Poupart-Lafarge, la folle hypothèse

Cité comme un des favoris pour prendre la tête d’EDF, Henri Poupart-Lafarge laisse son entourage expliquer qu’il est très bien où il est. Si certains voient en lui l’homme de la situation, l’hypothèse apparaît osée : les casseroles que l’actuel PDG d’Alstom traîne dans son sillage semblent plomber cette « candidature ». De celles qu’Emmanuel Macron adore - parce qu’elles sont déraisonnables ? Le jeu est risqué. S’il venait à le désigner, le président de la République pourrait se retrouver à son tour en difficulté.

Il faut se méfier de ce qui brille. Au jeu du mercato, captant un temps la lumière, les évidences servent souvent à cacher d’autres options - au final, à leur détriment. Ces dernières semaines, le nom d’Henri Poupart-Lafarge est apparu parmi ceux des possibles futurs patrons d’Electricité de France (EDF), que le président de la République de retour de Brégançon s’apprête à nommer. Un choix, celui du successeur de Jean-Bernard Lévy, déterminant au moment où la question énergétique, avec la double problématique de la pénurie et de la flambée des prix, inquiète légitimement les Français.

Fin juillet, Le Monde rangeait l’ancien pensionnaire de « Ginette » (la prépa des Jésuites de Versailles, vivier de futurs dirigeants) dans la catégorie des favoris. 

A moins de se livrer à des spéculations hasardeuses, à l’image des journalistes sportifs répercutant les rumeurs du marché des transferts du football, difficile de savoir qui sortira du chapeau présidentiel. D’autant qu’Emmanuel Macron, c’est une de ses coquetteries, aime prendre tout son monde à contrepied – sans compter l’influence de son secrétaire général de l’Elysée, Alexis Kholer, vrai DRH de la France. Alors, après avoir nommé mi-août son ex-ministre Emmanuelle Wargon présidente de la Commission de régulation de l’énergie (la CRE, l’autorité de contrôle du secteur), malgré l’opposition du Parlement, peut-il bombarder l’homme d’Alstom à la barre d’EDF ? S’il le faisait, le locataire de l’Elysée prendrait un risque. En effet, le parcours d’Henri Poupart-Lafarge n’est pas exsangue de parts d’ombre.

Henri Poupart-Lafarge, un patron lancé à très grande vitesse.
Image compte Linkedin HPL

Une tâche sur un costume

Pour le dirigeant d’un grand groupe français, il est peu courant d’avoir été reconnu... coupable de corruption. C’est ce qui est arrivé à Poupart-Lafarge en 2014 quand Alstom a conclu un accord avec le département de la justice américaine pour effacer des poursuites engagées pour des faits de corruption dans plusieurs pays, contre le paiement d’une amende record (772 290 000 dollars).

A l’époque, la presse avait « défendu » à Paris une lecture patriotique de l’affaire. Cette vision mettait en scène un match frontal opposant le souverainisme économique français à l’impérialisme américain, et pointant les arrière-pensées du camp adverse. En effet, quelques temps plus tard, General Electric dépouillait Alstom d’une partie de sa raison d’être, en s’emparant de sa branche énergie - jusqu’alors Alstom était un groupe industriel assis sur deux pieds, les transports et l’énergie. Une lecture qui n’est pas sans réalité mais pour autant partielle. Voire partiale. Si tout le monde sait que les Américains n’hésitent pas sur les moyens quand il s’agit de business (y compris mettre le poids de la machine judiciaire dans la partie), le dossier d’accusation était aussi solide que consistant. Pour le dire vite, si la multinationale française a reconnu sa culpabilité, ce n’était pas pour faire plaisir de l’autre côté de l’Atlantique : elle n’avait pas d’autre choix.

Cette vérité troublante – un groupe majeur qui s’adonne à une corruption systémique, et ses dirigeants déclarés corrupteurs - a été rangée sous le tapis, une fois l’amende prononcée et la vente à General Electric de la branche Energie d’Alstom conclue. Même si la commission Marleix à l’Assemblée nationale a tenté d’éclairer les dessous peu reluisants de ces affaires.

