Killoffer et Lestel : les humains contre les machines

Machines insurrectionnelles : Machines qui résistent aux usages que les humains en font, qui génèrent des frictions et avec lesquelles il faut négocier.

Un philosophe se saisit de la question des robots et de l’intelligence artificielle et un dessinateur se saisit des travaux très pointus de ce philosophe pour nous aider à comprendre comment et pourquoi l’avènement des machines dites insurrectionnelles, du simple robot aspirateur à l’algorithme joueur de go ou d’échec, est en train de changer la définition même de ce qu’est un homme. Et de ce que peut devenir l’humanité. Tout simplement.

Ce zoom arrière de haute volée traite de deux ouvrages : « En chair et en fer » par Killofer (Casterman2022) et « Machines insurrectionnelles, une théorie post-biologique du vivant » du philosophe et professeur à Normal sup Dominique Lestel (Fayard 2021).

Dans sa bédé, Killofer nous fait croire dur comme fer à son histoire d’amour avec un robot ménager. Dans son livre de philo prospective, Dominique Lestel, qui pense que la philosophie est devenue « une branche de la science-fiction », expose sa conception du vivant. Il part de là : le vivant. En essayant de rompre avec les théories biologiques, il nous amène à repenser l’humanité à travers l’interaction entre les hommes et les machines.

« Nous changeons de monde et il est devenu urgent de penser celui qui vient » explique le philosophe qui réinventent les robots et voient en eux des « machines insurrectionnelles » : « Une intelligence artificielle avec un corps particulier, ni animal, ni végétal, qui déstabilise l’Évolution et déconcerte les hommes qui doivent constamment négocier avec elles ». C’est largement post darwinien, rugueux, déstabilisant mais jouissif. Le livre de Lestel parasité par son ami dessinateur Killofer discute le phénomène des machines insurrectionnelles en adoptant une approche qui s’inscrit dans une histoire longue, originale et complexe. Il considère que nous comprenons le monde en même temps que nous le construisons, parce que le monde est ce que nous en faisons.

« L’histoire des révolutions industrielles apparaît rétrospectivement comme l’histoire d’un désastre, celui de l’évacuation de l’humain dans ses productions. La première révolution industrielle voit l’apparition massive des machines. Au cours de la deuxième révolution industrielle, les pièces de machine deviennent produites mécaniquement et industriellement. La troisième révolution industrielle s’organise autour du principe que tout ce qui est possible doit obligatoirement être fait. Nous y sommes.

La conversation menée avec douceur et humour par nos trois protagonistes part de loin et nous emmène vers des contrées inexplorées : « Il ne s’agit pas de savoir si des machines peuvent être vivantes, mais comment on peut faire émerger des machines qui prennent dans nos vies un statut d’être vivant. » postule le philosophe sous le regard attendri du dessinateur. On est bien obligé de le croire et de le suivre...

Crédits photo/illustration en haut de page :
Blast, le souffle de l’info

Soutenez Blast, le souffle de l’info

Likez, partagez, commentez

Vous souhaitez nous alerter sur un sujet ? Vous avez des infos qui vous semblent mériter que la rédaction de Blast les analyse, pour éventuellement enquêter dessus ?
Cette adresse mail vous est ouverte : enquetes.blast@protonmail.com (voir les instructions)