BHL vs Blast : l’appel de la censure

Ce mercredi après-midi, Blast retrouvait Bernard Henry-Lévy au palais de justice de l’île la Cité. Après son échec en 1ère instance (et sa condamnation aux dépens), le philosophe s’obstine : il veut faire censurer le premier volet de la Qatar connection - notre enquête/série sur l’argent noir du Qatar -, qui lui était consacré. Le plaignant, qui avait tout fait pour éviter de répondre à nos questions, est le seul parmi les nombreuses personnalités concernées par nos révélations à vouloir nous faire taire. Loin de l’image du défenseur de la liberté d’informer, qu’il vend complaisamment devant les caméras.

L’année dernière, Blast - qui n’avait que quelques semaines d’existence - avait étrenné une obligation qui frappe parfois les médias et les rédactions. Estimant son honneur atteint, Bernard Henry-Lévy nous avait envoyé devant un tribunal après une plainte en diffamation. La première, et à ce jour la seule de notre histoire. En cause, un article dans lequel nous révélions en avril 2021, document à l’appui, les attentions manifestées à son égard par le pouvoir qatari.

Le 25 octobre 2011, le ministre des Finances du Qatar avait écrit au directeur au Trésor de l’émirat. Dans cette archive gouvernementale que Blast a publiée, Youssef Hussain Kamal informait le haut fonctionnaire « qu’un chèque certifié de 40 millions de riyals qataris (environ 9,1 millions d’euros, à la parité actuelle) [devait] être remis à Bernard Henry-Lévy. Sur ordre de l’émir ».

Diffusé le 29 avril 2021, l’article poursuivi en diffamation était le premier volet d’une longue série, une enquête sur les dessous de l’entreprise de corruption mise en œuvre depuis des années par le Qatar pour asseoir sa position sur la scène mondiale - et notamment acheter le football avec l’obtention de la coupe du monde, que le royaume du Golfe organise en novembre prochain.

Alors que le pays se prépare à accueillir la planète foot dans ses stades climatisés, les questions posées par les révélations de notre série/enquête ont reçu dernièrement de nouveaux échos. La semaine dernière, sous la plume de Rémi Dupré, Le Monde consacrait un long papier à ce sujet, relayant de surcroit un rapport d'Amnesty international, qui pointe les responsabilités de la FIFA dans les « plusieurs centaines de milliers » d’ouvriers décédés ou blessés pendant les chantiers.

Outrances et négligences

Le jour de l’audience en première instance, le 16 juin 2021, le plaignant n’avait pas pris la peine de se déplacer. Dans l’enceinte du nouveau palais de justice de la porte de Clichy, où siège la 17ème chambre spécialisée en matière de presse, Me Alain Jacubowicz avait lu un courrier de son client, accusant Blast de vouloir sa mort sociale. Particulièrement agressif, l’avocat s’était distingué par ses outrances et des attaques personnelles répétées contre les deux journalistes auteurs de l’enquête. Ces derniers n’étaient que témoins dans ce procès, BHL n’ayant pas porté plainte contre eux mais uniquement contre Denis Robert, pour focaliser sur un complot que le directeur de la rédaction de Blast aurait orchestré contre lui. Une stratégie déplacée et surtout inefficace – elle n’avait pas vraiment abouti, bien au contraire.

En avril 2021, BHL avait déjà négligé de répondre et de rappeler les journalistes d’investigation Bernard Nicolas et Thierry Gadault, qui le sollicitaient pour apporter ses commentaires et précisions sur les éléments obtenus au cours de leur enquête. En revanche, le même s’était démené dans les heures précédant sa parution : téléphone collé à l’oreille, il avait fait le tour de ses relations pour convaincre ses interlocuteurs d’appeler Denis Robert, et faire pression pour qu’il renonce à publier.

Familier de l’entrisme, toujours prêt à courtiser les puissants du moment, BHL, autoproclamé porte-parole de la rébellion libyenne, faisait à l’époque des faits la danse du ventre à la sarkozie et à son chef - un Nicolas Sarkozy affairé à favoriser les intérêts qataris, tout au long de sa présidence. Se donnant le bon rôle sur les plateaux de TV devant des présentateurs complaisants, le philosophe préféré de la presse people est aussi et avant tout un homme d’affaires avisé, qui pousse des intérêts jamais dénués de considérations personnelles. Il prétend n’avoir jamais eu de relations avec les autorités qataries.

Une rebelote ? 

C’est donc aujourd’hui, en début d’après-midi à 14 heures, que la cour d’appel se penchait à son tour sur ce conflit. Le plaignant et son avocat lui demandent d’infirmer la décision de la 17ème chambre, de nous condamner et de nous censurer. Comme en première instance, il réclame 100 000 euros de dommages et intérêts, le retrait de l’article querellé et la publication (dans la presse) de la condamnation qu’il espère.

Dans sa décision rendue en septembre 2021, le tribunal avait jugé que l’enquête de Blast « ne présent[ait] pas un caractère diffamatoire ». Un jugement sans équivoque au terme duquel Bernard Henry-Lévy avait été débouté « de l’ensemble de ses demandes », précisant que l'honneur et à la considération sont des notions qui « ne doivent pas s'apprécier selon les conceptions personnelles et subjectives du demandeur, mais en fonction de critères objectifs ».

Non seulement Blast était ressorti conforté dans la légitimité de son travail mais Monsieur Henry-Lévy avait été condamné à nous verser 3 000 euros, au titre de l’article 700 du code de procédure civile.

Hier soir, à la veille de ce nouveau procès, Me Julien Khan, l’avocat de Blast, se disait serein : « on retourne devant le tribunal, c’est ainsi, on va s’appuyer sur le jugement de première instance, très clair et étayé. Et on espère bien que la cour d’appel le confirmera ».

Pour aller plus loin :

Egalement quelques épisodes de la notre série sur la Qatar connection :

Dossier /
Qatar Connection - l’enquête

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Crédits photo/illustration en haut de page :
(c) Adrien Colrat

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