hôtelier Accor. Elle en est désormais la directrice du développement durable. Un évènement dont le pdg d’Accor s’est félicité. « Avec l’arrivée de Brune Poirson, écrit Sébastien Bazin dans un communiqué, je souhaite que nous puissions amplifier nos engagements en matière de préservation de l’environnement ». En écho, l'ancienne secrétaire d'Etat du gouvernement d'Edouard Philippe a sobrement souligné son bonheur. « Je suis très heureuse de rejoindre l’un des leaders mondiaux de l’hospitalité ». Welcome.

Rampe(s) de lancement


Avant de claquer la porte de la politique, la nouvelle voix du développement durable d’Accor a construit son parcours, étape par étape. Diplômée de l’Institut d’études politiques (IEP) d’Aix-en-Provence et de la très neo-libérale London school of economics (LSE), l’étoile filante a « mûri » en Inde. Elle y a intégré l'Agence française pour le développement (AFD) et y a rencontré son mari, Nicolas Miailhe, un spécialiste des « technologies émergentes » - aujourd'hui à la tête de sa société basée aux Etats-Unis. Ensemble, ceux qui considérait l'Inde comme « un immense laboratoire », ont créé Sysyphos, un groupe de réflexion consacré à la « révolution et [à] la démocratie numérique, la transformation sociale et environnementale ou leadership de l'Innovation (sic) ».

Dans l’ex-colonie britannique, Brune Poirson a aussi travaillé avec Sam Pitroda, président de la commission nationale du savoir (National knowledge commission) auprès du gouvernement indien de Manmohan Singh. De son mentor, elle dressait un portrait élogieux avec Nicolas Miailhe, encore, dans L'Express en 2013 sous un titre exotique (« L'innovation frugale, une approche du capitalisme indien »). Sam Pitroda était intervenu au CITIX, autre groupe de réflexion (sur le développement urbain durable) créé par le duo Poirson/Miailhe, en 2012. Brice Lalonde et Hubert Vedrine ont également fréquenté ce cénacle. C'est ce même Hubert Védrine qui aidera Brune Poirson à s’implanter dans la circonscription de Marion Maréchal-Le Pen, qu’elle enlève d'un souffle lors des législatives de 2017, l'égérie de l'extrême-droite ayant elle préféré… quitter la politique.

La case Veolia

Dans ce chemin qui l’a menée à la table du gouvernement de la France puis à un passage (furtif) sur les bancs de l’Assemblée nationale, manque un chapitre volontairement laissé de côté : celui de son passage à Veolia. Et pour cause, il est une enquête à lui tout seul.

Brune Poirson  a travaillé au service de la multinationale française de 2012 jusqu'à mi-2014  comme directrice du développement durable (déjà) et de la responsabilité sociale. Quelques mois avant son arrivée, la ville indienne de Nagpur, 2,5 millions d'habitants, devient en novembre 2011 la première du pays/continent à s'engager dans un partenariat public-privé avec Veolia (et un autre opérateur, local) pour la gestion de l'eau potable. Ce mariage donne naissance au consortium Orange City Water.

Détails du partenariat public-privé passé entre la ville indienne de Nagpur et Veolia

Au départ, les objectifs sont clairs, et vertueux. Il s’agit de faire que « chaque citoyen, y compris la population des bidonvilles de Nagpur, [ait] un approvisionnement en eau potable 24h / 24 et 7j /7 qui sera de meilleure qualité et de meilleure pression », comme on peut encore lire sur le site de Veolia India. Brune Poirson aura sa version à elle. Elle s’affichait ainsi en 2017 sur le site de La République en marche: « Je me suis engagée en Inde, aux côtés des plus démunis. J’ai été en charge de gérer des projets de distribution d’eau dans les bidonvilles. J’ai pris la mesure de l’importance cruciale de la bonne gestion des ressources environnementales dans le contexte du réchauffement climatique. »

En réalité, rien ne s’est passé comme prévu. Et il y a loin de cette emphase et ces présentations flatteuses à la vérité des faits. Le travail d'investigation de The Hindu paru en 2017 a démontré l'ampleur de l'escroquerie. Les factures d'eau ont grimpé et l'eau potable n'a pas été acheminée comme promis. Vikas Kumbhare, un député local, parlera même de « la pire pénurie d’eau et la contamination » de la ville depuis 10 ans. En 2013, l'association Les Amis de la Terre avait salué l’exploit en décernant le Prix Pinocchio à Veolia pour saluer « l’entreprise ayant mené la politique la plus agressive en terme d’appropriation, de surexploitation ou de destruction des ressources naturelles ». Pour y parvenir, il avait fallu coiffer au poteau les deux autres nominés, et pas des moindres, Total et la Société Générale.