Au final, ils sont bien peu à avoir lu dans le détail les attendus et les éléments de la procédure américaine, préférant passer à autre chose, comme s’il ne s’était au fond rien passé... Blast s’est attelé à cet exercice au moment où l’hypothèse Poupart a les faveurs de certains pour présider et diriger le groupe EDF.

Sherpa présente la note

La formulation des décisions de la justice américaine a peut-être aussi contribué à ce manque de curiosité et d’esprit critique. Dans le cas d’Alstom, à aucun moment, elles ne citent nommément les dirigeants du Comex (le comité directeur, qui rassemble ses plus hauts dirigeants), se contentant de leurs fonctions. Ce travail, Sherpa s’en est occupé. Dans une note rédigée pour tirer les leçons de ce scandale, l’ONG ne s’embarrasse pas de ces urbanités. Le document d’une vingtaine de pages – intitulé « Corruption internationale – changer les pratiques : L’affaire Alstom » – contient ainsi un tableau qui met chacun face à ces responsabilités : cette chronologie met en parallèle les infractions et les faits de corruption, les procédures et enquêtes en cours à travers le monde (elles sont nombreuses, et pas seulement américaines) et l’organigramme du groupe au même moment.

Instructif, ce procédé permet d’éclairer les choses et d’appeler un chat un chat, ou plutôt un responsable par son nom, alors que la haute hiérarchie de la multinationale française, c’est un des griefs de la justice américaine, n’a rien fait pendant toutes ces années pour empêcher la pratique du pot-de-vin, une véritable tradition à Alstom et dans ses filiales. Et qu’elle n’a eu de cesse, mais même après avoir reconnu les faits, de les minimiser.

La chronologie des faits poursuivis par la justice américaine établie par Sherpa. La corruption bat son plein entre 1999 et 2011, sous le règne de Patrick Kron, nommé PDG en 2003.
Document Sherpa

Dans ce tableau et cette chronologie, le nom d’Henri Poupart-Lafarge n’apparaît toujours pas. A l’époque, s’il n’est pas encore PDG d’Alstom - il le deviendra en 2016 -, Henri Poupart-Lafarge est déjà un des plus hauts dirigeants du groupe. En réalité, il est l’ombre du numéro un : directeur financier et administratif, il est le bras droit de Patrick Kron, son homme de confiance, « celui sans lequel rien n’était possible à Alstom à l’époque », selon la confidence d’un ancien de la maison. Avant de devenir tout naturellement son héritier, puis son successeur.

Dans la note de Sherpa, quelques pages plus loin, on trouve un second tableau : un organigramme qui liste les hommes forts du groupe sur la période poursuivie par la justice outre-Atlantique. Cinq noms posés face à la corruption rampante, dont celui, cette fois, d’Henri Poupart-Lafarge, qui arrive tout de suite après celui de Patrick Kron et avant celui de Keith Carr, le directeur juridique du groupe qui a posé sa signature sur l’accord de reconnaissance de culpabilité passé avec le département de la justice.

L’organigramme d’Alstom pour la période 1999 à 2011
Document Sherpa
En apposant sa signature le 22 décembre 2014 au bas de l’accord de plaider-coupable passé avec le ministère de la Justice des Etats-Unis, Keith Carr reconnaît les faits de corruption, au nom du groupe Alstom et de ses dirigeants.

« M. Genève », « M. Paris », « Quiet Man », les arroseurs…

Pendant cette période, celle du règne de Patrick Kron, l’argent de la corruption était distribué à des décideurs étrangers (fonctionnaires, hommes politiques, dirigeants d’entreprises) par l’intermédiaire de consultants, auxquels Alstom et ses filiales avaient recours. Ce système de pots-de-vin a perduré pendant « plus d'une décennie et sur plusieurs continents », comme l’a souligné le procureur général adjoint James M. Cole. Pour les besoins de l’enquête, les agents des bureaux du FBI ont recueilli des preuves aux quatre coins du monde. L’enquête avait été menée en coopération avec le procureur général en Suisse, le Serious Fraud Office au Royaume-Uni, les forces de l'ordre indonésiennes, ainsi qu’avec l’aide des autorités en Allemagne, Italie, Singapour, Arabie saoudite, Chypre et Taïwan. Les faits visés par la justice américaine (indépendamment de nombreuses autres procédures engagées notamment en Italie, en Suisse ou au Royaume-Uni) se sont déroulés en Egypte, en Indonésie, à Taiwan, en Arabie Saoudite et aux Bahamas.

