Agressions, provocations, homophobie : les partisans de Zemmour se lâchent

Besançon, Montpellier, Albi, Rennes, Strasbourg : des groupes d’ultra droite, soutiens, de l’ancien journaliste, multiplient exactions et intimidations depuis le début de l’année, et singulièrement depuis un mois. Leur cible : des militants d’extrême gauche ou antifascistes.

Deux meetings de la gauche radicale en huit jours, c'en était apparemment trop pour l’extrême droite bisontine. Mercredi 9 mars , Sam, jeune militant d’extrême-gauche, l’a appris à ses dépens. Philippe Poutou tient un meeting à Besançon, 120 000 habitants, une ville pas spécialement politisée. Même s’il ne compte pas voter, Sam va au meeting, « par curiosité, pour écouter ce que Poutou a à dire ». Vers 21h20, Sam a un coup de téléphone urgent à passer. « Il n’y avait pas de réseau, je suis sorti tranquillement raconte-t-il. Je vois 6 ou 7 personnes s’approcher, puis ils s’arrêtent à 5 mètres de moi. L’un d’eux, très alcoolisé, vient à ma rencontre. Il me demande si j’aime Poutou, je lui réponds que oui ». L’homme, connu pour être membre des « Vandal Besak », un groupe de hooligans néo nazi, déchire une affiche de Poutou. « Tu vas la bouffer maintenant », menace-t-il. S’ensuivent des coups sur le nez et dans les chevilles, sous les encouragements des autres militants d’extrême droite : « rien de grave, heureusement je fais de la boxe, et je me suis mis en position de garde. J’ai pris deux trois beignes ». Les gros bras sont mis en fuite par la sécurité, et l’agresseur présumé, Alexandre Meuret, a été interpellé. 

Militant actif pro Zemmour et admirateur du Ku Klux Klan

Parmi le groupe entourant l’agresseur, Sam et d’autres témoins ont formellement reconnu une figure de l’extrême droite locale : Théo Giacone, militant actif de Reconquête et du syndicat étudiant d’extrême droite la Cocarde étudiante. Une figure locale de l’ultra droite locale la plus dure : encarté au Rassemblement national jusqu’à il y a quelques semaines, il a pris la pose sur une page facebook effectuant un salut nazi, grimé façon Ku Klux Klan.

Théo Giacone, de Reconquête Besançon; effectuant salut nazi
Kawa TV

Les provocations, menaces et intimidations de Giacone sont légion. Le 1er mars dernier, Toufik de Planoise, journaliste au média alternatif local kawa tv et bête noire des fachos de Besançon, vient couvrir un meeting de François Ruffin, député de la France insoumise. A l’entrée, De Planoise repère un militant de Génération Z, Rémi Kocjean, et le signale à la sécurité. L’homme est fouillé et assiste au meeting, après s’être engagé à s’abstenir de toute provocation. Après avoir quitté le meeting, Toufik est apostrophé par trois individus, dont Giacone et Meuret.« Incroyable, on dirait Toufik », ont-ils dit, mentionne le journaliste dans sa plainte. Il est vertement menacé : « On se tape toi et moi », lui propose Meuret. « En état d’ébriété avancé, Giacone tient des propos incohérents à propos d’autocollants antifascistes qu’il aurait vus près de chez lui », nous explique le journaliste. « Il m’a dit : « si je vois un autre sticker près de chez moi, tu vas le regretter » ». Ambiance … Contacté, Giacone accuse de Planoise de mentir sur cette affaire, malgré deux témoignages corroborant les dires de ce dernier. Un brin parano et complotiste, l’homme s’interroge sur « les liens que (je pourrais avoir) avec le militant antifa et anarchiste » Toufik de Planoise. Giacone semble s’étonner qu’un journaliste contacte, à titre de source d’information parmi d’autres, un correspondant local. 

Gazeuses, cagoules et salut nazi

Même jour, 530 kms plus au sud, à Montpellier. En début d’après-midi, des militants tractent pour Zemmour devant l’université Paul Valéry. « Ils étaient « environ une trentaine, précise un syndicaliste étudiant, témoin des faits. Certains avaient des gants coqués, d’autres étaient équipés de gazeuses, 4 ou 5 étaient cagoulés. Quelques étudiants les invectivent en les traitant de racistes, homophobes et sexistes. Lorsque la police est arrivé, ils sont partis. Quelques étudiants les suivent, les provoquant, selon la section locale de Génération Z. « Deux étudiants de Génération Z se sont alors retournés et ont frappé à coups de pieds, de poings et de béquilles, leurs opposants », ajoute le syndicaliste étudiant. « Les zemmouriens ont alors gazé et bousculé des passants qui sont intervenus ». Le syndicat Solidaire étudiants a porté plainte.

