
Se construire, s’aimer et aimer l’autre quand on a grandi sous le poids du racisme est un chemin long et difficile. Pour les personnes racisées en France, l’estime de soi ne naît pas dans un vide : elle se heurte aux représentations déformées, aux stigmatisations, aux agressions quotidiennes, aux exclusions intériorisées. Elle se heurte au regard de l’autre. Un regard essentialisant, fétichiste. Un regard raciste. Pourtant, malgré ces blessures accumulées, il existe une volonté profonde de se réapproprier son identité, de redéfinir sa valeur et d’inventer des relations amoureuses où l’on peut enfin être pleinement soi. Dans un contexte où les corps, les désirs et les existences racisées ont longtemps été dénigrés ou invisibilisés, apprendre à s’aimer devient un geste politique. Face à un racisme systémique, aimer et s’aimer soi-même, aujourd’hui en France, est l’une des formes les plus intimes et puissantes de résistance. Pour en parler, Yanis Mhamdi reçoit Anaïs Alachede, infirmière et sexologue et Chigueky Ndengila, co-fondatrice de Bissai.
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Morgane Sabouret / Margaux Simo