Macron à Marseille : main flasque sur la ville

Emmanuel Macron tient un meeting à Marseille, sa « ville de cœur » dont il a marabouté la classe politique, jusqu’à donner l’impression qu’elle serait une capitale de la macronie. Une illusion qui est venue se fracasser sur la réalité des urnes. Les Marseillais ont placé Jean-Luc Mélenchon en tête au premier tour et donné un tiers de leur suffrage à l’extrême droite. Pour le président sortant, l’enjeu de cette étape est considérable alors qu’il doit convaincre son électorat de mettre ses réticences de côté, pour devancer Marine Le Pen.

Marseille, tournant de l’élection 2022 ? Dans cet entre-deux tour incertain, au moment de monter sur l’estrade du palais du Pharo, ce samedi sur le coup des 15 heures face à ses partisans, Emmanuel Macron sait une chose : il joue gros. Très gros. Que le locataire de l’Elysée ait choisi la marmite phocéenne pour s’adresser à cette France qui, il le sait bien, se refuse à lui parce qu’en colère contre la politique de son gouvernement, qu’elle souffre et se sent flouée au terme de son mandat, est tout sauf un hasard. Du fait de la relation singulière qu’il entretient avec la ville mais aussi parce qu’elle incarne le vote insoumis - même si l’histoire personnelle de Mélenchon avec Marseille ne tient pas non plus d’un long fleuve tranquille.

Mélenchon, orateur étalon

Ces moments de bascule, ce sentiment de vivre l’instant où quelque chose se joue, Marseille les connaît déjà. En 2012, pour son premier galop présidentiel, Jean-Luc Mélenchon avait prononcé sur les plages du Prado un discours resté dans les mémoires - peut être le meilleur de sa longue carrière, une ode à la Méditerranée. Ceux qui étaient là ce 14 avril 2012, supporters convaincus ou simples spectateurs, se souviennent du frisson qui avait parcouru la foule dense et compacte.

« Je suis venu comme vous recevoir sur cette plage, au bord de ses lèvres fraîches, le baiser de la Méditerranée, notre bonne mer à tous ! ». Jean-Luc Mélenchon en avril 2012. Images Public Sénat.


Cinq ans plus tard, en avril 2017, le même Mélenchon pose sa tribune au cœur de la ville, pour une autre harangue vibrante aux « gens ». Sur le Vieux-Port, au bas de la Canebière, exactement à l’autre bout du Lacydon, bordé à l’Ouest par le Pharo où Emmanuel Macron se produit ce samedi.

Le 9 avril 2017, le leader de la France insoumise se pose face à ses supporters en « président de la paix » - annonçant la sortie de l’OTAN, cette « alliance guerrière des Etats-Unis ». Compte Youtube Jean-Luc Mélenchon.


A Marseille, où le verbe se porte haut, les orateurs sont donc attendus et entendus. Sur ce terrain, l’actuel président de la République - même s’il est souvent noyé dans l’autosatisfaction et dans un lexique très marketé peut sauver la face et se confronter à celui dont il vient chasser l’électeur. 

L'imbu de soi

En réécoutant le discours de 2012, les paroles de Jean-Luc Mélenchon semblent un avertissement lancé à celui qui se présente aujourd’hui, à dix ans de distance. Du Prado au Pharo : « Ecoutez, écoutez le murmure de l’histoire longue, il vous dit à tous pourquoi Marseille est la plus française des villes de notre République ! Ecoutez Marseille qui vous parle ! ».

« Ici est née la première République qui ait jamais existé sur ce sol (...) Et c'est pourquoi nous n'aurons jamais cessé d’être le parti de ceux qui disent que le grand nombre est plus intelligent quand il réfléchit ensemble que l'imbu de soi qui croit qu'à lui tout seul il sait ce qui est bon pour tous ». Ces mêmes mots du candidat du Front de gauche, prononcés aujourd’hui, dessinent un étonnant portrait-robot. Tout craché.