Ce qui compte, c’est l’impact sur le réel

« Alors que la multinationale se présente en héros apportant l’eau aux pauvres, avait commenté l'association écolo, sur le terrain, les échos sont bien différents : augmentation des tarifs, opacité des contrats de partenariat public-privé, retard des travaux, conflits avec les villageois et les élus locaux. » Dans une entrevue menée par Libération en 2018, Brune Poirson avait peu apprécié que ses interviewers lui posent des questions sur cet épisode de sa vie. Une liberté prise par les journalistes du quotidien qu’elle avait trouvé « déplacé[e] », « vraiment » : « Je n’ai pas aimé l’insinuation que mon travail était du flan. Ce qui compte, c’est l’impact sur le réel. En Inde, étant donné la magnitude du défi de l’accès à l’eau, travailler pour Veolia, c’est plus efficace que pour la plupart des ONG ».

Ce qui compte à l’évidence pour Brune Poirson, c’est surtout écrire sa légende. Mais bon, les commentaires sont libres, l’affaire est entendue. Pas les faits, en revanche : 10 ans plus tard, seuls 25% des habitants de Nagpur reçoivent de l'eau potable chez eux.

Élection, piège à cons

En 2017, portée par l’investiture LREM et la vague submergeant la vieille classe politique, Brune Poirson est élue députée de la 3e circonscription du Vaucluse. Un siège enlevé pour 423 voix de différence. Trois jours plus tard, elle l’abandonne et disparaît de l’hémicycle, appelée par Emmanuel Macron comme secrétaire d'Etat auprès de Nicolas Hulot. Adrien Morenas, son suppléant, apprend la nouvelle par hasard. « Il (Adrien Morenas, ndlr) était dans son canapé et a appris qu'il devenait député en remplacement de Mme Poirson, précise à Blast une source proche, alors qu'il venait de se lancer dans une formation d'ostéopathe. Personne ne l'avait prévenu ! La communication n'est jamais passée entre Adrien et Brune ».

La jeune ministre a beaucoup d'ambition et, ça va généralement avec, de la personnalité. Elle la dévoile petit à petit à ses nouveaux camarades de jeu. Au sénat, elle n'hésite pas à bousculer les vieux barons engoncés dans leurs fauteuils rouges, comme en 2018 lorsqu'elle atomise le LR Gérard Longuet devant ses collègues sénateurs : « Je vous demande de m'appeler Mme la Ministre !, lance-t-elle au vieux soldat de la droite, lui claquant le beignet. Le débat est clos, c'est comme ça et pas autrement ». Elle fait ensuite passer sa loi Anti gaspillage pour une économie circulaire, face à un Medef remonté. Agacé, le patron des patrons Geoffroy Roux de Bézieux va même jusqu'à demander officiellement un moratoire pour repousser ladite loi, à cause du covid. « L’ambition de la loi est la même, elle demeure inchangée, les dates d’application de la loi également », répond la ministre sans sourciller.

