Extrême droite : les rats noirs de retour

Tags ce weekend dans le quartier latin, photos et vidéos de nervis cagoulés, résurgence du logo historique du rat noir : le GUD, groupe mythique de l’extrême droite la plus violente, réapparaît de manière spectaculaire à Paris après avoir été en sommeil pendant plusieurs années. Après les dérapages des « manifs pour Lola », l’ultradroite semble se recomposer et se radicaliser. Prélude, craignent certains, à des actions violentes.

Le GUD, groupe d'extrême droite ultraviolent apparu à l'université parisienne d'Assas en 1968, semble de retour. Le 6 novembre, une vidéo a été diffusée dimanche sur Ouest Casual, le canal Telegram habituel de l'ultradroite. Une trentaine de militants, visage masqué, commémorent l'assassinat en 2013 de deux néo-nazis grecs. A la fin du clip, cette annonce, « GUD is back », puis l'emblème du mouvement, un rat noir. Avec cette menace à peine voilée, « FCK AFA », pour « Fuck AFA » (Action Antifasciste Paris-Banlieue, un groupe antifa d'une trentaine de personnes, que de nombreuses bagarres ont opposé à l'extrême droite ces dernières années, dont la plus célèbre avait coûté la vie à Clément Méric en 2013).

Tag du GUD dans le Quartier latin

Le weekend dernier, des tags à la gloire du GUD ("GUD is back", "GUD vaincra") ont fleuri sur les murs d'universités ou d'écoles supérieures comme l’École Normale Supérieure à Paris. Des autocollants apparemment imprimés en masse, avec les slogans historiques du mouvement radical : « Europe, Jeunesse, Révolution » (également entendu à Lyon, l'un des fiefs du GUD, lors d'une « manif pour Lola » le 21 octobre). Inédit depuis plusieurs années : « cela fait bien longtemps que l'on n'avait pas vu des stickers du mouvement », explique un étudiant d'extrême gauche. Un revival vintage qui ne présage rien de bon. « Très clairement, poursuit l'étudiant d'extrême gauche, et dont les camarades ont recouvert les tags d'inscriptions antifas, c'est un signal qui nous est envoyé : les facs vont être prochainement la cible d'attaques ». 

Tag du GUD dans le Quartier latin

D'après une source interne à l'extrême droite, le nouveau GUD serait composé de membres du syndicat d'extrême droite « La Cocarde Étudiante » - à l'origine de plusieurs actions violentes ces deux dernières années, du groupe d'ultradroite « les Zouaves » - dissout suite à l'agression de militants de SOS racisme lors du meeting d'Eric Zemmour à Villepinte le 5 décembre dernier (et dont le chef, Marc de Cacqueray-Valmenier, a été incarcéré pendant près de deux mois au début de l'année), des Versaillais « catholiques traditionalistes » du groupuscule Auctorum et de hooligans venus du stade, comme la Milice Paris.

Parmi les anciens, d'ex-ministres, des proches de Marine Le Pen et un assassin présumé

Ressusciter le sigle du GUD n'a rien d'anodin : le Groupe Union Défense puis Groupe Union Droit est mythique. C’est bien le seul parmi cette myriade de groupuscules d'extrême droite bancals qui se font et se défont au gré des circonstances, des rivalités et des haines recuites, à pouvoir se targuer de plus de 4 décennies d'existence. Créé en décembre 1968 à l'université parisienne d'Assas pour cogner « les gauches », comme on disait à l'époque, il a marqué plusieurs générations de militants et compte parmi ses anciens membres des personnalités pour le moins variées : anciens ministres, proches de Marine Le Pen – à l’époque antisémites et pro-syriens, assassins présumés du joueur de rugby argentin Federico Marti Aramburu en mars dernier, actuels soutiens d’Eric Zemmour comme les Zouaves, ou encore anciens mercenaires et figures du nationalisme corse.

Tag du GUD dans le Quartier latin

L'idéologie a été très fluctuante : au départ ultra-réactionnaire et anticommuniste, le mouvement est devenu dans les années 1990 nationaliste révolutionnaire, antiaméricain et antisioniste, plus par antisémitisme que par compassion envers les Palestiniens, avant de se réclamer ouvertement du fascisme dans les années 2010. Mais demeure une constante pendant presque un demi-siècle : la violence contre les militants de gauche.