La gauche harakiri

Ce modèle après lequel court Emmanuel Macron – compter quand on tire plutôt à droite sur le peuple de gauche pour se faire (ré)élire, comme en 2017 mais dans ces circonstances différentes -, un Marseillais le connait bien. En 2015, le ticket Christian Estrosi / Renaud Muselier avait enlevé la Région Paca face à la menace Marion Maréchal-Le Pen grâce au harakiri de la gauche. La liste de gauche, pilotée par un certain Christian Castaner (socialiste, dans une autre vie), s’était retirée avant le second tour en appelant au vote barrage. Quand on constate que les acteurs de cette histoire de 2015 sont désormais tous dans le même camp, on a envie de se pincer…

En juin 2021, rebelote : le soldat Renaud Muselier, à la tête d’une liste ménageant plusieurs places aux macronistes et en grand danger face à Thierry Mariani, avait une fois de plus du compter sur le sacrifice de la gauche pour l’emporter.

Renaud Muselier s’est désormais mis en marche derrière Emmanuel Macron, dont il fait la campagne. Après bien des tergiversations, le président de région l’a rallié le 26 février dernier, officialisant sa décision dans un entretien accordé au Journal du dimanche. L’ex-secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères de Nicolas Sarkozy était depuis novembre 2021 en congé des Républicains. Autant démissionnaire que poussé vers la sortie par ses anciens amis.

Le 7 mars, Renaud Muselier est présent pour l’inauguration du siège de campagne du candidat Macron, avec Hubert Falco et Christian Estrosi. Compte twitter Renaud Muselier.


Dans les faits, celui qui a été longtemps l’héritier putatif de Jean-Claude Gaudin avant de prendre ses distances fraie avec la macronie depuis un moment. En particulier en 2019 quand le camp présidentiel se cherchait un candidat à Marseille, dans la perspective des municipales de 2020. Finalement, le descendant de l’amiral créateur de la croix de Lorraine avait fait l’impasse. Officiellement, du moins : en coulisse, le patron de la région Paca s’était démené pour couler la candidature de Martine Vassal, comme son ancien lieutenant l’ex-sénateur LR Bruno Gilles, qui avait lui maintenu sa candidature dissidente, précipitant la ville dans les bras du Printemps marseillais.

Pour bien saisir la nature de ces manœuvres, rappelons que Muselier comme Gilles ont été des généraux 4 étoiles de Gaudin. Des acteurs autrement plus importants de ce long règne qu’une Martine Vassal, construite comme le « monstre » et présentée très opportunément comme l’héritière (la seule) du même Jean-Claude Gaudin…Dans cette élection municipale de 2020, bien des choses improbables se sont jouées à l’abri des regards, loin des discours et des postures affichées publiquement. Renaud Muselier a aussi aidé un de ses vieux amis de l’époque de la fac de médecine - Yvon Berland, qui menait la liste LRM – lui envoyant en renfort quelques-uns de ses lieutenants pour muscler une liste qui en avait bien besoin. Même chose sur les listes de Bruno Gilles.

La prise par le haut

A Marseille, la macronie est devenue une auberge espagnole. Désormais, Renaud Muselier, Martine Vassal, Bruno Gilles et Yvon Berland sont dans le même camp : celui d’Emmanuel Macron... Ayant échoué à structurer un mouvement solide et une force militante consistante, les emmarcheurs ont enregistré de cuisants échecs scrutin après scrutin. La déculotté des municipales où la liste pro macron n’a pas dépassé les 5% est la plus mémorable. Il ne fallait pas tenter de séduire les marseillais en jouant le bottin mondain, ni être aveuglée par cet entre soi déconnectée de la vie réelle. Macron a changé son fusil d’épaule. La ville et ses électeurs se refusant à lui, il a décidé de la conquérir par le haut : en débauchant des barons dont il espère que l’implantation compensera ces énormes faiblesses.

Pendant des mois, ses émissaires se sont ainsi démenés pour « tamponner » et convaincre ces possibles recrues de franchir le pas. Parmi ces envoyés, Christophe Castaner, Gérald Darmanin et Thierry Solère ont été particulièrement actifs. Au tableau de chasse de ces agents traitants, on trouve aussi Lionel Royer-Perreaut, le maire ex-LR des 9ème et 10ème arrondissements de la ville. Dont le choix de quitter les Républicains tient surtout au... refus de son ancien parti de lui donner l’investiture qu’il briguait pour les législatives. Un détail que l’ex-assistant de la députée du Var Yann Piat a oublié de donner à la presse quand il a vendu son ralliement. Sans doute par pudeur.