Plus anecdotique, mais néanmoins révélateur de la libération d’une parole nauséabonde, le 6 mars dernier, lors d’un meeting du candidat à Toulon le 7 mars, un spectateur a été filmé en train de faire un salut nazi. Tout ça en une semaine !


« Vive le Roy, vive Zemmour »

Rennes, un fief d’extrême gauche, a aussi été le théâtre d’incidents, le 23 février dernier. Des collectifs antifascistes organisent une réunion. La venue de Raphaël Arnault, fondateur emblématique du mouvement antifasciste la jeune garde, est annoncée. Des militants viennent l’accueillir à la gare. « Mais en regardant les réseaux sociaux, dit un jeune étudiant, nous découvrons plein de menaces, avec des photos du quai, des commentaires du genre on l’attend; On remarque pas loin de nous des types louches au look d’extrême droite. Nous avons fait appel à la CGT cheminots et SUD Rail pour assurer sa protection ». Aucun incident donc.

Capture d'écran instagram : en gare de Rennes, des militants d'extrême droite attendent Raphaël Arnault, figure emblématique de l'antifascisme

Le soir, 200 personnes assistent à la réunion. Selon Raphaël Arnault, une vingtaine de militants de l’Action française, mouvement monarchiste qui soutient le candidat d’extrême droite se sont mis à crier : « Vive le Roy, vive Zemmour ». Dans une ambiance un peu houleuse, ils sont raccompagnés vers la sortie. « Mais nous avons repéré un type en train de photographier les gens, raconte un jeune militant. Nous l’avions déjà aperçu entrain de nous tirer le portrait lors de précédents événements antifascistes. A la sortie, on lui a demandé de supprimer les photos. Il s’est alors enfui. Appelée par la sécurité, la police est arrivée. Ce qui n’a pas empêché 4 fachos de revenir et d’agresser à l’entrée. Ils sont ensuite partis, et il n’y a pas eu d’incidents graves. Et, hasard ou pas, l’après-midi avant la conférence, des colleurs d’affiches de Lutte ouvrière ont été frappés. Nous essayons avec eux de confronter les descriptions pour voir s’il s’agit des mêmes personnes ». Le jeune militant nous confirme que de tels incidents n’avaient jamais eu lieu dans la ville, où l’ultra droite était jusqu’ici inexistante.

« A bas les pédés » tagué par des zemmouriens sur le mur d’un collège

Ces provocations des zemmouriens on en trouve jusque dans des petites villes où l’extrême droite était jusqu’alors très faiblement implantée. A Albi, préfecture du Tarn, 50 000 habitants, vendredi 11 mars  des militants de Reconquête ont collé des affiches dans un collège. « Ils ont escaladé les grilles pour aller coller à l’intérieur de l’enceinte de l’établissement, raconte une enseignante. Les affiches étaient plastifiées, donc difficiles à enlever. A côté, on a retrouvé des tags homophobes, « à bas les pédés » et « LGBT : halte à la folie ». L’établissement a porté plainte. L’affaire a fait grand bruit dans le Tarn, d’autant plus qu’elle fait suite à l’agression raciste de deux libraires à Rabastens, à une quarantaine de kms d’Albi, le 5 mars dernier. Une agression dont les auteurs n’ont pas été identifiés, et a priori sans lien avec le candidat d’extrême droite.

Pour compléter ce sombre tableau, mentionnons aussi l’attaque d’une conférence sur l’extrême droite à Strasbourg, le 25 février. L’agression a été filmée, et des témoins ont reconnu des membres des Strasbourg Offenders (hooligans néo nazis) et des anciens du Bastion social, dont certains soutiennent Eric Zemmour.

L’équipe du candidat que nous avons contactée n’a pas souhaité s’exprimer. Mais le constat est là : le candidat de la France éternelle draine avec lui de plus en plus de groupes d’ultra droite des plus violents, jusqu’alors marginalisés et sans aucun porte-voix pour se faire entendre. La boîte de Pandore ouverte par l’apprenti sorcier risque de ne pas se fermer de si tôt.

Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

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