Mais sous ses airs de powerwoman indo-word-compatible et de son temps, Brune Poirson agit de la même manière en coulisses. Où plus d’un s’agaceront de ces marques d’autoritarisme.  « Je me souviens du jour où elle faisait signer aux entreprises un contrat d'engagement à Paris, poursuit notre source. Les représentants de Brioche Dorée (la chaîne de restauration rapide, ndlr) étaient bloqués dans le TGV, ils ont envoyé un mail pour prévenir de leur retard...La réunion s'est quand même déroulée et elle a entouré de vert le nom -Brioche Dorée- pour bien montrer qu'ils n'étaient pas là. Et donc coupables, pendant que sa chef de cab la filmait. Quand on est détenteur de la parole publique, on doit se tenir. On a des responsabilités ». Il n’y a pas que les fabricants de viennoiseries qui essuieront ses foudres. Notre témoin a d’autres épisodes en mémoire. Et il est visiblement peu convaincu de l’œuvre laissée derrière elle : « A part les micro-réussites sur sa loi, son parcours est chaotique, cingle notre source. Sur les Assises de l'eau, elle devait piloter un morceau mais c'est Lecornu et Wargon (eux aussi secrétaires d'État auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, ndlr) qui l'ont repris derrière, car c'était mal fait. Un jour, elle a reçu tous les commissaires généraux au développement durable, elle pensait qu'ils étaient tous LREM et leur a lancé « puisqu'on est entre nous, et pas avec les insupportables de LR »... C'était très dur à encaisser, tout ça ».

Une paire de couilles et la poser sur la table

Les âmes sensibles encaissent mal ? Peu importe. Brune Poirson poursuit sa route, tête baissée et une idée bien à elle de son rang. Ainsi une autre fois, au détour d'un plateau télé où le frontiste Sébastien Chenu ne l’a pas laissée parler, elle livre au journaliste de la chaîne sa façon de penser. Précisant qu'elle aurait dû « apporter une paire de couilles et la poser sur la table ».

Celle qu’Emmanuel Macron avait choisie personnellement est désormais incontrôlable. Tout ce ce que le pouvoir en place lui propose, la jeune femme le refuse d'un revers de main : tête de liste aux Européennes ? C’est non. La mairie d'Avignon ? C’est non. Un poste au Quai d'Orsay ? C’est non. Ce qu'elle veut, c'est être ministre, rien d’autre. Mais en juillet 2020, le couperet tombe. C'est la blonde Barbara Pompili qui est choisie pour le portefeuille de l’Ecologie. Et, pas de bol, Barbara n'apprécie pas Brune. Elle n’est pas sur la liste du nouveau gouvernement Castex.

Mission ou démission

En août 2020, la voilà qui revient dans sa circonscription, en Provence. Adrien Morenas, qui a fait le job depuis 2017, doit partir. Laisser sa place, c’est la règle du genre. Problème : elle n'a plus envie. « Personne ne l'a vue dans le Vaucluse depuis qu'elle n'est plus secrétaire d'Etat », confie à Blast le député LR de la 2e circonscription du Vaucluse, Jean-Claude Bouchet.

Les états d’âme de la jeune femme deviennent un problème politique pour son camp : si elle rend son tablier et démissionne, une élection dite « partielle » se déclenchera automatiquement, pour la remplacer. Et le risque de voir un député FN remporter la manche est énorme. Alors, Brune prend sur elle. Elle ne démissionnera pas. Pas tout de suite. Pour l’occuper, puisque siéger au Parlement face à ses ex-collègues du gouvernement est insupportable à ses yeux, elle aura une mission parlementaire. Le genre de bidule qu’on sert aux députés désœuvrés, qui ne veulent plus exercer leur fonction mais ne démissionnent pas. Brune Poirson est donc envoyée au ministère de l'Education nationale pour une mission sur « l'éducation au développement durable. »

Le décret du 5 octobre 2020 signé Jean Castex, confiant une mission temporaire à la députée du Vaucluse

Un chantier majeur, évidemment. Mais avec qui, au fait ? Et comment ? Pourquoi ? Mystère. Le député vauclusien Jean-Claude Bouchet a bien écrit au président du Conseil constitutionnel Laurent Fabius et au chef de l'Etat le 19 avril pour connaître les contours de cette décisive mission. Le mystère est toujours aussi épais. « Je n'ai pas eu de réponse, confirme l’élu à Blast, je vais les relancer car ce n'est pas normal qu'un député ne reçoive pas de réponse à une question posée. Cette mission est sans doute fantôme, c'est un montage politique pour ne pas provoquer d'élection partielle ». Fantôme ou pas, le résultat est là, c’est sans doute le principal. Le temps s'est écoulé et Brune Poirson a abandonné la misère de la vie parlementaire à moins de 12 mois des prochaines élections. Pas besoin par conséquent de reconvoquer les électeurs vauclusiens pour qu’ils se choisissent un (ou une) nouveau/velle député(e). C’est la loi, ça valait bien cet effort.