Dans ce grand fourre-tout où les amis et les ennemis d’hier, dont la plupart disaient tout le mal qu’ils pensaient de lui, on retrouve l’ex-sénatrice socialiste Samia Ghali Même si la première adjointe de Benoît Payan a loupé le coche : tamponnée sans le dire vraiment... Celle qui est devenue une proche de Renaud Muselier a tout simplement trop attendu. En politique, se rallier consiste d’abord à le dire et, ça va avec, choisir le moment pour le faire, celui qui permet de valoriser et monétiser au maximum ce qui est aussi une trahison. En politique, les retournements de veste sont parfois renversants. Et à Marseille, Samia Ghali fait figure de voltigeuse en se rapprochant aussi de « Muso » qui a mené la guerre contre les frères Guérini, ex-patrons tout puissants du PS local désormais déchus, alors que Ghali était leur protégée.

L’exclu tombe à l’eau

Sur ce terrain, difficile de parler de succès pour les nouveaux amis marseillais du chef de l’Etat. Si on fait la liste des ralliés, c’est même une valse à contretemps – la pire situation pour les ralliés, le coût de leurs débauchages étant ainsi bradé. En l’espèce, la sortie de Renaud Muselier relève de l’accident industriel. C’est au JDD, pas encore « démacronisé » par Jérôme Béglé, le nouveau patron de la rédaction aux ordres de Bolloré, qu’il a donc réservé cette « exclusivité » fin février. Pas de chance, Muselier s’est retrouvé remisé à la droite d’une double page bouffée aux deux tiers sur sa gauche (la meilleure place, dans la maquette d’un journal) par un Jean-Pierre Chevènement qui avait choisi le même jour pour confirmer sa flamme pour le même Emmanuel Macron... Mais si cette annonce a fait flop total, c’est surtout parce que Vladimir Poutine a décidé de déclarer la guerre à l’Ukraine le même jour et que le meeting marseillais où Macron devait lancer sa campagne a été annulé.

Martine Vassal, double présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole Aix-Marseille-Provence, n’a même pas pris la peine de mettre en scène son ralliement au président sortant, annoncé l’air de rien lors d’une séance du conseil municipal, le 4 mars. Si elle est toujours encartée à LR, où elle a abandonné le secrétariat départemental, elle est toute simplement passée à autre chose et soutient donc Emmanuel Macron elle aussi. « Elle ne joue rien dans cette histoire, assure un proche. Martine n’a rien à y gagner ». Quoi qu’il en soit, elle retrouvera dans les jardins du Pharo ce samedi ses anciens compagnons de l’UMP et des LR.

Au nom « de l’unité nationale ». Compte twitter de Martine Vassal, le 4 mars dernier.


Samia Ghali, elle, a donc carrément loupé le coche. N’ayant pas pris les devants à temps, elle a d’abord été rattrapée par la guerre en Ukraine, qui a rendu tout sujet d’actualité franco-français inaudible. Et une fois le premier tour passé, c’était trop tard. Mauvais pour la passionaria des quartiers Nord, qui s’imaginait - on ne doute de rien à Marseille, et Samia Ghali est connue pour son phénoménal culot - obtenir un ministère ou à défaut la présidence de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU). Samia Ghali est donc devenue elle aussi macroniste sans que le grand public ne soit plus informé que ça. La faute à ce foutu calendrier et à Poutine.

Le 1er septembre 2021, le président de la République est à nouveau à Marseille, pour une visite dans les quartiers nord. Si Benoit Payan est bien là, c’est Samia Ghali, et personne d’autre, qui mène la danse : on est chez elle. Compte twitter de Samia Ghali


A l’évidence, les Marseillais de Macron jouent de malchance. Sur le papier, celui qui s’en tire le mieux est l’ex-sénateur LR Bruno Gilles. Gilles et Muselier se retrouvent aujourd’hui à nouveau dans le même camp. Mais la belle amitié de trente ans s’est délitée et les rancœurs se sont accumulées entre les deux anciens frères d’armes. « Bruno » a devancé « Renaud », lui soufflant la politesse pour devenir le référent local d'Horizons. Mais avant de prendre tout son temps pour se dévoiler, Renaud Muselier avait tout de même placé chez Edouard Philippe son directeur de cabinet, Jean-Philippe Ansaldi. Celui-ci compte s’investir à l’échelon départemental. Une façon de reprendre la main sur l’appareil, à l’étage supérieur, le niveau local étant donc bouché. On le voit, on est entre amis chez les macronistes à Marseille et la concorde règne déjà…

