Projet Hercule : Les syndicats d’EDF redoutent un démantèlement déguisé

Les syndicats de l’électricien se sont mobilisés le 10 février contre le projet de scission de l'entreprise. Un mouvement de grève et un rassemblement devant l’Assemblée nationale alors que leur patron était auditionné par les députés.

Près de 200 manifestants se sont retrouvés devant le Palais-Bourbon mercredi à l’appel de l'inter fédérale (CGT, CFE-CGC, CFDT, FO) et de SUD Energie. La direction d’EDF a dénombré 20.86% de grévistes. Il s’agissait de la 5ème grève en 18 mois contre le projet Hercule. 

Diviser EDF en trois pour satisfaire Bruxelles

Le projet Hercule est au cœur d’intenses négociations entre la France et l’Union européenne. Bruxelles veut éviter que l’opérateur historique profite de subventions croisées. Si l’UE donne un coup de pouce au prix du nucléaire, elle ne veut pas que cette aide bénéficie aux autres activités d’EDF au nom de la libre concurrence. Dans les faits, l’électricien serait divisé en trois parties : EDF Bleu, une entreprise publique pour gérer les centrales nucléaires. EDF Vert, une société côtée en Bourse pour la distribution d’électricité et les énergies renouvelables. EDF Azur, publique, qui se chargerait des barrages hydroélectriques.

Les syndicats, vent debout contre le projet depuis plus d’un an, y voient surtout le démantèlement du service public. D’après les opposants, cette scission reviendrait à garder publics les secteurs demandant des investissements lourds tandis que les secteurs bénéficiaires seraient offerts aux actionnaires. Un collectif d’une cinquantaine de personnalités politiques, syndicales et même d’anciens dirigeants d’EDF a signé mercredi dans le Monde une tribune demandant le retrait du projet Hercule. "On a gagné la bataille des idées, on n'a jamais été aussi près d'obtenir le retrait du projet, c'est important de rester mobilisés" estime Sébastien Menesplier, secrétaire fédéral de la fédération CGT Mines Énergie.

Les manifestants ont reçu le soutien de plusieurs députés. “Vous menez un combat d'intérêt général. Du point de vue du citoyen, il n'y a aucun intérêt à poursuivre Hercule, qui n'est fait que pour satisfaire l'idéologie de la Commission européenne”, a déclaré Adrien Quatennens (LFI) avant d'aller assister à l’audition de Jean-Bernard Lévy. 

Devant les sénateurs, le PDG d'EDF a plaidé dans la matinée pour une réforme "nécessaire, parce que notre développement, notre croissance, nos investissements sont gravement entravés par le niveau de la dette que nous avons accumulée depuis des années.”

Crédits photo/illustration en haut de page :
François Goglins