La loi LO178, qui précise l’exemption d’élection partielle, en cas de démission dans les 12 mois précédant la fin de la législature

La galère du suppléant

Dans le Vaucluse, l’histoire se répète, une fois de plus. Sur place, les citoyens assistent au énième retour du suppléant Adrien Morenas, redevenu député. « Il l’a appris grâce à l'AFP, déplore un de ses amis, Brune Poirson et son équipe ne nous avait pas prévenu, comme d'habitude... C'est fou !». Un souvenir impérissable de plus pour ces ingrats, qui ne voient que le mal partout. « Aujourd'hui, on est définitivement libéré de cette dame, ose carrément notre témoin, elle nous a fait beaucoup de crasses. Et ici, personne ne l'a vue depuis l'été dernier ». Et le même de déplorer « une circonscription abandonnée ». «Vous imaginez qu'elle a été capable de transférer son bureau de députée dans la 5e circonscription alors qu'elle est élue dans la 3e ?! C'est la première fois que je voyais un truc pareil. Tout est à refaire, ici ». La partie n’est pas gagnée, dans la perspective des législatives de l’année prochaine. En effet, on apprendra encore qu’Adrien Morenas « se fait maintenant attaquer par les électeurs du FN qui lui hurlent dessus « Voleurs de siège ! »»... Ambiance.

Loin de ces misérables histoires, Brune Poirson est partie rejoindre Nicolas Sarkozy dans les bureaux d’Accor. Un job à sa mesure. L'activité du géant de l'hôtellerie à travers le monde est comparable à celle « d'une ville de 500 000 habitants vivant jour et nuit » se félicitait son pdg Sébastien Bazin en 2016. Depuis le covid est passé par là, et les chiffres dégringolent au point que le groupe a bénéficié d'un prêt hors-norme de l’État, à hauteur d'un demi millard d'euros. De là à penser que ce recrutement est un juste retour d'ascenseur, il n'y a qu'un pas. « C'est le président qui a fait marcher ses contacts chez Accor, notamment Maud Bailly, l'ancienne collab de Manuel Valls. » assure un de nos interlocuteurs.

Au fait, Brune Poirson désormais dans le privé, quid de sa mission parlementaire - qui courrait rappelons-le jusqu'au 5 juin ? Elle est toujours « active », susurrait-on dans les allées du pouvoir, sans qu’on ne sache ce qu’il fallait entendre par là, ni en quoi consistait ce travail et comment il s’articulait dans un emploi du temps qu’on imagine chargé vu les exigences du privé. D’ailleurs, ce temps à cheval entre activité privée et mission publique « active » n’était-il pas porteur potentiellement d’un conflit d'intérêts, sait-on jamais ? Non, on peut être rassuré : miss Poirson a signé le document de la Haute Autorité, dans lequel elle s’engageait, c’est écrit noir sur blanc, à « s’abstenir de faire usage ou de divulguer des documents ou renseignements non publics dont elle aurait eu connaissance du fait de ses fonctions publiques ». On a un peu de mal à la croire sur parole. Mais la République marche ainsi, sous l'égide d'Emmanuel Macron.

Extrait de l’avis rendu par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP)

Les missionnés

Pour tirer la morale de tout ça, on rappellera qu’il n’y au fond rien de neuf dans cette belle histoire, qui fait honneur à l’engagement. Sauver par tous les moyens le siège de députés démotivés par tous les moyens possibles est une pratique courante dans notre République, très ancien monde en définitive. Elle est d’ailleurs elle aussi plus que jamais « active », sous cette fin de mandature. Le député LREM de la Vienne Jacques Savatier est par exemple chargé d’une mission sur « l'articulation des politiques sectorielles visant à renforcer la cohésion des territoires ». Un titre qui brouille parfaitement les pistes, comme on sait les fabriquer dans la novlangue macroniste.