Payan, l’effet com

Face à ces barons de droite qui rallient la cause présidentielle les uns après les autres, le maire Benoît Payan manœuvre comme il sait faire. C’est même à ça qu’on le reconnait, preuve qu’il a été à bonne école au PS. Sans véritables troupes autour de lui – il est de ce point de vue la composante la plus faible au sein de sa propre majorité municipale -, il fait de la com. Ça coûte peu et ça fait de l’effet. Et il assure celle d’Emmanuel Macron et de son gouvernement dont il est le meilleur VRP.

Entre les deux hommes, qui se sont respirés et se trouvent des points communs et des qualités partagées, une relation singulière s’est installée. On se jauge, on se tape sur l’épaule, on s’attrape par les avant-bras, singeant une complicité qui n’est pas que de façade. Un jeu curieux a priori pour un élu de gauche, socialiste, tête de gondole d’une coalition qui aurait en d’autres temps été qualifiée de gauchiste dans les soirées de l’UMP.

Benoit Payan et Emmanuel Macron « main dans la main », le 1er septembre 2021. Compte twitter de Benoit Payan.


Cette complicité et ces attentions sont d’autant plus étonnantes quand on sait que la Primaire populaire, qui cherchait au départ à fédérer la gauche pour créer les conditions d’une alternative crédible pour ce scrutin présidentiel, a été inventée et mise sur les fronts baptismaux par des adjoints et alliés de ce même Benoît Payan. C’est à Marseille que cette mécanique a été pensée et construite dans l’entourage direct du Printemps. Et la Primaire populaire peut se lire comme une tentative d’étendre à l’échelle nationale le modèle marseillais. Sans être directement en première ligne, Payan n’était jamais très loin. Et il a soutenu l’aventure Taubira.

En réalité, le maire de Marseille compose. Il n’a guère d’autre choix que de tendre la main et s’appuyer sur l’Etat pour espérer tenir les promesses faites aux Marseillais – son prédécesseur Jean-Claude Gaudin, lui aussi, pratiquait déjà ce sport. Les caisses de la ville sont vides et son seul recours reste l’Etat. C’est vrai pour les écoles, un engagement majeur du Printemps marseillais, pour la rénovation de l’habitat, autre sujet capital des municipales de 2020, et de façon plus générale pour le plan « Marseille en grand », que le président de la République est venu présenter sur place le 2 septembre dernier. Avec à la clé la promesse de milliards d’euros pour la ville.

Le 2 septembre 2021, Emmanuel Macron avait déjà prononcé un discours au Pharo pour présenter son « Marseille en grand » et promettre des milliards de l’Etat. Sept mois plus tard, il revient au même endroit chercher un retour sur investissement. Photo présidence de la République.


Mais le maire de Marseille pousse parfois le bouchon très loin, sans provoquer de réactions, c’est tout aussi curieux, au sein de sa majorité - dans laquelle se trouvait et où on trouve encore des forces clairement identifiées à gauche. Ainsi quand la ville publie en février dernier pour saluer la visite d’Éric Dupont-Moretti un communiqué dans des termes que même la com du ministre n’oserait employer. Ce jour-là, le visiteur est venu vendre un « plan Marshall » dont la réalité immédiate se résume à une poignée de magistrats pour le tribunal de Marseille. Une annonce jugée insuffisante par les syndicats, étant donné la situation de sous-effectif chronique sur place. A se demander, vue sa célérité à dérouler le tapis rouge à chaque ministre qui pointe le bout du nez à quoi joue vraiment Benoît Payan.

Pour parfaire cette idylle, on ne peut passer sous silence le fait que si Emmanuel Macron, tout président sortant qu’il est, pose son camp dans le cadre majestueux du Pharo c’est parce que Benoît Payan a autorisé cette occupation d’un site municipal. De quoi mettre le visiteur du jour dans les meilleures conditions pour qu’il se sente comme chez lui… Reste à voir si Benoît Payan poussera le sens de l’accueil jusqu’à honorer de sa présence le meeting du candidat.

