Debout les femmes : celles "qui ne sont rien", mais qui font tout

A l’occasion de la sortie de « Debout les femmes », le nouveau documentaire de François Ruffin et Gilles Perret, Denis Robert reçoit les deux réalisateurs pour un Zoom arrière décapant et émouvant où il va être question de lutte des classes et des femmes, de travail sous payé, du rôle des députés et du combat héroïque des auxiliaires de vie sociale.

Bien qu’invisibilisées, elles furent et elles sont toujours en première ligne pendant toute la pandémie, sans que jamais l’État ne prenne en compte la dureté de leur tâche et l’injustice de leur situation.

Le documentaire commence assez mal. Après avoir défendu les femmes de ménage de l’Assemblée nationale, François Ruffin apprend qu’il va devoir déposer un projet de loi visant à améliorer le statut de celles qu’on appelle les « AVS » ou « auxiliaires de vie sociales » avec le député emmarcheur lyonnais Bruno Bonnell.

« Quelle tête de con ! » entament Ruffin et Bonnell en découvrant leur partenariat forcé. Mais très vite, ce qui ressemblait à un guet-apens va devenir une belle histoire d’amitié entre deux élus que tout oppose.

Le plus surprenant ici est de voir le député macroniste qui, découvrant la dureté de la vie de ces femmes, va prendre faits et causes pour elles. La caméra de Gilles Perret suit les deux députés dans leurs périples politiques afin de faire passer une loi revalorisant le travail de ces femmes oubliés. Elles passent leurs journées et une partie de leurs nuits à torcher, nettoyer, toiletter et accompagner leurs « clients ». Les scènes les plus touchantes du film sont celles où on devine l’intimité et l’abnégation de ces auxiliaires et leurs relations avec les personnes âgées ou les victimes de la vie qui ne peuvent plus s’assumer seules.

Avec Bourvil en bande son qui explique qu’on ne peut pas vivre sans tendresse, Perret et Ruffin, on the road again, montrent la complexité et la nécessité de ce travail largement sous payé. Le salaire moyen d’un AVS, aux horaires élastiques, est de 867 euros par mois. Comment vivre avec si peu ? C’est une des questions principales du film. « On va tous vieillir et on aura tous besoin d’AVS. Donc, c’est bien que notre métier est important » confie l’une d’elle.

On ne peut qu’acquiescer et se demander comment et pourquoi une majorité de députés emmarcheurs va s’opposer jusqu’au bout à l’amélioration du statut de ces esclaves modernes.

On est, dans cet entretien et dans ce film, au cœur de questions politiques fondamentales. Même si elles n’obtiendront pas de statut les protégeant, grâce au duo Ruffin-Bonnell, les femmes de ménage de l’Assemblée nationale vont finalement obtenir un 13e mois qui sera versé à partir de cette année. « Ce film, c’est le début du combat et pas un aboutissement » assure François Ruffin. On ne peut qu’être d’accord et le suivre maintenant en serrant les pouces et en ayant en tête les chants de ces femmes debout, si belles et si courageuses.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Blast, le souffle de l’info

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analysent, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)