Metallica, Iron Maiden & Guns N’ Roses : le retour en force du hard rock des années 1980

A la fin des années 1980, un genre par essence destiné à la marge : le metal, est devenu le temps de quelques années et contre toute attente une musique très populaire. La rivalité montée en épingle par la presse entre les deux grands groupes américains de l’époque : Metallica et Guns N’ Roses a provoqué la vente de dizaines de millions d’albums de ces groupes, tandis qu’en Angleterre, Iron Maiden proposait une version alternative de cette musique, plus progressive.

Dès 1991, un groupe de Seattle : Nirvana, balaye cette mode éphémère avec l’album Nevermind, qui ringardise instantanément les groupes de hard rock, ramenés à leurs pires clichés : machisme, agressivité et coupes de cheveux hasardeuses.

La vérité, comme toujours, est entre ces points de vue extrêmes. Par un curieux choc des actualités, les trois groupes de hard rock les plus populaires des années 1980 sont revenus au cœur de l’actualité à l’automne 2021. L’occasion de dresser les comptes une bonne fois pour toutes !

Metallica : deux coffrets pour célébrer le “Black Album”

Metallica incarne parfaitement le retournement spectaculaire du public lors de la sortie de leur cinquième album - sans titre - surnommé par les fans le « Black album » à cause du noir profond de sa pochette, qui laisse à peine deviner un serpent à sonnettes tapi dans un coin. Si leurs quatre premiers albums avaient été très remarqués par les fans de metal, le groupe n'intéresse alors ni les radios ni les médias en général. Metallica n’a en 1988 jamais réalisé le moindre clip malgré une forte popularité auprès d’un public de passionnés, qui progresse uniquement par le bouche-à-oreille. Inventeur d’un style de musique radical baptisé « thrash metal », le groupe propose une musique virtuose bâtie sur des parties de guitare rapides et élaborées, au son agressif. Les textes particulièrement justes résonnent aux oreilles des adolescents de l’époque en s’emparant de sujets qui les préoccupent : la mort, les maladies mentales, l’injustice, le désespoir.

En 1989, neuf mois à peine après la sortie de l’album And justice for all... Metallica retourne en studio sans grande inspiration. La fatigue se fait ressentir, peut-être aussi une certaine lassitude. Ils décident de recourir pour une fois à un producteur, et recrutent Bob Rock, ancienne gloire de groupes punk éphémères au souvenir déjà délavé par l’histoire. Celui-ci, qui a déjà produit les horribles Mötley Crüe et David Lee Roth (le chanteur de Van Halen), se révèle bien plus directif que prévu. Il oblige les membres de Metallica à jouer ensemble en studio malgré des horaires totalement décalés (une partie du groupe vit le jour, et l’autre la nuit). Bob Rock s’efforce aussi de mettre en avant la basse que l’on n’entendait pas du tout sur l’album précédent. S’agissant des guitares, au cœur de la musique du groupe, il manifeste sa déception sur les propositions du soliste Kirk Hammett, qu’il essaye de pousser à ses extrêmes limites pour obtenir des solos renversants. Les relations se tendent rapidement entre les deux, ce qui ajoute sans doute un peu d’agressivité dans la musique. Surtout, Bob Rock convainc le groupe de ralentir les tempos et de simplifier la structure des morceaux, tout en gardant puissance et mordant. 

Le résultat est une véritable réinvention du “trash metal”, une métamorphose pour Metallica. Sans trahir sa musique ni son exigence, le groupe devient capable de toucher le grand public. Lorsque Metallica part en tournée, 2 millions d’albums ont déjà été vendus aux Etats-Unis. A la fin des concerts, les compteurs dépassent les 5 millions. Ils se décident en conséquence à prolonger la tournée et vendent dans l’intervalle 2,5 millions de disques en plus. C’est le début d’un marathon des stades, qui dure deux ans.

Le disque finit par se vendre dans le monde à plus de trente millions d’exemplaires, et reste aujourd’hui le sommet de Metallica. Le groupe publie ensuite deux albums d’une grande médiocrité (Load, Reload), puis traverse un long désert créatif raconté dans un extraordinaire documentaire sorti au cinéma (Some Kind of Monster), qui les montre en roue libre enregistrer sans conviction en studio sans que rien de bon n’émerge pendant deux longues années.

Metallica reste un grand groupe de scène sans avoir jamais réussi à retrouver la flamme sur disque. Le groupe a réedité cet automne leur album mythique dans un coffret collector qui donne à entendre chaque maquette et riff enregistré à l’époque dans un coffret 15 CD que peu de monde devrait être capable d’écouter dans son intégralité, à moins de finir à l’hôpital psychiatrique. Une version de trois disques (dont un en concert) suffira au commun des mortels. En complément, un autre coffret très intéressant : Metallica Blacklist, propose 53 reprises des morceaux du Black Album par des musiciens contemporains issus des scènes rock (Weezer), metal (Ghost), électro (Sebastian), R&B (The Neptunes) et même jazz (Kamasi Washington). On y trouve à boire et à manger, mais la diversité des interprétations et des musiciens engagés sur le projet démontre l’impact profond de l’album et son influence gigantesque sur l’histoire de la musique populaire.