La gestion de ces intervenants extérieurs était centralisée au siège du groupe, alors à Levallois-Perret - il a depuis été transféré à Saint-Ouen. Ces hommes de paille, dont certains étaient désignés dans les documents internes au groupe par des surnoms dignes d’un film de genre (« M. Genève », « M. Paris », « Londres », ou encore « Quiet Man » ou « Old Friend »…), facturaient des prestations fictives pour acheter ceux qui avaient un pouvoir de décision sur l’attribution des marchés. Certains d’entre eux, comme l’ont relevé les enquêteurs, ne se trouvaient même pas dans les pays concernés par ces contrats sponsorisés. Sommet du cynisme, outre qu’elles violaient l’éthique, la morale et les lois (notamment américaines), ces pratiques foulaient au pied... les propres règles édictées par Alstom : le groupe avait en effet mis en place une charte éthique interdisant l’usage de ces méthodes délictueuses. Avec le résultat que l’on sait.

Ce recours aux consultants extérieurs est désormais banni chez Alstom : il a été abandonné à partir de 2015, quelques mois après l’accord passé avec la justice américaine.

L’art de la conspiration

Alstom a également reconnu avoir délibérément mis sur pied « un complot » à travers sa filiale suisse pour passer outre les règles et contraintes imposées par les dispositions du FCPA (le Foreign Corrupt Practices Act, la loi anti-corruption américaine). Deux filiales américaines (Alstom Power et Alstom Grid, respectivement implantées dans le Connecticut et le New Jersey) avaient par ailleurs conclu des accords de poursuites différées, reconnaissant avoir elles-aussi avoir « conspiré ». Elles avaient, « par l'intermédiaire de divers dirigeants et employés », « versé des pots-de-vin à des fonctionnaires et falsifié des livres et des registres », selon le département de la justice. En Indonésie, des hommes politiques (membres du gouvernement et du Parlement) mais aussi des dirigeants de la compagnie d'électricité publique indonésienne ont été achetés. Objet de « [l’]échange » ? « L'obtention de plusieurs contrats de fourniture de services liés à l'électricité d'une valeur d'environ 375 millions de dollar ».

Tout ceci

Dans un chapitre de son document, Sherpa s’interroge : « Les organes dirigeants [d’Alstom] pouvaient-ils être dans l’ignorance ? » Et l’ONG de poser la question qui tue : « Des millions de dollars maquillés dans les comptes alors que les dirigeants parlent de faits isolés, des procédures d’embauches centralisées de consultants fantoches dont le rôle est de corrompre des agents publics étrangers : comment imaginer que tout ceci échappe au contrôle interne, notamment à la Direction financière ou à celle de l’Audit ? Ou encore à la connaissance du Comité exécutif sachant que certains membres de ce Comité détenaient ou avaient détenu des positions clés de contrôle au sein du groupe ? » « Quand vous êtes dirigeant et que vous avez tous les ans une infraction de plusieurs dizaines de millions, et que vous ne faites rien, il y a un moment où on ne peut pas ne pas de poser des questions », souffle en écho un ancien d’Alstom, qui a bien connu les acteurs de ce scandale.

Un homme important

Parmi les « principaux acteurs du contrôle interne » et les directions listées et ciblées par l’ONG, on trouve notamment la direction générale, la direction de l’audit interne, la direction financière et la direction de l’éthique et de la conformité. Qui est alors à la tête de la direction financière ? Henri Poupart-Lafarge. Dans le deal de plaider-coupable de décembre 2014, le département de la justice américaine indique clairement que cette corruption a été rendue possible par sa complicité et sa négligence, la direction financière n’exerçant dans les faits aucun contrôle. A ce poste central, Poupart-Lafarge dirigeait tout le contrôle interne. Dans la note de Sherpa, on peut lire également ceci : « Selon le document de référence d’Alstom, « la direction de l’audit interne rapporte au Président-Directeur Général et travaille en étroite collaboration avec le directeur financier, le directeur juridique ». Difficile d’être plus précis.

