Cortège du 1er mai à Paris : la police joue les trouble-fêtes

Une fois de plus, alors que les manifestants défilaient dans le calme, les interventions policières répétées en plein cortège pour interpeller de présumés black blocs ont provoqué des désordres.

C’est un cortège joyeux qui s’est élancé, samedi, de la place de la République. Après des mois de confinement et de couvre-feu, l’action collective reprenait enfin des couleurs. Ballons et sonos de la CGT, gilets jaunes des uns, macarons syndicaux des autres, le cortège présentait les signes habituels d’un défilé syndical classique.

Mais à mi-parcours, la manifestation a pris une autre allure. À proximité du métro Saint- Ambroise, au motif de prévenir la formation d’un black bloc, la Brigade de répression de l’action violente moto (BRAV M) est intervenue à plusieurs reprises au sein du cortège pour interpeller des individus dont le tort était de porter des vêtements noirs. Irruptions répétées qui ont immédiatement fait monter la tension et provoqué des jets de projectiles en retour.

Loin de prévenir les troubles, la stratégie policière les a, au contraire provoqués

Depuis plusieurs jours, la préfecture de police de Paris faisait part de ses craintes quant à d’éventuels débordements à l’occasion du défilé du 1er mai. Elle indiquait qu’elle procéderait à des interpellations préventives.

Loin de prévenir des troubles, la stratégie policière les a, au contraire, provoqués. D’autant que le comportement des unités engagées pose question. Pourquoi charger le service d’ordre de la manifestation – comme nous l’avons filmé - au moment où celui-ci s’efforçait de mettre à distance les manifestants des forces de police ?

Pourquoi, encore, encapsuler la tête du cortège par des cordons de CRS marchant à reculons, sachant que les premiers rangs des manifestants, sous la pression de ceux qui les suivent, vont s’écraser sur les boucliers des forces de l’ordre ? Forces de l’ordre qui vont alors répliquer à grands coups de matraque.

Enfin, s’il s’agissait vraiment de prévenir des exactions d’éléments radicalisés, comment se fait-il, alors, que plusieurs dizaines d’entre eux aient pu s’en prendre aux camionnettes de la CGT, place de la Nation ? Ces violences contre une organisation syndicale – qualifiée de « collabos » par les assaillants, on se demande bien pourquoi – ont fait 21 blessés dont 4 graves parmi les adhérents de la centrale. Curieusement, les forces de l’ordre, omniprésentes jusqu’alors, se sont montrées singulièrement défaillantes à cet instant.

Dans Libération, Céline Verzeletti, secrétaire confédérale de la CGT, présente à la manifestation, s’interroge sur l’identité des agresseurs : « Aujourd’hui, on ne sait pas qui est derrière cet acte. Certains avaient des gilets jaunes sur le dos, oui, mais ça ne veut pas dire qu’ils étaient des gilets jaunes. C’est facile d’en enfiler un. On a déjà vu des gens avec des autocollants CGT alors qu’ils ne sont pas du tout syndicalistes pour passer incognito dans les manifestations. »

Une enquête pour « violences volontaires » et « dégradations » en réunion a été ouverte par le Parquet de Paris. Par ailleurs, la préfecture de police a annoncé que 54 personnes interpellées au cours de la manifestation avaient été placées en garde à vue. Trois policiers ont également été blessés.

Crédits photo/illustration en haut de page :
Serge Faubert Blast

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