Iron Maiden : l’éternel retour

En Angleterre, le cas Iron Maiden est bien différent. Depuis sa formation en 1975 (une époque où il inspirait déjà les jeunes membres de Metallica), le groupe a entrepris une longue ascension qui lui a fait connaître la gloire au mitan des années 1980, puis une popularité croissante, jusqu’à pouvoir revendiquer aujourd’hui la couronne de la scène heavy metal après quarante-cinq ans de succès ininterrompu, sans avoir jamais véritablement intéressé le grand public.

(c) John Mc Murtrie

Iron Maiden n’a jamais cessé de tourner et d’enregistrer. Le groupe qui a vendu plus de cent millions d’albums se produit toujours tout au long de l’année dans des stades, parfois devant 250 000 personnes survoltées, comme à Rio en 2001. Une nouvelle date française est d’ailleurs programmée à la Défense Arena le 26 juin 2022. La personnalité assez égale des membres du groupe, en totale opposition aux égos boursouflés des membres de Metallica, explique sans doute une certaine constance artistique de la part d’artistes complètement dévoués à leur musique. Les musiciens d’Iron Maiden sont cultivés, rigoureux et travailleurs, et se tiennent loin de la drogue et des abus inhérents au mode de vie rock and roll. Porté sur la science et la raison, le chanteur Bruce Dickinson pilote des avions de ligne sur son temps personnel (ce qui a longtemps inclus le Boeing 747 du groupe pour transporter leur matériel en tournée), et milite aujourd’hui pour la vaccination contre le COVID dont il affirme qu’elle lui a sauvé la vie.

Iron Maiden Ft Lauderdale
(c) John Mc Murtrie

Iron Maiden a connu quelques crises, des drames, des maladies, mais n’a jamais cessé d’enregistrer des disques à la qualité constante, voire ascensionnelle. Après avoir proposé il y a quatre ans l’un des meilleurs disques de leur longue carrière (The Book of Souls), Iron Maiden a sorti cet automne un dix-septième album. Intitulé Senjutsu (un terme japonais signifiant « tactique et stratégie »), il creuse le sillon de leurs derniers efforts, et propose une musique dense et élaborée. Pour la deuxième fois consécutive, c’est un double album composé de morceaux longs qui lorgnent vers la dimension la plus « progressive » de la musique de la Vierge de fer.

Il y a quelque chose de touchant dans cette musique d’un groupe vieillissant (ses membres sont aujourd’hui soixantenaires), qui reste orgueilleux et semble même de plus en plus inspiré. Leur musique reste malgré le temps qui passe bien plus digne que celle de nombre de leurs contemporains toujours actifs, de Deep Purple à Alice Cooper. Dix nouvelles chansons à l’architecture redoutable offrent une variété inespérée, l’album se terminant par une incroyable suite de trente-quatre minutes. Toujours aussi virtuose, un peu plus calme que d’habitude, Iron Maiden n’a pas encore baissé la garde ni réduit ses ambitions. Voilà qui force le respect.

Guns N’ Roses : la longue chute 

Pendant ce temps-là, Guns N’ Roses continue de se ridiculiser. Tandis qu’en 1987, un premier et parfait album : Appetite for destruction atomisait la concurrence (20 millions d’albums vendus à l’époque) et promettait des lendemains qui chantent, le groupe a sombré bien vite après la parution de leur double album Use Your Illusion en 1992. Noyé dans l’alcool, la cocaïne et l’héroïne, Guns N’ Roses disparaît après un pathétique album de reprises. Le chanteur dingue Axl Rose vire en 1994 tous les autres membres du groupe et s’enferme en studio pendant plus de vingt ans pour enregistrer ce qu’il annonce être son chef d’œuvre : Chinese Democracy, qu’il réenregistre à l’infini avec des musiciens de studio sous le nom de son groupe, mais vidé de tous ses talents. L’album resterait le deuxième plus cher de l’histoire, coûtant plus de 15 millions de dollars à la maison de disques.

Après avoir fait rire le monde entier à la sortie de Chinese Democracy, officialisée fin 2008, Axl Rose réintègre en 2016 deux membres d’origine (Slash, Duff McKagan) pour une tournée mondiale sold out. Puis, coup sur coup en 2021, le groupe sort deux morceaux inédits qui annoncent l’arrivée prochaine d’un mini-album, les premiers enregistrés par des membres de la formation d’origine depuis 1994. Hélas, ces chansons : Absurd puis Hard Skool montrent un groupe complètement à la ramasse. Tout y est nul, de la composition aux textes en passant par le son qui s’efforce désespérément d’être moderne. Défiguré par la chirurgie esthétique, moqué sur les réseaux sociaux, Axl Rose donne aujourd’hui beaucoup de grain à moudre à tous ceux qui, nourris de préjugés sur le hard rock et le metal, continuent de passer à côté d’une musique passionnante. Le genre est redevenu une musique de connaisseurs, régénéré par des générations de jeunes musiciens excitants. Le grand public ne s’y intéresse plus, les médias généralistes non plus (il suffit de voir à ce sujet la différence de traitement entre les rééditions du Black album et celle de Nevermind), laissant ces nouveaux groupes avancer sans pression commerciale ni jugement, face à leur seul public de fans. C’est sans doute bien mieux ainsi.

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