Le PDG d'Alstom (le second en partant de droite, avec les lunettes) lors de l'annonce en avril dernier d'un partenariat avec ENGIE portant sur des projets autour de l'hydrogène, sur lequel son groupe parie beaucoup.
Image communication Alstom
 Un mélange incestueux

Il est étonnant - c’est un euphémisme – que les acteurs de cette histoire, qui ont reconnu leur culpabilité dans un dossier criminel majeur, aient pu poursuivre leur parcours (Kron dans le capital-risque, Poupart en grimpant d’un rang dans la hiérarchie du groupe ferroviaire) comme si de rien n’était. Au total, avait relevé la justice américaine, « Alstom a payé plus de 75 millions de dollars pour sécuriser 4 milliards de dollars de projets dans le monde », pour « un bénéfice pour l'entreprise d'environ 300 millions de dollars ». On pourrait donc fermer les yeux sur ce système de corruption qualifié de « stupéfiant par son ampleur » par les autorités américaines. En se disant, fataliste, qu’ainsi va la vie au pays des grands commis de l’Etat, ces hauts fonctionnaires qui trustent les boards des grandes entreprises, dans un mélange incestueux entre intérêts étatiques et industriels.

Certains ne s’y résignent pas : Anticor a récemment obtenu l’ouverture, annoncée en mars 2022, d’une information judiciaire pour corruption d’agent public étranger à Alstom, avec la nomination d’un juge d’instruction. En 2000, l’association avait déposé plainte contre X, avec constitution de partie civile. Une action qui s’appuie notamment sur l'accord de plaider-coupable de 2014 : « du moment que les dirigeants d'Alstom ont plaidé coupable sur des faits de corruption aux Etats-Unis et que la personne morale a été condamnée, constate Me Etienne Tête, l’avocat d’Anticor, cela signifie nécessairement que des personnes physiques ont réalisé ces actes de corruption ». Pas de corruption sans corrupteur donc.

 Les premières victimes

Dans sa note consacrée au scandale Alstom, Sherpa écrivait plus généralement ceci sur les affaires de corruption, et ce qu’elles abîment : « la corruption […] entraîne de multiples conséquences néfastes. En premier lieu, ces pratiques sont préjudiciables pour les sociétés et les populations en termes de développement et de pauvreté. […] elles empêchent la croissance économique et peuvent conduire à de l’instabilité économique et politique. D’autre part, les sommes ainsi détournées ne sont dès lors pas investies pour l’intérêt général affectant ainsi des services essentiels tels que la santé ou l’éducation. Les populations les plus précaires sont alors souvent les premières victimes. Ensuite, elles faussent le jeu de la concurrence et des marchés entraînant souvent des surcoûts pour les finances publiques ; le projet étant choisi en fonction d’intérêts privés avant toute autre considération. Enfin, elles écorchent l’image, et donc la valeur de l’entreprise. Les plus petits actionnaires avec les investisseurs pourraient alors être les premiers lésés, tandis que les dirigeants soupçonnés se voient attribuer des primes léonines ».

Un patron qui réalise

Quand il parle de lui, par exemple pour répondre aux sollicitations de la presse économique, le numéro un d’Alstom joue volontiers les modestes.

Pour résumer, peu importe ce qu’il est (ce qu’il aime, pense ou fait de son temps libre), seules les réalisations comptent. Des réussites bien sûr, qui sont la marque d’un grand patron et justifient que son nom circule dès qu’un poste de choix se libère dans la République des affaires – en 2019, on avait ainsi parlé de lui pour prendre la suite à la tête de Renault d’un Carlos Ghon empêché dans les conditions que l’on sait.

Ces réussites, que sont-elles ? En regardant de près ces succès, on a un doute. En 2019, c’est le dossier de l’année : celui de la fusion annoncée entre Alstom et l’allemand Siemens. Ainsi associés, les deux concurrents doivent donner naissance à un géant industriel européen capable de toiser droit dans les yeux la concurrence mondiale – Américains et Chinois, en particulier. En première ligne, Henri Poupart-Lafarge s’est engagé très fortement dans ce dossier, malgré l’opposition d’une partie de la classe politique en France. Au final, c’est un échec personnel cuisant : la commission européenne refusera de valider l’opération.