Pour « articuler » la véritable explication à cette autre indispensable mission, le mieux est encore de lire attentivement ce qu’en dit l’intéressé. Monsieur Savatier s’est confié sans fard dans le quotidien La Nouvelle République, en juin 2020 : « Le gouvernement gouverne, pas le Parlement. Notre groupe LREM a une caractéristique qui pouvait être favorable et qui se révèle être un handicap : les gens qui le composent n’ont pas d’histoire commune, ni de socle de valeurs partagées, et rien n’a été fait pour les construire ». Pour aller au bout de ce constat, le député de la Vienne a logiquement mis sa démission sur la table. Le gouvernement a donc géré sa sortie en l’exfiltrant par un décret qui l'autorise lui aussi à quitter l'Assemblée nationale sans provoquer d’élection partielle. Son siège est naturellement revenu à sa suppléante Françoise Ballet-Blu.


Acte de cessation du mandat de Jacques Savatier. A minuit, le voilà remplacé

Pour prendre le pouls et avoir plus de détails, nous avons contacté le cabinet de Mme Ballet-Blu, mais nos questions ont suscité une méfiance palpable, à l'autre bout du fil : « Ecoutez, nous n'avons pas le temps, contactez plutôt monsieur Savatier. Et si vous voulez son contact, allez sur internet. »

Suprêmes élégances

Mais dans le genre, il y a mieux. Un autre cas, plus cynique encore. La députée Patricia Gallerneau est décédée le 7 juillet 2019. La veille de sa mort, elle avait rédigé sa lettre de démission pour ne pas que son suppléant, le très macron-compatible Patrick Loiseau, avec qui elle ne s'entendait pas, la remplace. Cette fois, le retour aux urnes semblait inévitable. Pourtant il n’en a rien été. La faute à un « problème dans la succession », précise un contact proche du dossier.

« Le service juridique a été saisi, une réponse devait être rendue quelques jours plus tard. Mais rien n'a été décidé et le mardi suivant la plaque de Patrick Loiseau a été posée à la va-vite à la place de celle de Mme Gallerneau, au bureau ». La justification de cet acte qui pue la plus grande élégance ? « La lettre de démission était fausse », a-t-on avancé... Ulcéré, le mari de la défunte a dû joindre la presse pour certifier son authenticité. De son côté, le Conseil constitutionnel, qui lui aussi n’avait sans doute « pas le temps », a botté en touche, prétextant qu'il « n'avait pas les compétences » pour trancher. Pas de temps, pas de compétences, pas d’avis, il faut s’y faire.

Ils n’ont aucune limite

« Ils n'ont pas respecté les dernières paroles de Patricia, constate un témoin direct du dossier, ils n'ont aucune limite. La cour de justice de l'Union européenne a été saisie ». Le temps qu'elle se prononce un jour, Patrick Loiseau aura terminé tranquillement son mandat, et le siège a été sauvé pour la majorité présidentielle.

Ces manœuvres pitoyables, et ces missions bidons en particulier, sont un secret de polichinelle. A dire vrai, tout le monde s’en cogne. « Parmi mes contacts au ministère de l'Education nationale, nous a confié un interlocuteur au fil de notre enquête, personne n'a vu Brune Poirson ces trois dernières semaines ». De toute façon, à quoi bon ? La directrice du développement durable d’Accor n'a aucune obligation de rendre un rapport. Rien ne lui a été demandé, en ce sens. Tout va bien dans ce monde en trompe l’œil, ou faire semblant ne gêne personne.


(C) Maxime Carsel

L’étoile filante de la macronie s’en est allée. Interrogé par Blast pour savoir si lui referait la même chose – parrainer ses débuts en politique – vu ce qui est arrivé, Hubert Védrine nous a répondu d’un seul mot : « Naturellement ». Le titre que son ex-protégée exhibe désormais sur sa carte de visite est sans doute un clin d’œil, là aussi, à ceux qui croyaient en sa sincérité. En l’occurrence, l'ancien ministre de Lionel Jospin serait plus cohérent s'il y mettait un doigt d’honneur.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Maxime Carsel

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