Sénégal, une fragile accalmie ?

Un Sénégal en flammes, et plusieurs morts. Il y a une semaine, le Sénégal s’est embrasé à l’annonce de l’arrestation d’Ousmane Sonko, député anti-système et dernier opposant crédible au président sénégalais Macky Sall, au pouvoir depuis 2012. Alors qu’Ousmane Sonko a été libéré sous contrôle judiciaire, la situation sociale semble s'apaiser.

Le Sénégal a connu des manifestations d’une violence jusqu’alors inconnue dans ce pays d’Afrique de l’Ouest réputé pour sa stabilité. L’arrestation du député Ousmane Sonko, poursuivi pour viol et cueilli par les forces de l’ordre alors qu’il se présentait à sa convocation devant le juge, a été l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Cette réaction en chaîne s'explique par la position singulière du député sur l'échiquier politique au Sénégal : après une vague de ralliement des opposants au président Macky Sall, M. Sonko est perçu comme le dernier opposant crédible au président sénégalais dans la course à la présidentielle.

S’en sont suivies des manifestations particulièrement violentes dont l’impact ne s’arrête pas à leur lourd bilan humain. De nombreux commerces - en particulier des entreprises françaises, telles qu’Auchan ou Orange, ont été prises pour cible par les manifestants. Deux chaînes de télévision publiques ont vu leur signal suspendu pendant 72 heures après avoir diffusé les images des violences, et l’accès aux réseaux sociaux a été partiellement suspendu pendant les émeutes.

6 mars 2021 Dakar SENEGAL Sylvain Cherkaoui Anadolou Agency via AFP
6 mars 2021 Dakar SENEGAL Sylvain Cherkaoui Anadolou Agency via AFP

Ces événements ont surpris nombre d’observateurs. Le Sénégal fait en effet figure d'îlot de stabilité dans un Sahel troublé, et est souvent cité comme une démocratie modèle. L’opinion publique, quant à elle, a été durablement choquée par les images montrant des hommes en civil frapper des manifestants à terre, sous les yeux des forces de l’ordre.

“Les autorités sénégalaises doivent immédiatement cesser les arrestations arbitraires d’opposants et d’activistes, respecter la liberté de réunion pacifique et la liberté d’expression, et faire la lumière sur la présence d’hommes armés de gourdins aux côtés des forces de sécurité”, a déclaré Amnesty International dans un communiqué publié le 5 mars, dénonçant “une grave atteinte aux droits humains”, et “l’arrestation arbitraire” du député.

Mais les émeutes de cette dernière semaine n’ont pas pour seul fondement l'arrestation d’Ousmane Sonko. Elles cristallisent les frustrations d’une population ravagée par le chômage, et durement éprouvée par les conséquences économiques et sociales de la crise liée à la pandémie. Dans les secteurs de la restauration et de l’hôtellerie, de nombreux emplois ont été balayés par l’arrêt de l’activité touristique. Le secteur du travail informel - majoritaire au Sénégal, a quant à lui été gravement impacté par le couvre-feu strict qui empêchait toute activité de 21h à 5h.

Ce lundi, Ousmane Sonko a bénéficié d’une remise en liberté sous contrôle judiciaire. Le candidat de l’opposition a appelé à continuer la mobilisation citoyenne - sous une forme plus pacifique toutefois. Quelques heures plus tard, au cours d’une allocution télévisée, le président Macky Sall rendait hommage aux victimes et appelait à l'apaisement, en annonçant le recul du couvre-feu de 21h à minuit. Une mesure insuffisante pour nombre d’acteurs de la société civile, qui ont lancé un appel à manifestation pacifique pour la journée de samedi. Cette manifestation n'a toutefois pas eu lieu, reportée par le Mouvement de défense de la démocratie (M2D). Si la contestation semble éteinte, ses raisons d'être n'en demeurent pas moins vivaces.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Photo couverture : Manifestation soutien O. Sonko 8 mars 2021 Dakar SENEGAL Sylvain Cherkaoui Anadolou Agency Via AFP

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