En octobre 2017, le patron d’Alstom vient défendre le projet de rapprochement avec Siemens devant la représentation nationale. En positivant face « aux inquiétudes », face à la commission des affaires économiques du Sénat.
Images Public Sénat

Bombardier, le grand œuvre

En janvier 2021, après la désillusion Siemens, Henri Poupart-Lafarge annonce le rachat de la branche transport du canadien Bombardier. Un coup qui fait les gros titres de la presse : grâce à cette acquisition, Alstom grimpe au second rang du transport ferroviaire mondial et double de taille (75 000 salariés, désormais). Un sacré coup ? A voir. Avant l’été, on apprend qu’Alstom vient de saisir la Chambre de commerce internationale pour arbitrer un conflit qui l’oppose à Bombardier. Si le groupe s’est fait discret sur les éléments motivant cette démarche, elle concerne un « manquement à certaines dispositions contractuelles de l'accord de vente »…

Le communiqué d’avril 2022 au sujet de l’arbitrage demandé contre Bombardier Inc. Plus succinct, tu meures...
Document Alstom

On découvre par ailleurs qu’Alstom a déjà brûlé le cash dégagé par l’opération validée de 2021, dont son numéro un s’est tant félicité. Enfin, pour faire bonne mesure et apprécier pleinement la « réussite » du rachat de Bombardier Transport, il est nécessaire de rappeler une autre réalité : le leader européen du ferroviaire, ce fleuron français dont on se gargarise dans la presse économique et les milieux du pouvoir à Paris, s’est dans cette affaire trouvé un nouvel actionnaire de référence. Jusqu’ici, il s’appelait Bouygues, une marque bien de chez nous (dont... le propre père d’Henri Poupart-Lafarge était directeur financier). Désormais, l’actionnaire de référence est… étranger : la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ). De quoi donner une toute autre morale à la belle histoire vendue avec trompettes et tambours.

Un prestidigitateur

Les « succès » d’Henri Poupart-Lafarge - pris un a un, on n’ose les imaginer reproduits à la tête d’une entreprise comme EDF…- tiennent surtout à sa capacité à travestir des échecs cuisants ou des semi-échecs. Un tour de force qui exige un vrai talent de ce fils de famille de grand commis de l’État, lui permettant tel un Phénix de rebondir en avançant à chaque fois d’un pas, en renforçant sa position et sa situation. Ainsi, après la très problématique cession à General Electric, Henri Poupard-Lafarge grimpe un peu plus dans l’organigramme d’Alstom, en étant nommé en 2016 PDG à la place de Patrick Kron, dont il était le bras droit. Il est utile de rappeler, pour compléter ce tableau éloquent, que Poupart-Lafarge a été directement à l’origine de la vente à General Electric. Il avait d’ailleurs été entendu à ce sujet dans le cadre de la commission d’enquête Marleix, à l’Assemblée nationale.

Le BCG, partenaire fidèle

Quand on observe cela, on se dit qu’avec Poupart-Lafarge c’est un peu comme… l’argent et les riches : quand on en a déjà, on en a toujours plus, l’argent allant à l’argent. En ce qui le concerne, tout est succès et quoi qu’il arrive il tire son épingle du jeu. Sorte de Bernard Tapie version propre, le polytechnicien n’est en réalité allé que de restructuration en restructuration, tout au long de sa carrière. Avec au passage des sommes considérables versées au BCG, le Boston Consulting group, partenaire fidèle de ces restructurations, dont on a beaucoup parlé en début d’année dans l’affaire des cabinets de conseil tellement prisés en macronie.

Pour autant, convenons-en, cette capacité à écrire sa propre légende n’est pas un délit. Après tout, dans ce théâtre qu’est la vie de ce patronat français lié à l’Etat, ça fait aussi partie du jeu. En revanche, il y a des tâches indélébiles sur un costume, même de bonne coupe. Le scandale « américain » est un passif particulièrement lourd dans ce parcours, a priori disqualifiant pour celui que certains verraient bien tenir le manche du groupe appelé à garantir la sécurité et la souveraineté énergétique de la France. Pour valider cette folle hypothèse, il faudrait un sacré sens de la disruption.

Alors, voie royale ou de garage, pour l’homme du rail ? La réponse est imminente.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Léo Moinet

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