L’équation marseillaise

Initialement, ce rendez-vous de Marseille aurait dû lancer la campagne présidentielle d’Emmanuel Macron le 5 mars dernier. C’est donc six semaines plus tard que Marseille arrive, cette fois pour l’entre-deux tour. Les circonstances ont bien changé, et pas seulement parce que la question ukrainienne (et russe) pèse sur ce scrutin et sur le choix des Français. Emmanuel Macron se retrouve face à une équation complexe qui peut potentiellement déboucher sur une impasse : demander aux électeurs qui ont pu juger pendant 5 ans de sa politique de laisser de côté son bilan pour sauver la mise de la démocratie en danger – et la sienne.

Le 10 avril, le député du centre-ville de Marseille dépose son bulletin de vote dans un bureau du 2eme arrondissement de la ville. Compte twitter JLM.


Un sacré pari, qui n’a clairement plus rien à voir avec la situation de 2017, dans une ville symbole, une ville pauvre, où Jean-Luc Mélenchon, le candidat de l'Union populaire, enregistre 20 000 voix de plus qu’en 2017 (31,2% sur l’ensemble de la ville). Et ce alors que les ponts sont définitivement coupés avec ceux qui étaient ses proches au sein du Printemps marseillais. La maire des 1er et 7ème arrondissements Sophie Camard, sa suppléante à l’Assemblée nationale, a soutenu la candidature communiste de Fabien Roussel. A l’autre bout du spectre politique, en cumulant les résultats de Marine Le Pen, d’Éric Zemmour et de Nicolas Dupont-Aignan, l’extrême droite obtient un tiers des voix à Marseille. De quoi envisager les législatives avec optimisme.

A dire vrai, sur le papier, entre Macron et Marseille, c’est l’équation impossible. Entre le bon élève, féru de théâtre et de culture classique, produit de la bourgeoise de province, l’enfant chéri de la finance qui a pensé à sa situation en rejoignant la banque d’affaires à la sortie de l’ENA, l’ami des entrepreneurs et des cabinets de consultants, le concepteur d’une nation de startupers d’un côté, et de l’autre une ville populaire, frondeuse, brouillonne, violente et sans façons, ville des extrêmes, soit radicalement à gauche, soit extrêmement à droite, la relation semble improbable. C’est pourtant sur cette ville qu’Emmanuel Macron a jeté son dévolu et qu’il tisse sa toile depuis des années. Et sur elle encore qu’il mise aujourd’hui.

Pour réussir ce pari, il va lui falloir se montrer sacrément convaincant, au moment où il prendra la parole avec le Vieux port et toute la ville derrière lui, en surplomb.

Macron, Mélenchon, Marseille... Le 7 septembre 2018, Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon s’étaient croisé par hasard sur le Vieux-Port de Marseille. Le premier déambulait après une journée de travail avec la chancelière allemande Angela Merkel, à qui il avait tenu à faire découvrir sa « ville de cœur », dans le cadre de leurs entretiens bilatéraux. La rencontre entre les deux hommes avait donné lieu à une scène piquante, les journalistes rappelant au second qu’il avait quelques heures plus tôt qualifié Emmanuel Macron de « plus grand xénophobe que l’on ait »...Plutôt gêné aux entournures, le député de Marseille avait éludé, le président de la République lui sauvant la mise en évacuant le sujet : « Mélenchon, ce n'est pas mon ennemi ».

« Ah je n’ai aucun doute là-dessus ! ». Emmanuel Macron, le 7 septembre 2018 sur le Vieux-Port de Marseille, en réponse à un journaliste qui lui demandait si son « adversaire c’était plus le Front national, finalement ». Images France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur.

Témoin de la scène captée par les caméras de télévision, un reporter présent sur place avait encore posé à la volée une autre question aux deux Marseillais d’un soir : « La terre de la confrontation, c’est Marseille pour vous deux, finalement ? ».

A l’heure des comptes, ceux que les Français solderont dimanche prochain au terme de cette présidentielle de 2022, la question est désormais posée au seul Emmanuel Macron.


Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

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