Au départ, le GUD est pro-occidental et anticommuniste. Ce sont des étudiants radicalisés souvent issus de milieux bourgeois de droite qui s'adonnent au coup de poing contre les « gauchistes », alors presque hégémoniques dans les facs. Certains rentreront par la suite dans le rang, comme les hommes politiques Hervé Novelli et Gérard Longuet. D'autres tenteront l'aventure sous des cieux exotiques, accomplissant les sales besognes de l'État français en Afrique, et rejoignant les mercenaires du célèbre Bob Denard. Un autre ancien, militant à la fac de Nice dans les années 1970, deviendra l'une des figures les plus controversées du nationalisme corse en raison de ses liens supposés avec le grand banditisme : Alain Orsoni.

 "Deauville, Sentier : Territoires occupés"

Après la génération des années 1970 et 1980, une nouvelle génération émerge dans les années 1990, sous la houlette de Frédéric Chatillon, ami personnel de Marine Le Pen et mis en cause dans des affaires de financement occulte du Front national vingt ans plus tard. « Ce dernier fait alors évoluer le mouvement évolue vers un antisémitisme obsessionnel, avec des blagues bien lourdes sur la shoah qui n'aurait jamais existé », explique un ancien. Lors des fêtes de Jeanne d'Arc, le GUD défile alors aux cris de « Deauville, Sentier : territoires occupés ». En octobre 1994, Chatillon, qui a connu Marine Le Pen dans ces années-là, est arrêté à l'aéroport de Roissy de retour de Syrie, où il a rencontré le ministre de la Défense, le général Mustapha Tlass. Dans ses bagages, 80 exemplaires de Mein Kampf. En 1997, à la suite d'un attentat contre le journal Tribune Juive, il sera interpellé et verra son domicile perquisitionné, avant d'être mis hors de cause. Dans les années 2010, ce proche de Marine Le Pen a participé à plusieurs manifestations de soutien au dictateur syrien Bachar Al Assad, mais toujours nié tout antisémitisme.

Axel Loustau exécutant un salut nazi
Thierry Vincent

Un autre proche de Marine Le Pen - ancien président de son association de financement - Axel Loustau, ancien gudard de l'époque, a été accusé de penchants néonazis. En 2014, un documentaire, réalisé par l'auteur de ces lignes, montre deux photos de cet ancien conseiller régional Front National en train de saluer ses amis, bras tendu bien haut, lors de son 40ème anniversaire. Sur Un compte Facebook, sous une anagramme de son nom qui ne trompe pas grand monde, est diffusée une assiette de riz (agencé) en forme de croix gammée.

Tracts du GUD dans les rues de Paris

Après la génération bras tendu arrive dans les années 2010 la génération gros biceps/petit cerveau. Le GUD est repris par le très brutal Logan Djian, et n'a alors plus rien d'étudiant. Plus d’idéologie, mais simplement une apologie de la violence la plus extrême (et pas seulement contre l’extrême gauche), derrière des références au fascisme mussolinien – le pseudo Facebook de Dijan est Logan « Duce », surnom du dictateur italien.

En mars 2016, l'auteur de ces lignes publie dans Mediapart une vidéo du tabassage et de la séance d'humiliation auxquels se livrent des membres du GUD... à l'encontre de leur ancien chef ! Les raisons de cette violence barbare sont obscures, mais elle marquera la fin provisoire de l'utilisation du sigle. Parmi les tortionnaires, outre le chef parisien du GUD Logan Djian, Romain Bouvier et Loïk Le Priol, tous deux mis en examen pour l'assassinat de l'ancien international de rugby argentin, Federico Martin Aramburu, après une rixe dans un bar le 19 mars dernier.

Avec un tel palmarès, le groupe fait figure d'épouvantail et même s'il ne s'agit plus des mêmes personnes, sa résurgence inquiète. « Peut-être est-ce de l'esbroufe, veut espérer un policier des renseignements de la Préfecture de police de Paris, mais ce n'est pas très rassurant. Nous surveillons tout ça comme le lait sur le feu ».

Crédits photo/illustration en haut de page :
Adrien Colrat

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